Opinions, analyses

Couples, Sexe et trahisons sur M6. Quand « Zone interdite » fait du jounalisme poubelle.

La chaîne M6 a, une fois de plus boosté son audimat, avec son désormais coutumier « do«cul» du dimanche soir. « Teasing » racoleurs et reportages « sensationnels » (sexe, drogue, adultères, prostitution, argent sale…), c’est presque à chaque fois, le même « branle-bas de combat audimétrique » sur la chaîne de « Zone interdite » et « Enquête exclusive ».

C’est donc le plus naturellement du monde que ce dernier « Zone Interdite » du 16 février, nous proposait cette fois de plonger dans l’intimité de plusieurs couples en crise, avec un reportage sobrement intitulé – une fois n’est pas coutume – : « Prêts à tout pour sauver leurs couples ».

Fausse pédagogie

La journaliste-animatrice Wendy Bouchard lance pompeusement l’ « enquête », laissant entrevoir aux téléspectateurs, la possibilité de découvrir des pistes de réflexion, voire des clés pour sauver les couples en perdition. A noter, d’ailleurs, qu’elle clôturera également l’émission en insistant sur l’aspect « éducatif » du reportage (« Vous l’aurez compris, hein, il existe des solutions pour s’en sortir »).

Après les généralités d’usage d’ordre statistique* , les présentations…

Nous voici donc « en route » pour la soirée, avec 4 beaux cas d’école de couple en déclin, qui ont « gentiment-accepté-de-se-laisser-filmer-pendant-un-an-par-nos-équipes-de-reporters». Des personnes comme vous et moi, donc, qui ont consenti à livrer sur un plateau (au sens propre comme au figuré) les détails de leur vie privée – tant qu’à faire – de leur vie sexuelle.

Manque de spontanéité

Au cours des séquences de vie qui se succèdent, tout y est : déballage de linge sale, règlements de compte en public, confidences croustillantes, larmes et insultes que l’on devine – à peine – sur commande.

Quand bien même cette équipe de journalistes serait restée 24h sur 24h pendant un an au chevet de ses couples qui se déchirent, sommes-nous assez dupes pour croire que leurs caméras (si discrètes fussent-elles) se trouvaient miraculeusement là dans les moments cruciaux ? Comment juger de la spontanéité de scènes « intimes » entre personnes qui se savent filmées ?

D’ailleurs, Au vu de certains passages surjoués, le téléspectateur aura plutôt eu l’impression de se retrouver devant une sorte de reconstitution, servie par un mauvais jeu d’acteurs. C’est notamment le cas de cette dispute surréaliste où l’un des conjoints, se sachant pourtant filmé, insulte copieusement sa compagne, ainsi que la journaliste présente sur place.

Racolage facile et voyeurisme

Que dire, en outre, de ce portrait racoleur de Martine, cinquantenaire malheureuse dans son couple, en quête d’affection, qui cherche à oublier ses déboires aux bras d’amants d’un soir… Du pain béni pour des réalisateurs qui n’ont pas lésiné sur les gros plans accrocheurs des bas noirs, talons, fesses et décolletés exhibés de cette femme en grande souffrance psychologique.

Une phrase expliquant qu’elle se pliait à tous les jeux pervers de ses amants pour leur plaire, aurait ainsi largement suffit à éclairer le téléspectateur sur la situation, plutôt que de consacrer de longues minutes de reportage à la contemplation de ses tenues fétichistes, ou bien à la façon de boutonner sa robe en latex.

Psychologie de comptoir et exploitation de la détresse humaine

Chaque séquence, est bien-entendu, entrecoupée d’analyses, de conseils de psy, thérapeute conjugal et autre gynécologue de renom, histoire d’apporter un peu de crédit à un « reality show » qui se verrait mieux en reportage éducatif.

On peut se demander à quel niveau d’exhibitionnisme, de cynisme ou bien de désespoir faut-il se trouver pour en être rendu à confier à des journalistes, le rôle de témoin voire de médiateur de ses problèmes conjugaux.

Reste-t-il vraiment quelque chose à sauver de son couple, lorsqu’on accepte ainsi de sacrifier sur la place publique, ce qui normalement devrait constituer son bien le plus précieux : son intimité ?

Difficile de dire ce qu’il y a de plus pathétique, finalement, entre hypocrisie et abus de faiblesse de la part de journalistes qui se servent éhontément, dans le grand bazar de la détresse psychologique.

Les protagonistes de ce genre de reportage sont utilisés comme de la chair à canon, sacrifiés sur l’autel de la guerre de l’audimat.

Que leur a t-on promis au juste… Que leur témoignage aiderait d’autres couples en difficultés ? La bonne affaire! Il semble que les bénéfices tirés soient bien mince, au regard des risques encourus.

Après que, successivement, les journalistes, la société de production, la chaîne et les téléspectateurs se sont tous bien repus de leur histoire, c’est maintenant au tour des internautes de se délecter. Martine, cliché trop parfait de la femme d’affaires cougar nympho-maniaco-dépressive, moquée sur le web, est devenu malgré elle une véritable « star » sur twitter, comme l’indique le site Metronews. Et on ne peut qu’imaginer les répercussions désastreuses de ce « buzz » involontaire sur l’état psychologique de cette dernière (Mais de cela, personne pour s’en soucier, l’audimat est fait).

Reste que si M6 souhaite verser dans la télé-réalité, après tout, c’est son choix. Mais qu’elle l’assume jusqu’au bout et ne nous vende pas ce genre de programme comme du « reportage », diffusé dans le cadre d’un « magazine d’information et d’actualité ».

Rien n’est plus exaspérant que de se voir ainsi infliger des leçons d’art de vivre conjugal… A fortiori par ceux qui, en ce qui les concerne, mériteraient bien une petite leçon de journalisme.

*« Un mariage sur deux, en France, se solde par un divorce », « Les premières causes de rupture conjugale sont l’infidélité, l’argent, la belle-famille et le travail », etc…

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