Lol, Témoignages

C’est décidé : pendant les vacances, je « nomodécroche »

[Article publié le 08/07/12, sur le blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/07/08/cest-decide-pendant-les-vacances-je-nomodecroche/]

Bonjour, je m’appelle Nathalie et je suis malade : je suis « nomophobe ».

Paraît-il que c’est déjà un pas vers la guérison que de reconnaître sa maladie…

Une étude récente, réalisée par la société Mingle et menée sur 1500 utilisateurs a montré que 22% des français souffriraient également de ce syndrome techno, qui se caractérise principalement par la peur panique d’être privé de son téléphone portable. Les médias, à fortiori les magasines santé se délectent de cette maladie toute neuve, qui vient grossir, en exclusivité, leurs colonnes éditoriales. Ce qui est nouveau est « hype », « trendy » donc lu. Car on le comprend bien, comme le souligne J.P Gauffre dans sa  chronique Il était une mauvaise foi sur France Info [si par miracle tu me lisais Jean-Pierre, sache que je suis fan de ton humour et que moi, je te crois toujours] cette maladie ne pouvait exister à l’ère de Cro-Magnon, ni au temps des Croisades (et pour cause).

En réalité, il n’y a là aucun scoop : la « nomophobie » n’est qu’une complication, une déclinaison particulière de la « web-addiction » ou encore « cyberdépendance » que nous connaissions déjà depuis le boom du tout-numérique. Mais enfin, au contentement des médias s’ajoute au moins le mien, ou plutôt celui de l’hypocondriaque qui sommeille en moi. « Nomophobie » (néologisme anglais, contraction de No Mobile Phobia) : j’ai enfin pu mettre un nom sur ce mal dont je souffrais sans le savoir. Je me sens d’un coup soulagée, comprise. Nul doute que les médias parleront de plus en plus de cette toute nouvelle maladie qui fait déjà le buzz. Ces derniers l’ont d’ailleurs déjà rebaptisée la « Maladie du siècle », le « Fléau de l’ère numérique » (et qui sait peut-être décrochera t-elle la première position, juste devant le stress, la dépression, le mal de dos, voire même le cancer).

Je me souviens parfaitement de ce jour où l’on m’a offert mon premier Blackberry. C’était le jour de mon 33ième anniversaire. Un cadeau subtilement et délicieusement empoisonné, auquel j’ai rapidement attribué de tendres surnoms : mon « Black » (façon Anaïs, qui ne sort qu’avec des blacks) ou bien « BB », diminutif de « Bébé » (surnom que les lolitas attardées donnent volontiers à leur chéri, ou encore façon Ménélik : reste cool Bébé sinon j’te dirai bye-bye). L’intensité de l’émotion fût semblable à celle ressentie lorsque j’ai reçu mon premier doudou : une peluche orange toute douce en forme d’ours. L’addiction fut immédiate et totale. Je l’ai regardé, l’ai embrassé vingt fois et ai joué avec toute la soirée. J’ai envoyé des dizaines de textos à pleins de gens, même des gens que j’aimais pas, juste pour le plaisir d’envoyer des textos et d’en recevoir en retour. Et puisque mon forfait était illimité, cela faisait une (bonne) raison de plus pour leur faire profiter de ma toute nouvelle envie de communiquer.

Devenu aussi important pour moi qu’un gri-gri, je ne peux désormais plus m’en passer plus d’une demi-heure. Je vérifie constamment s’il est bien dans ma poche ou dans mon sac. Je le consulte mille fois par jour, juste pour me rassurer. Il accompagne toutes mes nuits (y compris les plus folles) en mode silencieux tout de même, blotti sous mon oreiller. Je ne le quitte jamais, fût-ce pour prendre un bain ou aller faire pipi (il a d’ailleurs fait le grand plongeon dans la cuvette des toilettes deux fois, mais tel un héros, a toujours fini par ressusciter après quelques minutes de sèche-cheveux intensif). Bref, j’aime mon Black, il n’y a rien de plus à ajouter.

