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Pilule contraceptive pour homme: un petit pas pour l’homme, un grand pas pour la parité ?

[Article publié le 19/06/12, sur le blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/06/19/pilule-contraceptive-pour-homme-un-petit-pas-pour-lhomme-un-grand-pas-pour-la-parite/]

Il y a trois semaines, des chercheurs écossais ont publié une étude sur l’infertilité masculine et à cette occasion, ont déclaré avoir identifié un gène dénommé Katnal1, responsable de la maturité des spermatozoïdes. Cette découverte ouvre ainsi le champ de tous les possibles en matière d’infertilité masculine. Mais surtout – «youhouhouuuuu !» – elle pourrait aussi ouvrir la voie vers un nouveau type de pilule contraceptive pour hommes, d’ici les cinq à dix années à venir. Prendre la pilule  pourrait  alors devenir un rituel quotidien qui ne serait plus exclusivement féminin.

A première vue, cette annonce sonne plutôt comme une bonne nouvelle. De la même façon qu’on fait un enfant à deux, il paraît logique qu’on ne fasse pas d’enfant également à deux. Un raisonnement qui non seulement se tient, mais qui en plus, est super tendance : c’est ce qu’on appelle la parité. Les hommes pourront enfin prendre leur part de responsabilité dans la contraception du couple, nous délestant, ainsi, de ce boulet contraceptif que nous traînions seules.

Sans vouloir leur porter offense, la plupart des hommes, en matière de contraception, sont plus impliqués dans la maîtrise de la procrastination que dans celle de la procréation.  Et pour se dédouaner sans aucune culpabilité, il faut avouer que leur argumentaire, tout trouvé, est totalement imparable :

« Chérie, tu préfères quoi ? » :

Option 1 – Que je mette un préservatif, et que je débande ?

Option 2 – Une abstinence de quinze jours par mois (une semaine avant + une semaine après l’ovulation) soit, concrètement, la moitié de l’année en « jachère » ?

Option 3 – On « bricole » en s’éclatant toute l’année et on joue notre avenir parental à la roulette russe ?

Option 4 – Je subis une vasectomie (notons le pléonasme subir + vasectomie qui renforce l’horreur intrinsèque de ce mot) et on n’aura jamais de descendance ?

Option 5 –  (La plus simple). Tu fais pas chier le monde et tu prends ta pilule ?

[Et naturellement, vu sous cet angle, l’immense majorité d’entre-nous « choisira » l’option 5 …]

Bon… Ne faisons pas non plus, systématiquement, nos féministes hystériques. Il y a tout de même un gros avantage à prendre la pilule. Celui de nous contraindre à un suivi gynécologique régulier. En effet, les pilules n’étant en principe délivrées que sous ordonnance, et la durée de prescription ne dépassant en général pas les 12 mois, difficile, dans ces conditions, d’espacer (encore moins d’occulter) les visites de courtoisie à son gynécologue préféré. Il faut bien admettre que, même en état d’abandon physique et mental total, se retrouver fesses à l’air, yeux au plafond,   cuisses à 180 degrés, face à un inconnu qui fixe votre petit vagin tout rose, en hochant la tête et en fronçant les sourcils, çà a quelque chose d’un poil intimidant. Et pour être honnête, pas sûr que nous nous livrerions avec autant de plaisir à ce petit rite annuel, si il n’y avait pas au bout la carotte de l’ordonnance : notre visa pour le « safe sex », validité un an.

Autre avantage (de taille) de la pilule : l’augmentation du tour de poitrine. Deux bonnets gagnés sans chirurgie, çà c’est la bonne surprise de la pilule. Mais la mauvaise surprise, ce sont les autres effets secondaires, qui demeurent assez fréquents : nausées, fatigue, migraines, irritabilité, prise de poids, baisse de la libido, incompatibilité avec le tabac, etc… (j’en passe et des meilleures). Pour nombre d’entre-nous, qui ont jugé les effets secondaires trop incommodants, il a malheureusement rapidement fallu faire un choix : les formes ou la forme (et ce fut la forme). Personnellement, je ne souhaiterais pas ces effets secondaires à mon pire ennemi, fût-il de sexe masculin, ni même à mon ex (qui m’a larguée pour ma prof de yoga, l’année dernière, en me laissant juste son dégénéré de chien en guise de cadeau d’adieu).

