Lol

Ex femme au foyer : comment j’ai signé mon contrat d’invisibilité sociale

[Article paru le 22/05/12, sur mon blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/05/22/ex-femme-au-foyer-comment-jai-signe-mon-contrat-dinvisibilite-sociale-temporaire/]

Il y a les stats inutiles du style : « 3 % de personnes de plus que l’an dernier sont nues quand le livreur de pizza sonne à leur porte. »

Ou encore : « 24% des Français considèrent comme « grave » le fait de se masturber avec un concombre. »

Les stats « démago » : « 75 % des hommes préfèrent les grosses. »

Et puis, il y a les stats qui irritent : « 80 % des femmes françaises entre 25 et 55 ans travailleraient. La France compterait donc 2,5 millions de mères au foyer, soit 2,5 millions d’ »inactives ». »

« Inactives », c’est-à-dire exclues de la population active, mais pas non plus considérées comme chômeuses. En clair, des « non-valeurs » économiques. Quand on lit ça, on s’étouffe.

Pis, quand on lance « femmes au foyer » dans le moteur de recherche Google, on pleure :  Wikipédia vous livre une définition vertigineuse et pathétique, douloureusement révélatrice de la façon dont sont perçues ces 20% de malheureuses par le reste de la société (y compris par leurs propres congénères) :

Femme qui réalise la majeure partie des tâches du foyer : entretien domestique, achats, préparation des repas, surveillance et éducation des enfants […] au sein d’un couple.

C’est vrai que la femme au foyer ne passe pas ses journées à se balancer sur un rocking-chair au coin du feu, et qu’elle assume quantité de tâches ménagères… Mais pas que.

Entre deux salves de sanglots, on se demande bien ce que font les féministes ? Ah ça, elles sont là quand il s’agit de  lutter pour le droit des working-girls, mais on dirait bien que la « corpo » a bel et bien laissé sur le carreau ses con(nes)soeurs housewives qui pourtant subissent, elles aussi, et de façon notoire, injustices et humiliations quotidiennes…

La plupart du temps transitoire (congé maternité, parental, chômage), le statut de housewife est rarement une vocation : il est souvent subi, ou, du moins, choisi par défaut. Explications : soyons honnêtes, un travail en général, c’est intéressant quand tu as des horaires incompatibles avec une vie de famille « normale ». C’est pas obligatoire-obligatoire, mais ça aide…

Or, quand on est deux à prétendre à un travail intéressant et à se retrancher derrières des horaires « incompatibles », l’équation se résoud nécessairement à trois : il faut embaucher une tierce personne pour élever ses gosses et faire tourner la boutique : c’est ce qu’on appelle le service à la personne. Jackpot, puisque cette tierce personne rend également service à ton porte-monnaie, étant donné qu’une partie de son salaire est déductible de tes impôts.

Mais, en dépit de ce dispositif alléchant, il reste encore des femelles anormalement constituées, pour « mettre leur carrière professionnelle entre parenthèses »… Joli euphémisme pour dire qu’elles renoncent à leur droit à l’ « éclate » professionnelle, pour pouvoir consacrer du temps à leur enfant, et repasser elles-mêmes leurs culottes, ainsi que celles de toute autre personne vivant sous leur toit.

A une période de ma vie, moi aussi j’ai fait le choix de l’ouvrir, cette parenthèse. Je m’en souviens bien, c’était le jour où j’ai ressorti ce vieil instinct de Mama, enfoui quelque part dans mon lobe gauche (lobe en forme de poire, qui héberge probablement l’aptitude « connerie ») et que j’ai décidé de  suivre… Ce jour là, j’ai signé sans sourciller mon contrat d’ « inactivité », ou plutôt d’invisibilité sociale temporaire.

Très vite, j’ai compris que ce nouveau statut, il me faudrait le cacher comme une maladie honteuse. Car dès que ça se sait à l’école, tu deviens la « chose » des enseignantes, qui t’exploitent comme du personnel gratos, et t’alpaguent dès qu’elles le peuvent, pour accompagner les sorties bibliothèque, piscine, etc…   [P # t # # n…!]

Même que si tu fais pas gaffe, tu te retrouves présidente d’assoc des parents d’élèves, c’est-à-dire officiellement en charge de recueillir les doléances des poufiasses qui travaillent.   [P # t # # n…!]

D’ailleurs les poufiasses qui travaillent, le matin a l’école, montées sur leurs stylettos et serrées dans leur tailleurs-pantalons, elles te disent même pas bonjour, tellement elles sont « supeeeeer à la bourre ». Mais quand leur môme est malade, elles viennent te le déposer a la maison « vite-fait » en te disant :

– Tu me sauves ! J’ai des rendez-vous hypeeeeer importants aujourd’hui…. Ce que tu as de la chance, toi, de ne pas être tout le temps en train  de courir !    [P # t # # n…!]

