Lol, Témoignages

Bordélique un jour, bordélique toujours: les 10 fausses bonnes idées à ne pas suivre

[Article paru le 19/07/12, sur le blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/07/19/bordelique-un-jour-bordelique-toujours-les-10-fausses-bonnes-idees-a-ne-pas-suivre/]

« Bordéliques » : tel est le terme familier généralement utilisé pour désigner les personnes qui génèrent du bordel, ou encore fortement désordonnées. Les bordéliques se voient aussi parfois affublés du doux surnom d »écureuils » car, tout comme ces adorables petites bestioles le font avec les noisettes, les bordéliques accumulent quantité d’objets, sans pouvoir être capables de les retrouver ensuite.

Mais derrière cette appellation bon enfant, se cachent, en réalité, de vraies souffrances – exprimées ou non – tant du côté du bordélique que de ceux qui vivent à ses côtés. A quelques exceptions près en effet, la plupart des bordéliques avouent se sentir impuissants, honteux, voire même malheureux face à ce comportement qui les condamne à être « prisonniers » de leur propre désordre [Et puis, dans le cas contraire, je ne serais pas là à essayer d’écrire un billet sur les bordéliques, ni vous ici, occupés à le lire].

J’avoue que moi-même je ne m’étais jamais torturé l’esprit avec ce genre de problématique (apparemment anodine) d’intendance ménagère. Etais-je, moi aussi, à « ranger » (ahaha!, respect scrupuleux du champ lexical) dans la catégorie des bordéliques ? A vrai dire, je me fichais de cette question comme de ma première balayette et de mon premier plumeau à poussière. Mais çà c’était avant samedi dernier… Au cours de cette soirée somme toute très banale, j’ai ressenti pour la toute première fois les inquiétants prémices d’un début de questionnement intérieur. Explications (et hop, je change de paragraphe).

Des copines débarquent à l’improviste. La suite vous la connaissez : décision d’apéro dînatoire, 45 minutes pour trouver un décapsuleur, 53 autres pour mettre la main sur ce fichu accessoire de robot qui permet de mixer vite-fait (normalement) une tapenade maison. Je ne vous parle même pas des longues minutes perdues à jouer à des « chasses au trésor-portable » improvisées avec les copines (une qui compose le numéro du trésor, les autres qui cherchent d’où vient le son) pour tenter de retrouver ces satanés téléphones qui vont systématiquement se camoufler dans les coins les plus fouillis de l’appart. Fin de soirée bien arrosée, donc (c’est dingue ce que çà donne soif les « chasses au trésor-portable »), Elodie décide de rester dormir. Elle a raison, Elodie, c’est plus prudent… En entrant dans ma chambre,  elle lâche poliment un :

– « décidément, j’adore la déco… C’est quoi au sol, du parquet ou du carrelage ? »

–  « … »

– « T’as pas un vieux t-shirt à m’prêter pour la nuit ? »

– « Si »  (ai-je le temps de glisser en ouvrant la porte de ma penderie, soit juste un dixième de secondes avant de finir quasi-assommée et ensevelie sous une immense pile de pulls, culottes, chaussures, t-shirts et autres objets qui, d’après le regard consterné d’Elodie [et objectivement], n’ont rien à faire dans un placard à fringues…)

– « Oh, un sèche-cheveux ! » (ok, j’admets)

– « Oh, des magazines de l’année dernière !! » (bon, oui… j’admets aussi)

– « Oh, des plaquettes de chocolat-noisettes !!! »

– « Hi-hi… » (Un peu gêné tout de même le « hi-hi », parce que vous comprenez, c’est ma planque…). Bon sang, mais elle va arrêter de…

– « Oh, le joli petit canard !!!! »

– »… » (Cette fois-ci, gêne puissance 10, c’est aussi ma planque…).

A cet instant, ce fut le déclic.  Je me suis dit qu’il fallait que cela change. Vite. Très vite. Sinon je pouvais faire une croix sur ma vie sociale pour les dix prochaînes années à venir, sans parler d’une hypothétique vie de couple future.

Ce jour là, j’ai compris la nécessité éprouvée par le bordélique de lutter contre ses penchants, de contrecarrer, en quelque sorte, sa propre nature. Car toute la difficulté réside dans le fait qu’il n’y a pas de bordélique occasionnel ou provisoire, que des bordéliques chroniques. Plus qu’un (mauvais) penchant, le bordélisme est en fait un état, voire une seconde peau. « Chassez le bordel, il revient au galop » : il apparaît dès lors essentiel, de bien vite dédramatiser tout en restant lucide. Autrement dit savoir, face à notre mauvaise foi et aux fausses bonnes idées, raison garder.

Naturellement, vaincre sa mauvaise foi implique de cesser d’utiliser les arguments-type et autres prétextes à deux dachmes couramment utilisés par les bordéliques pour justifier leur propension au désordre. En voici une liste (non exhaustive), parmi leurs préférés :

– « Mon bordel à moi est organisé ». C’est un oxymore : il ne peut ontologiquement pas y avoir de bordel digne de ce nom, organisé.

– « J’ai pas l’temps de ranger ». Vu que çà prend à peine un quart de seconde pour jeter un truc à la poubelle ou de le ranger au fur et à mesure, cette phrase transpire la mauvaise foi.