Bien sûr, tous ceux qui militent pour l’égalité hommes-femmes  se frottent les mains. Mais pour les puristes de la parité, l’arrivée de ce nouveau mode de contraception masculine risque d’être un vrai casse-tête. Va t’on devoir codifier un règlement paritaire de la prise de pilule ? Comment va t’on faire concrètement pour répartir les rôles au plus juste ? Procédera t’on par tirage au sort pour savoir qui, de l’homme ou la femme, prendra la pilule ? Établira t’on un tour fixe, en alternance ? Un jour sur deux ? Une semaine sur deux ? Ou bien encore chacun une moitié de pilule ? Tout cela fait sourire, mais, plus sérieusement, il n’empêche que ce nouvel élément relance complètement la donne en matière de contraception, et que par conséquent un nouveau débat, du moins une discussion, va devoir s’engager au sein des couples,  remettant en cause leur «arrangement» déjà établi.

Mais si les hommes se mettent à prendre la pilule à notre place ? Comment être sûre qu’ils vont être fiables, pire, qu’ils ne nous feront pas d’enfant dans le dos ? Que celle qui ne s’est jamais réveillée en sursaut en pleine nuit, avec une voix qui lui hurlait «piluuuuuuuuuule !», leur jette la première pierre… Et se dépêcher d’installer l’appli «pilule» sur l’i-phone de son mec, n’empêchera pas d’avoir à lui faire confiance. Car il est bien là le vrai dilemme. En s’en remettant à l’homme pour ce qui est de la contraception, la femme perd tout contrôle sur la maîtrise de sa fécondité.

Alors…

Un petit pas pour l’homme, un grand pas vers la parité, cette pilule ?

Bof… Pas tant que ça, en réalité…

Dans l’état actuel des choses, on peut même dire que les scientifiques n’ont pas vraiment décroché la lune, tant il reste à faire pour que les mentalités progressent, des deux côtés : plus d’implication dans la gestion de la contraception, côté homme, plus de lâcher-prise, côté femme. C’est d’ailleurs certainement de ce point de vue là, que la pilule sera le plus difficile à faire avaler.

(Lire aussi : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/755672-pilule-de-3e-generation-on-est-passe-de-la-liberte-a-la-contrainte-contraceptive.html)

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Dis-moi quel genre de barbecue tu aimes, je te dirai qui tu es

[Article publié le 14/06/12, sur mon blog Bas geek instinct- Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/06/14/dis-moi-quel-genre-de-barbecue-tu-aimes-je-te-dirais-qui-tu-es/]

Ce point de détail n’aura échappé à personne : dans moins d’une semaine c’est l’été mais la météo est parfaitement dégueulasse, à peine digne d’un mois d’automne. Des trombes d’eau en continu, sont venues successivement pourrir la journée d’investiture du Président « normal », détremper le tapis rouge du Festival de Cannes, et inonder les courts en terre battue de Roland Garros .

Mais il y a plus grave que ce « fiasco » météorologique politique, culturel et sportif : cette satanée pluie est maintenant en train de nous gâcher la saison du barbecue. Certains malins, aux beaux jours d’avril, ont bien essayé de l’anticiper coûte que coûte – faisant fi de l’adage « en avril, ne sors pas ta grille » – pour finalement se résigner, la mort dans l’âme, à remettre le bel appareil tout juste dépoussiéré, au garage.

Contrairement à la majorité des autres grands phénomènes sociaux, qui suivent l’évolution de l’espèce humaine, le « barbeuc », quant à lui, est un phénomène ancestral. Premier mode de cuisson inventé par l’Hominidé, il y a 500 000 ans, l’Homme d’aujourd’hui conserve cependant un attachement quasi « primitif » pour le barbecue. Et de l’asado argentin au gratar roumain, du chachlyk russe au braai sud-africain, aux quatre coins du globe, on partage le même engouement.

Il faut dire que le barbecue fait ressurgir quelques uns de nos instincts très anciens, que nos modes de vie contemporains, ont tendance à brider ou endormir. Symbole du clan – familial ou amical – qui se réunit autour du feu pour partager un repas festif, le barbecue réveille par exemple en nous l’instinct de meute. Point d’orgue de réunions joyeuses et festives, ce dernier renforce notre sentiment d’appartenance à une tribu, et peut donc, à ce titre, être considéré comme un très bon vecteur de cohésion sociale.

