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Clara Dupont-Monod, le féminisme et France Inter : une interview déconcertante

[Article paru le 27/08/13, sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/926470-clara-dupont-monod-le-feminisme-et-france-inter-une-interview-deconcertante.html]

Pour sa rentrée sur France Inter, la journaliste Clara Dupont-Monod (qui remplace Pascale Clark pour l’Invité de de 7h50) avait convié ce lundi Anne-Cécile Mailfert, porte-parole d’Osez le féminisme. Le propos initial de cette rencontre était d’évoquer l’initiative lancée par le collectif, visant à faire entrer des femmes au Panthéon, aux côtés de Marie Curie et de Sophie Berthelot (qui doivent, il est vrai, s’y sentir bien seules).

La colère des féministes

Seulement voilà, la nouvelle recrue de France Inter – débordant de zèle – a déroulé un questionnaire pétri de poncifs nauséabonds et condescendants sur le féminisme : l’interview tourne rapidement en véritable procès d’intention, provoquant l’ire interloquée de nombreuses militantes.

http://http://www.dailymotion.com/video/x13o5vs_anne-cecile-mailfert-les-heureuses-elues-au-pantheon-sont-o-de-gouges-l-michel-g-tillion-s-de-beauvo_news?start=6

Voici les réactions indignées de quelques unes d’entre-elles, sur twitter, suite à ce moment de radio surréaliste.

Caroline De Haas@carolinedehaas

16 Retweets   6 favoris
Les Martiennes@lesmartiennes

2 Retweets   1 favori
Alice Coffin@alicecoffin

« C est un  qui ne compte pas emasculer les hommes? »festival de poncifs et ignorance dans questions de clara dupont-monod @f_inter

22 Retweets   2 favoris
CrêpeGeorgette@valerieCG

c’est ce qu’on appelle une interview de fond. Passionnant. peut-être un peu complaisante, bête, racoleuse et cliché mais intéressante hein.

1 Retweet

D’autres féministes ont répondu à Clara Dupont-Monod sur leurs blogs ici ou .

Un moment de radio déconcertant

Mais quelle mouche (ou abeille devrions-nous dire, pour les raisons évoquées plus loin dans ce billet) a donc pu piquer notre amie Clara Dupont-Monod ? Car il faut bien admettre que les questions de la nouvelle intervieweuse politique de France Inter sont pour le moins orientées.

Jugez-en par vous-mêmes :

– « Vous ne pensez pas que les nouveaux féministes, ce sont en fait les hommes ? »

Ben voyons ! Attribuons tout le mérite des combats féministes aux hommes… Cela s’appelle du « men hangin' » et c’est pas très glorieux comme procédé de racolage.

 « Osez le féminisme, c’est un féminisme qui est contre les hommes ou tout contre les hommes ? »

Comprenez ici qu’il n’y a nulle autre alternative possible dans les rapports hommes-femmes : ou bien on déteste les hommes ou bien on les suce. Est-ce clair ? Un poil binaire, comme analyse journalistique.

– « Donc c’est un féminisme qui ne compte pas émasculer les hommes ? C’est une bonne nouvelle, je vois tout le monde qui se détend dans le studio. »

C’est qui tout le monde ? Peut-être Clara Dupont-Monod évoque t-elle le personnel réputé quasi-exclusivement masculin de France Inter ? Je croyais pourtant qu’une grosse prise de conscience concernant l’absence de parité au sein de l’équipe dirigeante de cette radio, avait eu lieu, notamment lors de cet événement tragique d’invasion de leurs locaux par les « Barbues ».

– « La parité, ça veut dire que si on doit choisir entre une femme incompétente (au hasard) et un homme compétent (encore au hasard), ça sera toujours la femme incompétente, non ? »

Réfléchis un peu, Clara… Si le féminisme dont tu parles existait vraiment, France Inter t’aurait alors choisie pour d’autres raisons (besoin d’une potiche ?) que celles inhérentes à ton supposé talent. On ne va quand même pas t’expliquer que la parité, c’est un truc qui s’applique à compétence égale, et uniquement à compétence égale.

Et enfin (le meilleur ayant été gardé pour la fin) :

– « Est-ce que les féministes ont de l’humour ? Oui ? Cela mérite une dépêche AFP ! »

Possible que les féministes n’aient pas plus d’humour que la moyenne, mais ne vaut-il pas mieux en avoir peu – et même ne pas en avoir du tout – qu’en avoir un vaseux ?

Victime du syndrome de la reine des abeilles ?

Second degré, excès de zèle ou ignorance ? Allez savoir… Je me garderais bien, moi-même, de tacler cette journaliste qui ne fait, après tout, que son métier (de « gratte-poils », pour laquelle on la paie, vraisemblablement).

Je lui ferais tout au plus remarquer que la liste des clichés méphitiques qu’elle énumère sur le féminisme n’est pas exhaustive. Elle oublie en effet celui sur le syndrome de la reine des abeilles – syndrome dont il se pourrait bien qu’elle souffre elle-même, sans le savoir.

Le « Queen Bee Syndrome » (dans sa version anglophone), donc, serait ainsi un syndrome psychique et/ou social, selon lequel une femme arrivée au pouvoir n’aide pas ses collègues et subalternes féminines et essaie même plutôt de les écraser.

Dans les années 1970, des chercheurs américains (Toby Epstein Jayaratne et Carol Travis) auraient en effet « découvert » que les femmes étaient loin d’être solidaires entre-elles, au travail en particulier. Leurs études auraient ainsi montré que « les femmes qui réussissaient dans des secteurs d’habitude dominés par les hommes, étaient obsédées par l’envie de conserver leur pouvoir et s’opposaient très souvent aux succès d’autres femmes ».

De même, une autre étude, réalisée en 2011 par le Workplace Bullying Institute, montre quant à elle que les « femmes qui tyrannisent les autres salariés au bureau dirigeraient directement leur haine contre leurs pairs 80 % du temps quand les hommes sont plus équitables et s’en prennent aussi bien aux messieurs qu’aux dames ».

Moi-même, lorsque j’ai débuté ma vie active, j’ai dû me frotter à de vilaines « Queen Bees ». Assez bien diplômée et pas trop repoussante, je me suis sentie comme un loup qui entre dans la bergerie. Mes collègues féminines me tournaient cruellement le dos à la machine à café, pendant que les collègues masculins, eux, s’empressaient de glisser un jeton dans la fente du distributeur à café pour me l’offrir.

Ainsi va la vie. Il arrive, de temps à autre, que les femmes se tirent dans les pattes entre-elles, donnant ainsi raison à l’adage voulant que la femme soit, finalement, son propre ennemi. C’est sans doute la leçon que les féministes semblent devoir tirer de cette affaire : ne jamais oublier que le diable s’habille aussi, parfois, en Prada.

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