En bonne copine, tu as toujours été là quand unetelle n’avait pas le moral « parce que ça se passait pas bien au boulot » ou quand telle autre s’était fait virer. Tu t’es réjouie par procuration de les voir gravir un à un les échelons et, fidèle jusqu’au bout, tu n’as raté aucun de leurs pots de « promo »… Mais toi, dans tes moments de blues, quand t’avais besoin de parler à un adulte, et que tu les appelais en semaine, elles te répondaient :

– Quoi, en semaine? Mais t’es malade ma chérie ! Je bosse, moi…

Et quand, vraiment déprimée, tu retentais ta chance le week-end:

– Ah non, j’ai des semaines de malade en ce moment au boulot, alors tu comprends, le week-end c’est fait pour se poser en famille… [traduction : pas pour sortir boire un verre avec une copine qui bosse pas] .  [P # t # # n…!]

De toute façon, les copines, tu ne les intéresses plus vraiment… Faut dire que toi, t’as pas d’histoires de boss qui te harcèle, de collègues de bureau qui te draguent, ni d’embrouilles avec tes collègues femmes rivales. Pas non plus de « dèj », ni voyages d’affaires à raconter. Rien.  [P # t # # n…!]

Tu n’intéresses pas les mecs non plus. Tu ne peux même pas espérer te consoler ni te changer les idées en  prenant un amant. C’est bien connu : l’amant, on le rencontre et on le ferre essentiellement au boulot. Et puis l’amant, par définition, il recherche une aventure, de  l’exotisme, pas une pauvre fille qui lui rappelle bobonne. [P # t # # n…!]

Alors forcément, un jour, quand tu arrives régulièrement à ton quinzième [P # t # # n…!] prononcé dans ta journée, la question te taraude de repasser du côté des « vivants ». Ce n’est pas que les discussions du lundi matin, à la machine à café, te font fantasmer, mais bon Dieu, tu ne rêves plus que de palper du collègue et de sentir la chaleur du café dégueulasse couler dans ta gorge redoutablement déployée de working-girl

Mais ce que tu ne sais pas encore, c’est qu’à ce stade de ta vie, tu te prépares à vivre ta double peine. Les employeurs, pourris d’à priori, ne veulent pas de toi. Et quand, par miracle, tu réussis à décrocher un entretien, tu t’apercois que tu leur fais aussi peur que si tu sortais tout juste de tôle :

– Mais quel est donc ce « trou » dans votre CV?  Bac+5, excellent début de carrière, puis que vous est-il arrivé? Un « accident » de parcours?, un « accident » de…

– … ? Si si, je vous en prie, allez au bout de votre pensée : « accident » de… capote, vouliez-vous dire ?

– ….

– Pas du tout, c’était un suicide professionnel tout-à-fait désiré.

Sur cette entrée en matière constructive, mon futur employeur gêné se tait, mais, ne demandant qu’à être rassuré, me laisse anticiper ses préoccupations et développer en six points, pourquoi ce « trou » dans le CV, fait de moi LA candidate idéale.

(Bonne) Présentation

Après avoir porté pendant de longs mois des jeans « confort » homologués pour que les gosses puissent escalader vos jambes et s’aggriper à vos hanches, des Converse qui abaissent dangereusement votre centre de gravité pour rendre supportable les 10 kilos portés à bras levés toute la journée, et des t-shirts déformés – pour les mêmes raisons que les jeans cités ci-dessus – et dont les dessus d’épaules font office de bavoirs, c’est promis : je ne ferai pas ma Cécile Duflot, et me la jouerai plutôt à la Valérie Trierweiler (à ceci près que mon tailleur de femelle-qui-bosse ne sera pas signé YSL, mais d’un Z qui veut dire Zara…)

Autonomie

Telle Robinson sur son île, ne pouvant compter que sur moi-même, j’ai mené la barque familiale seule, et miracle : je n’ai pas (complètement) sombré dans la folie.

Organisation

Durant mon expérience précédente, j’ai appris à mener de front plusieurs projets, toujours en speed, et même en tenant des délais parfois très serrés : j’ai, par exemple, lancé des machines pendant que le Bourguignon mijotait, le téléphone calé entre l’oreille et l’épaule pour prendre un rendez-vous chez le pédiatre, le fer à repasser dans la main droite et le Netbook au creux du bras gauche pour rajouter in extremis un paquet de couches sur ma e-liste de courses Leclerc’drive.

Prétentions

Super modestes ! Quand t’as torché des culs pendant des années pour quedal, du coup, un smic pour ne t’occuper que du tien, ça te parait Byzance.

Disponibilité, investissement personnel et souplesse sur les horaires

J’envisage ce point très sereinement également : je n’ai pas d’heure quand le devoir m’appelle. J’ai passé des nuits à me relever toutes les demi-heures pour les biberons, câlins, cauchemars, otites et autres couacs nocturnes.

Cerise sur le gâteau : maîtrise de l’ « environnement » Mac

Plongée dans l’univers « bébé », j’ai su m’adapter rapidement au langage arheu-dodo-pipi-caca-popot, et me familiariser parfaitement à l’ « environnement » Légo, Playmo, Kapla… alors, pour ce qui est de l’acquisition de l’ « environnement » Mac, permettez-moi de me gausser : en une demi-journée, c’est réglé.

Alors , mec, je continue ou t’es convaincu ? »

Il a été convaincu… Il me la refilé, ce job aux horaires incompatibles.

Publicités
Par défaut

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s