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« Amenez des sous-vêtements sexy » : j’ai postulé à Z Maid, le site de soubrettes coquines

[Article paru le 27/05/13, sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/874928-amenez-des-sous-vetements-sexy-j-ai-postule-a-z-maid-le-site-de-soubrettes-coquines.html]

Z Maid, ce site belge ouvert il y a seulement trois mois, crée la polémique. La particularité de ce site controversé est de proposer à ses clients les services de femmes de ménage sexy et coquines. Un simple clic et l’on peut ainsi réserver en ligne l’une des « maids » (bonne ou servante en anglais) du catalogue de l’agence, laquelle viendra accomplir des tâches domestiques chez vous et dans la tenue de votre choix.

Je décide de postuler par curiosité

Le concept pour le moins insolite de cette agence un peu spéciale éveille ma curiosité et suscite chez moi quelques interrogations. Notamment sur les motivations qui peuvent bien pousser des femmes à travailler sur ce site. Le font-elles par pure nécessité financière ? (« L’avantage, c’est que vous pouvez travailler très peu d’heures par semaine car la rémunération est élevée », précise le site). Agissent-elles par cynisme ? Ou encore par plaisir ?

En parcourant un peu le site, je m’aperçois que l’agence recrute et qu’il est même possible de postuler en ligne. Afin d’obtenir quelques réponses à mes interrogations, je décide (après m’être créé une nouvelle adresse e-mail et sous une fausse identité) de me porter candidate, juste pour voir. Je remplis donc le formulaire et profite de l’espace réservé aux commentaires pour demander des précisions sur le statut juridique des Z maids et sur la part de rémunération qui leur revient. J’y évoque également mes craintes concernant l’aspect sécurité et demande comment l’agence s’y prend pour assurer ce dernier aux femmes de ménages.

À mon grand étonnement, le site se montre très réactif. Moins de 20 minutes auront suffi pour recevoir cet e-mail :

E-mail envoyé par Z Maid en réponse à la candidature de notre contributrice.

Est-ce le gérant lui même ou bien un salarié de l’agence qui me répond ? Impossible de le savoir puisque l’e-mail est signé Z Maid. Toujours est-il que mon interlocuteur élude complètement ma question sur la sécurité, préférant m’appâter avec l’argument financier. Il m’encourage en me faisant miroiter des gains importants et me rassure (ou pas) en m’indiquant que la seule « compétence » requise se résume à « aimer être regardée ». En gros, je serai payée en me faisant plaisir. Enfin, la fin du message est sans équivoque : l’interlocuteur me fait comprendre gentiment que, pour les autres questions, on verra ça sur place, hein.

« Puis-je être nu devant la femme de ménage ? »

Méfiant le monsieur ? Je comprends dès lors que, à moins de payer physiquement de ma personne, je n’aurai d’autres réponses que celles figurant sur l’espace « foire aux questions » du site. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est que celles-ci sont essentiellement ciblées sur les aspects « techniques ».

En voici un florilège :

« Puis-je être nu devant la femme de ménage ?

– Oui. »

« La femme de ménage peut-elle nettoyer la salle de bain pendant que je prends une douche ?

– Bien sûr. »

« Que se passe-t-il si j’ai une érection ? – C’est la nature. »

« Arrive-t-il que les femmes de ménage se retrouvent face à deux personnes échangeant un moment de tendresse ? – Cela arrive. »

Et si le site n’offre que peu (voire pas) de précisions sur le statut juridique des maids, le type de contrats et la rémunération, la carte des forfaits et services proposés est, quant à elle, très détaillée.

Show érotique : une mise en scène sexuelle qui n’a rien d’illégal

Pourtant, même si ce site peut heurter la bonne morale ou le puritanisme de certains, il n’en demeure pas moins totalement légal. Son gérant Pascal Milquant n’a de ce fait, au plan juridique, que très peu de chances d’être inquiété. Ce dernier a d’ailleurs indiqué avoir pris les devants en consultant un avocat, avant de lancer son site internet. « Tant que cela reste du voyeurisme, ce n’est pas condamnable », affirme-t-il, sûr de lui, sur le site de la « Dépêche du Midi ».

Nul besoin d’être un spécialiste du droit pour s’apercevoir que les « conditions d’utilisation des services Z Maid », disponibles sur le site, sont bétonnées. L’agence prévient d’emblée qu’il est question de « prestations artistiques » et non de prostitution :

« Z Maid ne fournit aucun service sexuel, il ne s’agit pas d’un service d’escort. […] Tout rapport sexuel manuel ou contact physique est strictement interdit, toute tentative entraînera automatiquement la fin de la prestation. »

« Il n’y a aucun service ou rapport sexuel ni contact physique, il suffit de faire le ménage dans la tenue souhaitée par le client. Soit une tenue habillée normalement ou bien coquine, sexy, en tablier, soit partiellement ou totalement dévêtue », peut-on lire encore dans la note adressée aux candidates potentielles.