Enfin si : il me rend tellement de services mon Black. Certes, il ne fait pas sex-toy (je tenais à ce qu’il soit suffisamment large et plat pour garder un clavier azerty, et ces popots de fabricants de mobiles n’ont toujours pas inventé le « nomogode » à ce que je sache), mais il me permet de rester connectée avec la jet-set et d’être dans le moove, ce depuis mon lit, mon canapé, mes toilettes ou ma voiture, en temps réel, via les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, etc…), de compulser mes magasines féminins ou d’actu préférés, de réserver un resto pour la soirée, ou un billet de train pour le week-end. J’ai un peu toute ma vie dans mon Black.

Mais comme toutes les addictions, la « nomophobie » peut avoir des conséquences nocives. Stress, état d’alerte permanent. Détournés en permanence de notre quotidien réel par une sollicitation virtuelle constante, le risque est de se faire accaparer au point d’en oublier de vivre, tout bêtement, l’instant présent. A grandes psychopathologies les grands remèdes, j’ai donc décidé de profiter des vacances pour mettre le holà en 6 étapes. Je pars dans 10 jours, le délai est tenable.

Je profite, en outre, de ce moment solennel pour solliciter des volontaires qui accepteraient de m’accompagner dans ce douloureux parcours du web-combattant,  dans ce nécessaire chemin de croix virtuel. Deux arguments suffiront peut-être à convaincre les plus « nomonévrosés » d’entre-vous : non seulement cette expérience vous sera aussi bénéfique, mais on se sent tellement plus fort à plusieurs [d’ailleurs, si le but n’avait pas été de se débarrasser d’une web-addiction, on aurait presque pu songer à monter un groupe Facebook « si toi aussi tu veux en finir avec ta nomophobie », mais… voilà, quoi].

Voici, maintenant, le-dit chemin de croix :

Etape n° 1 : On enlève la fonction voyant lumineux qui clignote à chaque mail, sms, twitt ou message Facebook reçu, ainsi que le son strident et différencié qui va avec. Cela nous évitera ainsi de sursauter et de nous précipiter vers notre mobile, dans un élan d’hystérie, à chaque alerte visuelle ou sonore.

Etape n° 2 : On fixe un créneau horaire dans la journée, où notre smartphone sera éteint et (encore mieux) rangé quelque-part pour ne pas être tenté de le rallumer en suffoquant de manque.

Etape n° 3 : On augmente progressivement la durée du créneau sus-cité en 2.

Etape n° 4 : On éteint son portable toute la nuit et si possible on évite (oui je sais, c’est monstrueux) de le consulter le soir avant de se coucher, et le matin dès le réveil.

Etape n° 5 : On retire de notre mobile, les applications polluantes, en commençant par les  réseaux sociaux (Facebook, twitter, etc…), pour ne plus laisser que notre messagerie internet classique.

Etape n° 6 : Enfin, le jour du départ en vacances, on retire d’un geste ferme et décidé la carte « sim » de notre smartphone pour la replacer sur notre ancien bon vieux mobile classique, qui ne fait que téléphone. Et bien-sûr, vous fourrez cette horreur, pardon, cet appareil dans vos valises.

Cette dernière étape est certes très difficile à vivre et donnera à certains la sensation qu’on leur arrache le cœur de la poitrine. Mais elle est cruciale, car sans elle, nous ne pourrons jamais atteindre le « nomonirvana »,  cet état de lâcher-prise virtuel complet, tant convoité.

Donc voilà : on a dix jours. Surtout, on se donne des nouvelles et on reste solidaire : on se texte, mail… oops ! On se tient au courant de nos progrès par téléphone. Et puis, quelle joie aurons-nous, à notre retour de vacances d’actualiser notre statut facebook :

« Youhouhou, j’ai réussi à nomodécrocher !!!! »

….

Pfffff, quelque chose me dit que çà va être plus compliqué que sur le papier, cette fichue histoire de nomodétox’ de vacances…

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