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Pilule contraceptive pour homme: un petit pas pour l’homme, un grand pas pour la parité ?

[Article publié le 19/06/12, sur le blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/06/19/pilule-contraceptive-pour-homme-un-petit-pas-pour-lhomme-un-grand-pas-pour-la-parite/]

Il y a trois semaines, des chercheurs écossais ont publié une étude sur l’infertilité masculine et à cette occasion, ont déclaré avoir identifié un gène dénommé Katnal1, responsable de la maturité des spermatozoïdes. Cette découverte ouvre ainsi le champ de tous les possibles en matière d’infertilité masculine. Mais surtout – «youhouhouuuuu !» – elle pourrait aussi ouvrir la voie vers un nouveau type de pilule contraceptive pour hommes, d’ici les cinq à dix années à venir. Prendre la pilule  pourrait  alors devenir un rituel quotidien qui ne serait plus exclusivement féminin.

A première vue, cette annonce sonne plutôt comme une bonne nouvelle. De la même façon qu’on fait un enfant à deux, il paraît logique qu’on ne fasse pas d’enfant également à deux. Un raisonnement qui non seulement se tient, mais qui en plus, est super tendance : c’est ce qu’on appelle la parité. Les hommes pourront enfin prendre leur part de responsabilité dans la contraception du couple, nous délestant, ainsi, de ce boulet contraceptif que nous traînions seules.

Sans vouloir leur porter offense, la plupart des hommes, en matière de contraception, sont plus impliqués dans la maîtrise de la procrastination que dans celle de la procréation.  Et pour se dédouaner sans aucune culpabilité, il faut avouer que leur argumentaire, tout trouvé, est totalement imparable :

« Chérie, tu préfères quoi ? » :

Option 1 – Que je mette un préservatif, et que je débande ?

Option 2 – Une abstinence de quinze jours par mois (une semaine avant + une semaine après l’ovulation) soit, concrètement, la moitié de l’année en « jachère » ?

Option 3 – On « bricole » en s’éclatant toute l’année et on joue notre avenir parental à la roulette russe ?

Option 4 – Je subis une vasectomie (notons le pléonasme subir + vasectomie qui renforce l’horreur intrinsèque de ce mot) et on n’aura jamais de descendance ?

Option 5 –  (La plus simple). Tu fais pas chier le monde et tu prends ta pilule ?

[Et naturellement, vu sous cet angle, l’immense majorité d’entre-nous « choisira » l’option 5 …]

Bon… Ne faisons pas non plus, systématiquement, nos féministes hystériques. Il y a tout de même un gros avantage à prendre la pilule. Celui de nous contraindre à un suivi gynécologique régulier. En effet, les pilules n’étant en principe délivrées que sous ordonnance, et la durée de prescription ne dépassant en général pas les 12 mois, difficile, dans ces conditions, d’espacer (encore moins d’occulter) les visites de courtoisie à son gynécologue préféré. Il faut bien admettre que, même en état d’abandon physique et mental total, se retrouver fesses à l’air, yeux au plafond,   cuisses à 180 degrés, face à un inconnu qui fixe votre petit vagin tout rose, en hochant la tête et en fronçant les sourcils, çà a quelque chose d’un poil intimidant. Et pour être honnête, pas sûr que nous nous livrerions avec autant de plaisir à ce petit rite annuel, si il n’y avait pas au bout la carotte de l’ordonnance : notre visa pour le « safe sex », validité un an.

Autre avantage (de taille) de la pilule : l’augmentation du tour de poitrine. Deux bonnets gagnés sans chirurgie, çà c’est la bonne surprise de la pilule. Mais la mauvaise surprise, ce sont les autres effets secondaires, qui demeurent assez fréquents : nausées, fatigue, migraines, irritabilité, prise de poids, baisse de la libido, incompatibilité avec le tabac, etc… (j’en passe et des meilleures). Pour nombre d’entre-nous, qui ont jugé les effets secondaires trop incommodants, il a malheureusement rapidement fallu faire un choix : les formes ou la forme (et ce fut la forme). Personnellement, je ne souhaiterais pas ces effets secondaires à mon pire ennemi, fût-il de sexe masculin, ni même à mon ex (qui m’a larguée pour ma prof de yoga, l’année dernière, en me laissant juste son dégénéré de chien en guise de cadeau d’adieu).

Bien sûr, tous ceux qui militent pour l’égalité hommes-femmes  se frottent les mains. Mais pour les puristes de la parité, l’arrivée de ce nouveau mode de contraception masculine risque d’être un vrai casse-tête. Va t’on devoir codifier un règlement paritaire de la prise de pilule ? Comment va t’on faire concrètement pour répartir les rôles au plus juste ? Procédera t’on par tirage au sort pour savoir qui, de l’homme ou la femme, prendra la pilule ? Établira t’on un tour fixe, en alternance ? Un jour sur deux ? Une semaine sur deux ? Ou bien encore chacun une moitié de pilule ? Tout cela fait sourire, mais, plus sérieusement, il n’empêche que ce nouvel élément relance complètement la donne en matière de contraception, et que par conséquent un nouveau débat, du moins une discussion, va devoir s’engager au sein des couples,  remettant en cause leur «arrangement» déjà établi.

Mais si les hommes se mettent à prendre la pilule à notre place ? Comment être sûre qu’ils vont être fiables, pire, qu’ils ne nous feront pas d’enfant dans le dos ? Que celle qui ne s’est jamais réveillée en sursaut en pleine nuit, avec une voix qui lui hurlait «piluuuuuuuuuule !», leur jette la première pierre… Et se dépêcher d’installer l’appli «pilule» sur l’i-phone de son mec, n’empêchera pas d’avoir à lui faire confiance. Car il est bien là le vrai dilemme. En s’en remettant à l’homme pour ce qui est de la contraception, la femme perd tout contrôle sur la maîtrise de sa fécondité.

Alors…

Un petit pas pour l’homme, un grand pas vers la parité, cette pilule ?

Bof… Pas tant que ça, en réalité…

Dans l’état actuel des choses, on peut même dire que les scientifiques n’ont pas vraiment décroché la lune, tant il reste à faire pour que les mentalités progressent, des deux côtés : plus d’implication dans la gestion de la contraception, côté homme, plus de lâcher-prise, côté femme. C’est d’ailleurs certainement de ce point de vue là, que la pilule sera le plus difficile à faire avaler.

(Lire aussi : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/755672-pilule-de-3e-generation-on-est-passe-de-la-liberte-a-la-contrainte-contraceptive.html)

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