Lol

Arrêter de fumer, c’est entrer dans les Ordres.

[Article publié le 25/04/12, sur mon blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/04/25/arreter-de-fumer-cest-entrer-dans-les-ordres/]

Un matin – pourquoi ce matin-là plus qu’un autre, nul ne le sait – alors que je scrutais l’image de trentenaire épicurienne, béate et insouciante que me renvoyait mon miroir, j’ai soudain vu mon visage, avec dix ans de plus au compteur, buriné et raviné par des années d’errance tabagique… Ce matin-là, à l’aube de mes 35 ans, j’ai pris ce genre de résolution qu’on ne prend qu’à l’occasion de la « midlife crisis », car sinon on ne la prend jamais : arrêter la cigarette (ouille… le mot est encore douloureux à prononcer).

Instinct de survie ? non. Instinct de coquetterie, plutôt. Péché d’orgueil, même, pour être totalement sincère. Aucune envie de finir en vieille peau frippée qui fume au volant de sa Mini, aboie des injures aux feux rouges avec la voie de Marge Simpson et qui, dès les premières minutes de la chronique de Sofia Aram à la radio, part en quinte « rire-toux-rire-toux… ». Que nenni, je ne deviendrai pas cette vieille peau qui, à huit heures trente le matin, de ses doigts jaunis, a déjà écrasé son huitième mégot dans le mini cendar, et qui en arrivant au bureau, enfume tout l’open-space rien qu’en posant sa veste au dos de sa chaise.

Hop, hop, hop, tout s’est enchaîné très vite : future ex-fumeuse convaincue > affaire conclue > résolution tenue. Deux mois que je ne fume plus… ou plus exactement 60 jours, 1440 heures, 86400 minutes, 5184000 secondes que je m’emploie à non-fumer. Parce que, désolée bichette de te l’annoncer de façon aussi crue, mais le teint de tes 15 ans à 35, çà se mérite VRAIMENT. Tu signes pour un contrat gueule-de-bois à temps plein, et à durée indéterminée. Et c’est la dernière clope écrasée qui officialise ton changement définitif de statut. De fumeuse, tu passes à malade, sans transition : désormais ce n’est plus la carotte des bureaux de tabac que tes yeux traqueront dans la rue, mais la croix verte des pharmacies (continuité d’approvisionnement en patchs et nicorettes oblige).

Arrêter le tabac, c’est entrer dans les ordres. Car pour avoir une toute petite chance de réussir ton plan « peau-de-pêche », il est indispensable d’éliminer de ton quotidien, au moins pour un temps, toutes les situations à risque, autrement dit toutes celles qui, dans ton esprit, étaient associées à la cigarette : plus de café, plus de téléphone, plus de bonnes bouffes, plus de restos, plus d’alcool, plus de sorties festives, plus… rien. Il a même fallu que je m’interdise d’aller chercher ma baguette de pain à pied, puisque lorsqu’il m’arrivait de suivre un fumeur dans la rue, je me plaçais lamentablement dans son sillon pour pouvoir inhaler ses effluves. Soyons très clairs sur ce point, arrêter de fumer, c’est au minimum deux mois de retraite monastique. Coupée du reste du monde et sous-informée, puisque systématiquement endormie sur mon canapé avant même le coup d’envoi du JT. Le sevrage, c’est d’ailleurs le moment idéal pour investir dans le canapé de ses rêves, qui sera très vite rentabilisé (en deux mois de fumeuse en sevrage, tu y passes plus de temps qu’en deux décennies complètes de fumeuse).

Dimanche dernier, tout de même, reprise inattendue d’un semblant de vie sociale : après un repas copieux, sans café ni cigarette de clôture  (donc), alors que je gérais mon malaise post-prandial sur le canapé de mes rêves (donc), une vieille amie m’appelle pour prendre des nouvelles…  Comment a-t-elle su ?  Je la laisse venir :

– »Alors quoi d’neuf ? »

– »bof, rien de bien spécial si ce n’est … «

– »ouiiiiiiii ? »

– »… que j ai arrêté de fumer ».

– »Super… rien d’ autre ? »

– »Ah si, oui …autant pour moi, j’ai changé de boulot, de mec, d’appart »

Mais ça, bordel, c’est secondaire, pensai-je en mon for intérieur. Je crois même que si j’avais gagné un million d’euros au Loto la veille, je n’aurais même pas pensé à lui dire… Bref, je raccroche, en me demandant vaguement si finalement je suis plus de mauvaise humeur ou bien plus de mauvaise foi (ou bien les deux en même temps). Oh ça va, je la rappellerai quand j’aurai… gagné au loto.

D’ailleurs côté finances, le sevrage tabagique, ce n’est pas non plus l’eldorado annoncé. Le coup des économies, de la petite cagnotte qui grossit et qui se transforme en super voyage, c’est du flan (en période de sevrage, du moins). Entre les patchs et nicorettes qui m’ont déjà couté un bras et tous les autres dérivatifs indispensables : bonbons, sucettes, chewing-gums, boissons énergisantes, ma tirelire n’a pas franchement explosé. Sans compter les cinq kilos de surpoids, qui m’ont obligée à abandonner mes « slims » et condamnée à acheter des jeans coupe « boyfriend »  (entendre : cul large).

Alors même si je finis par me le payer ce voyage, ce ne sera même pas destination Soleil, mais Pôle Nord. Parce que, là maintenant tout-de-suite, le bikini – pardon d’avoir une dignité- c’est mort : je suis devenue une masse flasque et sans énergie, à deux doigts de flancher. Non ! ne pas flancher… Surtout ne pas perdre de vue ses objectifs : « je ne veux pas finir vieille peau en Mini, je ne veux pas finir vieille peau en Mini, je ne veux pas [……………………] »

– »Eh oh, t’as pas une clope? ». C’est Seb, le mec de la compta.

Oups je suis au bureau, j’ai du m’assoupir. Il est onze heures,  heure de la pause.

– »Non j’ai arrêté. Va plutôt voir la vieille peau du service juridique, tu sais, celle qui vient en Mini… »

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