Lol

Dimanche : Tous à la piscine !

[Article paru le 12/05/12, sur mon blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/05/12/dimanche-tous-a-la-piscine/]

Eduquer, nourrir, soigner, consoler ses enfants ne suffit pas toujours à faire de vous un bon parent. Il faut en plus parfois accomplir des choses que l’on a pas naturellement envie de faire, voire que l’on exècre par dessus tout, juste pour faire plaisir à sa progéniture: on appelle cela le masochisme (bon?) parental. Parmi les sacrifices consentis communément observés: la virée piscine dominicale.

C’est dimanche, il pleut. Les enfants s’ennuient atrocement. Très vite gagnée par la culpabilité et, saisie d’une irrépressible crise de masochisme bonparental, je finis par lâcher: « Bon les enfants, vu le temps qu’il fait dehors, je vous emmène à la piscine! » Annonce pour le moins auto-flagellatoire, certes, mais accueillie dans un enthousiasme fébrile touchant.

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les sacs sont prêts, chargés dans la voiture, et le convoi en route. A l’entrée de la piscine, en apercevant cette queue immense, je réalise que c’est bien lors des dimanches pluvieux, que le masochisme parental sévit le plus durement, au point de tourner à l’épizootie.

« Bonjour, 3 tickets enfants et 1 ticket maso… euh… adulte, s’il vous plaît. »

« Les enfants dites bonjour à la Dame… euh… au Monsieur. »

Mais enfin ! A-t’on idée, aussi, de placer à l’accueil un être dont on ne peut déduire le genre, ni par la silhouette [asexuée], ni par la voix [inqualifiable], ni par la coupe de cheveux [improbable].

Après avoir manqué de perdre un de mes gosses, coincé à vie avec son sac entre les barrières de sécurité défaillantes, passé avec succès l’épreuve du pédiluve dégoûtant et glacé, je me félicite d’avoir réussi à faire tenir les sacs de quatre personnes dans un seul minuscule casier (oui, j’ai oublié de demander à la Madame-Monsieur de l’accueil de me faire l’appoint en pièce de 1 euro…). Tour de clef jouissif et…

« Mamaaaaan! »

« Oui poussin? »

« J’ai oublié mes lunettes de plongée dans mon saaaac… » > fin du monde.

La mort dans l’âme, déchirée, j’ai laissé mon smartphone dans le casier. En revanche, j’ai pris avec moi ce livre qu’on m’avait offert à Noël, et que je n’ai toujours pas ouvert : Petit traité de vie intérieure, de F. Lenoir. Personnellement, j’aurais plutôt choisi Grand traité de vie intérieure, car pour tenir assise 3 heures sur une chaise de jardin au bord d’un bac a microbes, il va en falloir une sacrée, dose de vie intérieure…

Du plus loin qu’il me souvienne,  j’ai toujours detesté les gens qui fréquentaient les piscines.

Il y a tout d’abord ces « morchous » effrontés qui te fixent et t’éclaboussent sciemment. C’est qu’ils visent bien en plus, ces apprentis tortionnaires: ils t’envoient au premier essai LA goutte qui attérrit pile-poil dans le conduit de l’oreille, ou encore dans l’oeil (que t’as pas eu le réflexe de fermer) et qui menace de faire tomber ta lentille de contact au fond du grand bassin.

Puis il y a ces vieux auto-centrés qui vont à la piscine parce que la Sécu ne prend en charge que deux cures thermales par an. Considérant que ce lieu public de baignade leur appartient exclusivement, ils nagent, ou plutôt stagnent sur le dos, à contre-sens, sans visibilité aucune, attendant du reste du monde qu’il les évite et les laisse passer.

La piscine est aussi l’univers de prédilection des jeunes couples d’ados timides qui recherchent une certaine contenance pour leurs premières rencontres. Au delà de l’aspect ludico-érotique inédit, résultant de l’immersion des corps, il faut admettre que le ticket d’entrée de piscine grève beaucoup moins le budget « argent de poche » qu’une place de cinéma, de bowling ou même de patinoire.

ll y a également les « légitimes »: les sportifs, les vrais. Ces nageurs de « compète », nez pincé, lunettés, qui enchaînent les longueurs de bassin, enfilant des kilomètres de crawl, avec des airs supérieurs de « chui pas là pour m’marrer ». Mieux vaut éviter de se trouver sur leur passage… un bras ou un mollet, lancé en pleine vitesse sur la figure, on a beau être masochiste, çà fait mal!

On y croise enfin les nouveaux parents « popots », qui se passent Bébé de bras en bras, le sourire niais et la larme à l’oeil. Maman est déjà inscrite au cours « bébé-nageur » en semaine, mais comme Maman et Papa ont enterré leur vie de couple à la naissance de la 8ème merveille du monde, l’éveil de cette dernière est devenue leur unique préoccupation, du lundi au dimanche inclus non-stop.

Mais parmi ces archétypes d’abonnés dominicaux aux piscines, on peut malgré tout parfois tomber sur des pépites. Exemple: le jeune père ténébreux sexy aux yeux noirs. Et bam, le ciel sombre et pluvieux de mon après-midi bagne s’éclaircit d’un coup. Mieux, un début de vie extérieure se profile même à l’horizon. C’est dingue comme l’imaginaire peut s’emballer lorsqu’on s’ennuie ferme. Je me repasse les scènes du film La Piscine, et me retrouve plongée malgré moi dans une atmosphère torrido-dramatique, face à un simili Alain Delon qui me jette des regards de braise entre deux… hum… crachats.

« Veux faire pipi ! »

J’accompagne Arthur aux toilettes, mais au retour, je m’aperçois que j’ai non seulement perdu la page de mon Petit traité de vie intérieure, mais surtout la trace d’Alain Delon… Pas grave! tout arrive à point à qui sait attendre : une place dans le jacuzzi (que je surveille depuis mon arrivée) se libère enfin. Je me précipite et me jette dans le bain bouillonnant. Au paroxysme du bien-être, je ferme les yeux…

« J’ai froid ! »

Magnifique… Arthur m’oblige à m’extirper de ces eaux remuantes délicieuses, MAIS en même temps, il met un point final providentiel au douloureux chapître : « Le bagne, fin ! »

Sur le trajet du retour, apercevant mon reflet dans le rétro -cheveux frisottants, mascara dégoulinant, et empestant le chlore pour plusieurs jours-, je me dis que l’abnégation totale, finalement, n’est pas un concept si abstrait que ça… C’est super moche, en fait, l’abnégation totale.

Mais mes pensées sont brutalement interrompues par l’annonce du bulletin météo à la radio: « Retour de conditions anticycloniques à partir du week-end prochain… »

Soit… De toute façon, il n’était pas question que je m’abnègue deux dimanches d’affilée.

Publicités
Par défaut

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s