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Dis-moi quel genre de barbecue tu aimes, je te dirai qui tu es

[Article publié le 14/06/12, sur mon blog Bas geek instinct- Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/06/14/dis-moi-quel-genre-de-barbecue-tu-aimes-je-te-dirais-qui-tu-es/]

Ce point de détail n’aura échappé à personne : dans moins d’une semaine c’est l’été mais la météo est parfaitement dégueulasse, à peine digne d’un mois d’automne. Des trombes d’eau en continu, sont venues successivement pourrir la journée d’investiture du Président « normal », détremper le tapis rouge du Festival de Cannes, et inonder les courts en terre battue de Roland Garros .

Mais il y a plus grave que ce « fiasco » météorologique politique, culturel et sportif : cette satanée pluie est maintenant en train de nous gâcher la saison du barbecue. Certains malins, aux beaux jours d’avril, ont bien essayé de l’anticiper coûte que coûte – faisant fi de l’adage « en avril, ne sors pas ta grille » – pour finalement se résigner, la mort dans l’âme, à remettre le bel appareil tout juste dépoussiéré, au garage.

Contrairement à la majorité des autres grands phénomènes sociaux, qui suivent l’évolution de l’espèce humaine, le « barbeuc », quant à lui, est un phénomène ancestral. Premier mode de cuisson inventé par l’Hominidé, il y a 500 000 ans, l’Homme d’aujourd’hui conserve cependant un attachement quasi « primitif » pour le barbecue. Et de l’asado argentin au gratar roumain, du chachlyk russe au braai sud-africain, aux quatre coins du globe, on partage le même engouement.

Il faut dire que le barbecue fait ressurgir quelques uns de nos instincts très anciens, que nos modes de vie contemporains, ont tendance à brider ou endormir. Symbole du clan – familial ou amical – qui se réunit autour du feu pour partager un repas festif, le barbecue réveille par exemple en nous l’instinct de meute. Point d’orgue de réunions joyeuses et festives, ce dernier renforce notre sentiment d’appartenance à une tribu, et peut donc, à ce titre, être considéré comme un très bon vecteur de cohésion sociale.

Ce retour à l’état de nature qui intervient chaque été s’explique aussi par un besoin de retour aux sources, d’une société en quête de naturel et de liberté. Après de longs et pesants mois d’hiver où chacun a vécu replié, camouflé et enfermé chez soi, le fait de partager un repas simple, en plein air, en famille ou entre amis, constitue une véritable « renaissance ». De nouveau au contact des éléments, notre corps redevient « animal » et renoue avec des plaisirs primitifs, comme celui de marcher pieds nus, ou bien de manger avec ses mains et s’endormir à la belle étoile.

Mais notre « drôle » de fascination pour le feu va plus loin. Dans la série « le feu réveille les instincts », notez, par exemple, comme on assiste à une rapide élévation de la température ambiante (pas toujours du niveau de la discussion, hélas), lorsque qu’un couple (ayant un minimum d’attirance) se trouve placé devant un feu de cheminée (peau de bête en option, pour les puristes). Les flammes réveilleront, de façon inéluctable, l’instinct primitif de reproduction qui sommeille en eux…

Réflexe « geek » oblige, de sommaires recherches sur internet nous confirment ce que nous « pressentions » déjà : ce phénomène de «sexualisation» du feu existerait bien et aurait même une explication «logique» qui toucherait au domaine du fantasme. Il faut remonter jusqu’à l’antiquité pour comprendre qu’à cette époque, la technique « officielle » d’allumage du feu était la friction d’un bois « mâle » (dur) avec un bois « femelle » (tendre). La production du feu (assimilé à l’amour) était ainsi représentée, dans l’imaginaire de l’époque, comme un acte sexuel.

Notez ensuite, que lorsque les odeurs de merguez commencent à flotter sur nos terrasses et jardins, ces dernières sont presque toujours associées à d’autres relents olfactifs tout aussi tenaces de testostérone. A chaque barbecue allumé, un instinct de mâle dominant ressuscité. Car oui, celui qui domestiquait déjà le feu il y a 500 000 ans semble vouloir en conserver jalousement la maîtrise . Cuisson, et travail de la viande, demeurent avant tout une affaire d’homme, dans l’inconscient collectif. Et, devrais-je ajouter, pour le plus grand plaisir de la femme.

Dans ce rituel des temps modernes, certes, la barquette-promo du centre commercial le plus proche, a finalement remplacé le cuissot de sanglier, et le mâle ne part plus chasser des jours durant, au péril de sa vie. Mais qu’il reste beau, le mâle, à contempler, oeil fauve et torse luisant, soufflant sur les braises, domptant les flammes, rugissant, tournant une saucisse, puis une autre…

Hélas, ces dernières décennies ont vu naître le très oxymérique concept du barbecue facile, et avec lui, son lot de barbecue à gaz, électriques, plancha et autres leurres à femelle. Les inventeurs et fabricants ont ainsi rivalisé d’ingéniosité pour permettre aux mâles de s’épanouir et d’exprimer pleinement leurs instincts, tout en leur épargnant le pénible apprentissage des techniques d’allumage du feu et du maintien des braises (quitte à entretenir lâchement ces derniers dans leur impéritie en la matière).

Dommage, car tout ce qui va dans le sens du progrès pour l’homme, ne va pas forcément dans le sens du plaisir de la femme. Et le mâle aguerri, depuis bien longtemps déjà, a cerné la problématique du barbecue (trop) facile. Il n’en connaît que trop bien les codes secrets : une brochette de gambas (si appétissante soit-elle), tendue par un mâle qui n’aurait pas au minimum auréolé sa Ralph L., noirci son jean et sacrifié quelques poils d’avant-bras, sera décrétée comme non comestible et ne trouvera aucun salut, aux papilles des femelles exigeantes, évoluant en catégorie « casse-couilles », niveau compète.

L’analyse des comportements autour du barbecue, véritable catalyseur de tendances sociologiques, constitue un excellent vivier d’informations sur les rapports entre les humains en général, et hommes-femmes, en particulier.

« Dis-moi quel genre de barbecue tu aimes, je te dirai qui tu es… ».

Et puisque, dans ce bas monde, nous voulons tous savoir qui nous sommes vraiment, il ne nous reste plus qu’à attendre le retour du soleil et avec lui, le coup d’envoi de la session « barbecue, rattrapage de Juillet ».

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