Opinions, analyses

Les hommes infidèles à cause de leur testicules : La science au service du sexisme.

[Article publié le 26/10/12, sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/672241-les-hommes-infideles-a-cause-de-leurs-testicules-la-science-au-service-du-sexisme.html]

SEXISME. Voici, une fois de plus, la science prise en flagrant délit de sexisme caractérisé.

C’est fâcheux de voir comme on nous sert régulièrement à la table des lobbying sexistes, et façon « scoop populaire », des pseudos découvertes scientifiques qui font le buzz mais n’ont, en réalité, de scientifique que le nom.

Où/Quand/Comment ça ? Dans le magazine de France 2, « Infrarouge », diffusé mardi dernier. Selon des professeurs à la réputation établie [drôle, quand même, de constater que la majorité des spécialistes interrogés était des hommes : hasard, coïncidence?], l’une des principales causes de l’infidélité masculine pourrait être la taille des testicules.

Une étude menée sur des singes aurait en effet démontré que, plus les testicules de ces derniers étaient volumineuses, plus ils étaient polygames. Alléluia. Mais quelles cruches faisons-nous ! Et dire que nous pensions que l’infidélité de nos partenaires masculins résultait d’un acte conscient et éclairé de leur part ! Dire que nous étions même à la limite de leur en vouloir lorsque nous étions trompées ! Tout ça, c’est bien fini : ce n’étaient pas eux, c’étaient leurs testicules. C’est prouvé scientifiquement.

Deux mariages sur trois finissent en divorce. Nous n’en serions pas là aujourd’hui si la science avait fait cette découverte plus tôt : une simple soupesée des bourses de notre prétendant (plutôt que de l’habituel « pour ou contre »), avant de lui dire « oui », aurait suffi à nous éviter bien des écueils conjugaux.

Le sexisme des médias et de la science

C’est vrai, ce n’est pas la première fois que la science verse dans le bon vieux sexisme de base, se faisant l’avocat du diable. Les médias font pareil : du même acabit, il y avait eu aussi ce magazine de « Zone interdite », consacré au sujet « Amour, sexe et pouvoir : de la séduction au harcèlement », diffusé le 5 juin 2011.

Dans ce documentaire où sont largement évoquées les libidos, aussi fascinantes que démesurées, de Dominique Strauss-Kahn, mais aussi d’autres hommes politiques tel Patrick Balkany (maire de Levallois-Perret), on nous explique, force d’arguments scientifiques, que l’appétit sexuel serait étroitement lié au pouvoir. Amen.

L’ennui, c’est que dans ce reportage, il n’est question que d’hommes. Doit-on en conclure que cette théorie scientifique n’a pas été validée en ce qui concerne la femme ? Ou bien les réalisateurs auraient-ils peiné à trouver des femmes occupant des postes à haute responsabilité afin d’étayer leur propos ?

Il est vrai qu’il ne vaut peut-être mieux pas miser sur d’éventuelles frasques sexuelles d’Angela Merkel, ni attendre que Laurence Parisot se déchaîne sexuellement sur un pauvre pigeon sans défense, pour faire grimper l’audimètre.

L’infidélité masculine, une théorie scientifique

Finalement, toutes ces révélations sur l’infidélité masculine tombent à point et ne viennent donc que corroborer ce que nous savions déjà depuis l’après-guerre : « Les hommes sont tous infidèles, c’est génétique ». Une conclusion pour le moins extrapolée et hasardeuse à laquelle s’était scientifiquement risqué le généticien Angus John Bateman en 1948, après avoir longuement observé le comportement des mouches lors de la reproduction (étude parue dans « Nature »).

Ainsi s’était tranquillement installé dans les esprits le précepte incontestable par lequel la gent masculine serait programmée pour chercher à multiplier les partenaires. Les femmes, au contraire, seraient adaptées à la fidélité et la monogamie. Ces conclusions ont, évidemment, très largement contribué à modeler notre vision des rapports homme-femme.

Mais c’était sans compter sur cette nouvelle recherche menée à UCLA par le professeur de biologie Adair Gowaty, qui est venue ébranler les fondations de cette théorie. Ce professeur de biologie a en effet reproduit l’expérience, mais cette fois-ci avec des outils d’analyse ADN modernes, bien plus précis. Les résultats (publiés dans « Proceedings of the National Academy of Sciences » cet été) sont formels : les femmes pourraient bien être aussi frivoles que les hommes.

Un vieux cliché s’effondre donc. Grand bien nous fasse : enfin la parité !

L’homme, un être capable de dépasser ses pulsions

Mais pourquoi cette tendance, voire cet acharnement de l’homme à vouloir expliquer les tenants et aboutissants de sa propre libido par la science ? A-t-il réellement besoin d’un alibi scientifique pour justifier ce qu’il considère comme ses « faiblesses » ou « fautes morales »? (termes exacts utilisés par DSK, au cours de son interview du 18 septembre 2011, dans le journal de Claire Chazal).

L’homme est justement réputé se distinguer du monde animal par le fait qu’il est capable de « dépasser »son instinct. Alors, pourquoi chercher à tout prix à démystifier cette douce et incroyable alchimie pouvant se produire entre deux êtres de sexe opposé (ou pas) ? Pourquoi devrait-on, nécessairement, dépoétiser la relation sexuelle, déromantiser nos pulsions, décérébraliser nos élans amoureux ; en un mot, rationaliser la passion?

Chercherait-on à nous faire prendre des testicules pour des lanternes qu’on ne s’y prendrait pas autrement…

Mais que la science nous laisse donc rêver un peu, que diantre !

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