Le site ne pourra pas, non plus, se voir reprocher de porter atteinte aux bonnes mœurs puisque les prestations ont lieu au domicile du client et non sur la voie publique (« Cela doit rester discret et ne peut se faire en présence de personnes qui ne seraient pas informées ou mineures », est-il précisé dans la foire aux questions. Quant à la question du respect du droit social, le site précise que les femmes de ménage « sont toutes déclarées » et ont « un contrat ».

Cela étant, le concept mis en avant par l’agence Z Maid n’a rien de nouveau. Certes, l’ambiguïté autour de la nature de la prestation est volontairement maintenue, laissant croire qu’il s’agit de ménage « érotisé ». Mais en réalité, il s’agit ni plus ni moins d’un show érotique où les femmes ne font que mimer des tâches ménagères. En somme, c’est la mise en scène sexuelle de leurs corps qui fait l’objet d’une vente (et non le ménage). Comme c’est également le cas pour une « gogo » danseuse, un mannequin posant nu pour une publicité ou encore une actrice X. Et ce sans que cela ne pose le moindre problème d’un point de vue juridique.

« Ajouter au panier » une soubrette à poil

« Votre femme ne le saura pas. » Cette phrase qui saute aux yeux en page d’accueil du site ne laisse guère de place au doute : Z Maid est un site exclusivement dédié au plaisir masculin. Un site conçu par l’homme pour l’homme et qui, en outre, offre une image dégradante de la femme. Reléguée au rang d’objet, celle-ci se voit monnayée sur la toile, telle une vulgaire marchandise. Et l’utilisation du langage e-commerce (« ajouter au panier », « commander », « réserver ») ne fait qu’accroître le malaise. Il suffit d’entrer les coordonnées de sa carte bancaire et, hop, on « achète » sa soubrette, à poil et à quatre pattes.

Le forfait Maid Nature comprend une Z Maid à domicile pendant une heure, en tenue habillée, en tablier ou en tenue sexy, soit topless soit entièrement nue (capture d'écran).

Le forfait « Maid Nature » comprend une Z Maid en tenue habillée (tablier ou tenue sexy), ou bien seins nus ou nue (capture d’écran).

Par ailleurs, le « jeu de rôle » proposé par le site, consiste purement et simplement à mettre en scène l’aliénation de la femme par l’homme. Le plus dégradant ne se situant pas dans le fait de se dévêtir mais dans celui d’accomplir des tâches avilissantes, de se trouver en position de soumission, d’infériorité par rapport à l’homme.

Certes, on peut être tenté de dédramatiser le concept, en arguant que la notion d’humiliation est relative et arbitraire. Certaines trouveront, en effet, moins avilissant de jouer du plumeau en tenue d’Ève devant un inconnu que d’être obligées de sortir ses poubelles, de récurer ses toilettes ou de laver son linge sale.

Certes, personne ne peut juger ni préjuger du ressenti d’autrui. Et disposer de son corps comme on l’entend relève de la liberté individuelle de chacun. Mais la création d’un climat de toute puissance masculine, fût-il imaginaire, n’est pas sans danger.

« Jouer » à DSK et Nafissatou Diallo n’est pas sans danger

Car dans ce jeu de rôle sordide où la femme se retrouve totalement à la merci de l’homme, où les hommes « jouent » à DSK et la femme à Nafissatou Diallo, la porte de tous les dangers est grande ouverte.

Entre l’imaginaire et la réalité, la frontière est parfois si trouble qu’il peut être terriblement tentant pour certains de déraper et franchir la ligne rouge. Et ce qui, à l’origine, devait être un jeu peut vite basculer dans le fait divers (insultes, attouchements, agression ou viol). Le site paraît, d’ailleurs, bien léger au regard de la sécurité de ses employées : n’importe qui peut réserver une Z Maid, il suffit juste de posséder une carte bancaire. Tout juste l’agence demande-t-elle aux filles d’envoyer un SMS avant et après la prestation « pour s’assurer que tout va bien ».

Reste qu’avec 1500 membres et plus de 12.000 visites (selon l’hébergeur) en trois mois, le site semble faire de nombreux adeptes et ne manque ni de clients, ni (encore plus surprenant) de candidates. Plus désolant encore, certains ne pourront s’empêcher d’élaborer de grandes théories sur les fantasmes féminins (du style « les femmes aiment se mettre en danger et être traitées comme des objets »), à l’instar du réalisateur François Ozon lors de la présentation à Cannes de son film sur la prostitution d’une jeune fille.

Et de généralités en raccourcis on finira même par en oublier le moteur principal : l’argent.

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