Opinions, analyses

Pilule de 3ème génération : De la liberté à la contrainte contraceptive.

[Article publié le 08/01/13 sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/755672-pilule-de-3e-generation-on-est-passe-de-la-liberte-a-la-contrainte-contraceptive.html]

Apparues en 1960, les pilules contraceptives restent parmi les moyens les plus efficaces pour prévenir les grossesses. Si la pilule se place aujourd’hui comme le moyen de contraception favori des Françaises, avec près de 5 millions d’utilisatrices, seulement 1,5 à 2 millions d’entre elles utilisent une pilule de 3e ou 4e génération. Mais ce mode de contraception n’est pas sans danger, comme en témoignent les drames humains récents et très (voire sur-) médiatisés.

L’inquiétude monte, se matérialisant, entre autres, par une explosion des procédures judiciaires ainsi que le déremboursement programmé des pilules dites de 3e génération.

À terme, cette prise de conscience collective brutale pourrait changer notre vision « classique » de la distribution des rôles homme/femme en matière de contraception.

Image de la pilule écornée

Certes, la polémique actuelle concerne uniquement les pilules de 3e génération. Mais, dans l’esprit collectif, le mal est fait. Le doute est installé et demeurera : ce battage médiatique aura bien eu pour effet de jeter la suspicion sur l’ensemble des pilules existant sur le marché – toutes générations confondues – et, par ricochet, sur la contraception hormonale en général (les œstroprogestatifs en patchs, anneaux vaginaux ou stérilets hormonaux sont aussi concernés).

Ce qui était traditionnellement perçu comme un droit des femmes à disposer de leur corps (« avoir un enfant si je veux, quand je veux ») tend, de plus en plus, à prendre un goût de servitude. Il est en effet bien loin le temps où l’accès à la contraception représentait une révolution sexuelle et était synonyme d’affranchissement et de liberté du corps pour les femmes

Effets secondaires

Il suffit de mentionner les contraintes liées, bien sûr, à la prise quotidienne obligatoire de la pilule (pour certaine type de pilule, à heure fixe même) pour s’en convaincre. Mais aussi les contraintes de suivi gynécologique imposées par la nécessaire prescription de ce type de contraception – ce qui en réalité peut également être perçu comme une opportunité, pour la femme, de prendre soin de son capital santé, via un contrôle régulier.

Les effets secondaires « physiques » liés à la prise de la pilule sont, par ailleurs, nombreux et non négligeables : saignements, nausées, douleurs mammaires, migraine, prise de poids, baisse de la libido, changement d’humeur… Sans compter – et ce peut-être une contrainte majeure pour une fumeuse invétérée – la nécessité d’une diminution de sa consommation tabagique, voire d’un sevrage complet, l’association tabac-pilule augmentant le risque d’accidents cardio-vasculaires.

Contrainte financière

La liberté pour la femme de ne pas subir une grossesse non désirée a donc bien un coût en terme de risque pour sa santé. Mais ce qu’il y a de nouveau, c’est que le coût pourra désormais être également financier. Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales et de la Santé, a annoncé sa décision d’avancer au 31 mars le déremboursement de ces contraceptifs oraux de 3e générationun choix expliqué par les doutes croissants sur les risques de phlébites provoqués par la prise de ces pilules contraceptives et par un service médical jugé « insuffisant » par les autorités de santé.

Enfin, prendre en charge la contraception, pour la femme, signifie également prendre, de façon individuelle, la responsabilité de la fonction reproductive. C’est à elle seule que revient alors la charge de la maîtrise de la procréation dans le couple. Or si l’on plaisante souvent sur le fait qu' »on fait un enfant à deux », il paraît aussi légitime de vouloir ne pas faire d’enfant à deux.

Contrainte contraceptive pour tous

De la « liberté contraceptive » à la « contrainte contraceptive », il n’y avait donc qu’un pas que la pilule de 3e génération semble avoir irrémédiablement franchi. À l’ère de la parité, il apparaît équitable que les risques et inconvénients associés à la contraception hormonale ainsi que le poids de la « responsabilité reproductive » soient partagés entre hommes et femmes. Une thématique épineuse dont le lobby féministe pourrait bien faire son  prochain fer de lance.

Et puisque la pilule pour homme est, semble-t-il, sur le point de voir le jour (lire mon billet de blog sur le sujet), la pression sur le partage homme/femme de la « charge » contraceptive risque considérablement de s’accentuer. L’homme doit donc plus que jamais se préparer à l’idée de devoir y participer, « physiquement » aussi.

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