–  »J’ai pas assez de meubles de rangement ». Le bordélique veut vous faire croire qu’une simple virée chez Ikea, mettra fin d’un coup de baguette magique, à des années d’errances bordéliques (argument d’autant moins recevable qu’en général, plus on a de rangements chez soi, plus on stocke et plus on « capitalise » le bordel).

– « J’ai une âme de collectionneur ». Alors là : mauvaise foi caractérisée! Autant on peut être crédible lorsqu’on collectionne des timbres, des statues ou des tableaux, autant des papiers, emballages, flacons de shampoing vides, beaucoup moins.

– « Je fais çà pour ne pas être cambriolé, en fait ». Oui, c’est énorme, mais certains bordéliques n’hésitent pas à arguer que les voleurs, découvrant un appartement déjà sans dessus-dessous, abdiquent et tournent les talons, pensant avoir été précédés par des collègues.

Après la chasse à la mauvaise foi, traquons à présent les fausses bonnes idées (FBI). Voici donc le top 10 (par ordre croissant de débilité) des FBI à ne pas suivre :

1- Vouloir assumer son bordel quand-même et décréter qu’on vit très bien avec. C’est en réalité une non solution, puisque cela revient à nier le fait qu’être bordélique gêne souvent votre rapport à autrui et constitue pour vous un vrai handicap social.

2- Tenter de trouver des solutions sur le net. S’il existe toutes sortes de forum, de thérapies collectives, de sites de coaching virtuel, sachez qu’il n’y a aucune solution valable sur le net. Pas la peine, donc, de s’inscrire aux Bordéliques Anonymes (site bidon qui vous explique en 2 tomes soumis à droits d’auteur, comment ranger, mais aussi et surtout comment se prendre 10 pages de pub en 2 clics).

3- Courir chez le premier psy venu, ce qui vous évitera de tomber sur quelque specimen de bas étage, pratiquant la psychologie version sauvage et bon marché.  Avec un amateurisme évident et une cupidité certaine, ce « sauveur d’âme » vous plombera le moral en insistant sur vos faibles chances de guérison spontanée, et en invoquant des raisons aussi obscures que contradictoires : immaturité, refus de grandir, impossibilité de se détacher de son passé et de se tourner vers l’avenir, peur de la mort, égocentrisme, mégalomanie, refus de faire de la place aux autres, etc…

4- Embaucher une femme de ménage. A priori, faire appel à une tierce personne, professionnelle et neutre, peut sembler une bonne idée. Mais c’est en réalité totalement illusoire. Personne ne peut trier vos affaires à votre place. Vous seul pouvez déterminer ce à quoi vous tenez ou pas, faute de quoi frustration et aigreurs viendront alimenter une situation conflictuelle, qui se soldera de toute façon par le renvoi de cette pauvre personne (pourtant embauchée avec conviction). [Par ailleurs, cette personne ayant été engagée pour faire le ménage, il faut, en toute logique, qu’elle puisse disposer d’espaces suffisamment « dégagés » pour pouvoir passer l’aspirateur et faire la poussière, ce qui, objectivement, chez un bordélique, n’est possible qu’en rêve…]

5- Se résigner au célibat pour n’imposer son bordel à personne d’autre qu’à soi-même. Noble décision, mais condamner sa vie sexuelle ou amoureuse pour de sombres histoires de bordel, c’est moche.

6- Renoncer à toute vie sociale, par honte de recevoir. C’est moche aussi.

7- Vivre avec un autre bordélique. FBI : on ne supporte pas aussi bien le bordel des autres que le sien, des tensions au sein du couple (pourtant homogène) seront donc à prévoir.

8- Vivre avec un maniaque. Certes, le psychorigide vous suivra à la trace et rangera partout où vous passerez, mais la rancoeur s’accumulera et l’ambiance dans votre foyer sera vite intenable.

9- Vivre avec une personne « normale » bordéliquement parlant, mais en se réservant une zone « privée » de bordel et en prenant soin de respecter les zones « neutres » communes. Mais ce qui paraît être un bon compromis, favorisant la cohabitation du bordélique avec le reste de la maison, n’est en fait qu’une solution provisoire, car la zone « privée » finira, hélas, toujours pas déborder et envahir géographiquement les zones « communes ».

10- Mettre le feu dans l’appart une fois tous les 5 ans et jachériser ensuite la surface habitable pendant quelques mois. Mais cette solution, de loin la plus radicale sur le court-terme, s’avère inefficace sur le plus long-terme, le bordel repoussant de plus belle.

En résumé : beaucoup de FBI, mais peu de vraies solutions. Un constat sans appel qui ne doit pas pour autant nous faire sombrer dans le fatalisme mais au contraire, nous inciter à plus de philosophie. En commençant par exemple, par convenir que nous ne sommes pas tous égaux devant le bordel (le seuil de tolérance variant en effet d’une personne à l’autre). Ainsi, de la même façon qu’il existe un « poids de forme » pour chacun, il existe aussi un « bordel de forme ». Tout bordélique qui réussira à déterminer ce fameux point d’équilibre (ou de rupture) et ensuite à s’y tenir, aura sans aucun doute franchi une étape importante, qui lui permettra peut-être un jour, de dompter le chaos qui règne dans son antre.

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