Ce retour à l’état de nature qui intervient chaque été s’explique aussi par un besoin de retour aux sources, d’une société en quête de naturel et de liberté. Après de longs et pesants mois d’hiver où chacun a vécu replié, camouflé et enfermé chez soi, le fait de partager un repas simple, en plein air, en famille ou entre amis, constitue une véritable « renaissance ». De nouveau au contact des éléments, notre corps redevient « animal » et renoue avec des plaisirs primitifs, comme celui de marcher pieds nus, ou bien de manger avec ses mains et s’endormir à la belle étoile.

Mais notre « drôle » de fascination pour le feu va plus loin. Dans la série « le feu réveille les instincts », notez, par exemple, comme on assiste à une rapide élévation de la température ambiante (pas toujours du niveau de la discussion, hélas), lorsque qu’un couple (ayant un minimum d’attirance) se trouve placé devant un feu de cheminée (peau de bête en option, pour les puristes). Les flammes réveilleront, de façon inéluctable, l’instinct primitif de reproduction qui sommeille en eux…

Réflexe « geek » oblige, de sommaires recherches sur internet nous confirment ce que nous « pressentions » déjà : ce phénomène de «sexualisation» du feu existerait bien et aurait même une explication «logique» qui toucherait au domaine du fantasme. Il faut remonter jusqu’à l’antiquité pour comprendre qu’à cette époque, la technique « officielle » d’allumage du feu était la friction d’un bois « mâle » (dur) avec un bois « femelle » (tendre). La production du feu (assimilé à l’amour) était ainsi représentée, dans l’imaginaire de l’époque, comme un acte sexuel.

Notez ensuite, que lorsque les odeurs de merguez commencent à flotter sur nos terrasses et jardins, ces dernières sont presque toujours associées à d’autres relents olfactifs tout aussi tenaces de testostérone. A chaque barbecue allumé, un instinct de mâle dominant ressuscité. Car oui, celui qui domestiquait déjà le feu il y a 500 000 ans semble vouloir en conserver jalousement la maîtrise . Cuisson, et travail de la viande, demeurent avant tout une affaire d’homme, dans l’inconscient collectif. Et, devrais-je ajouter, pour le plus grand plaisir de la femme.

Dans ce rituel des temps modernes, certes, la barquette-promo du centre commercial le plus proche, a finalement remplacé le cuissot de sanglier, et le mâle ne part plus chasser des jours durant, au péril de sa vie. Mais qu’il reste beau, le mâle, à contempler, oeil fauve et torse luisant, soufflant sur les braises, domptant les flammes, rugissant, tournant une saucisse, puis une autre…

Hélas, ces dernières décennies ont vu naître le très oxymérique concept du barbecue facile, et avec lui, son lot de barbecue à gaz, électriques, plancha et autres leurres à femelle. Les inventeurs et fabricants ont ainsi rivalisé d’ingéniosité pour permettre aux mâles de s’épanouir et d’exprimer pleinement leurs instincts, tout en leur épargnant le pénible apprentissage des techniques d’allumage du feu et du maintien des braises (quitte à entretenir lâchement ces derniers dans leur impéritie en la matière).

Dommage, car tout ce qui va dans le sens du progrès pour l’homme, ne va pas forcément dans le sens du plaisir de la femme. Et le mâle aguerri, depuis bien longtemps déjà, a cerné la problématique du barbecue (trop) facile. Il n’en connaît que trop bien les codes secrets : une brochette de gambas (si appétissante soit-elle), tendue par un mâle qui n’aurait pas au minimum auréolé sa Ralph L., noirci son jean et sacrifié quelques poils d’avant-bras, sera décrétée comme non comestible et ne trouvera aucun salut, aux papilles des femelles exigeantes, évoluant en catégorie « casse-couilles », niveau compète.

L’analyse des comportements autour du barbecue, véritable catalyseur de tendances sociologiques, constitue un excellent vivier d’informations sur les rapports entre les humains en général, et hommes-femmes, en particulier.

« Dis-moi quel genre de barbecue tu aimes, je te dirai qui tu es… ».

Et puisque, dans ce bas monde, nous voulons tous savoir qui nous sommes vraiment, il ne nous reste plus qu’à attendre le retour du soleil et avec lui, le coup d’envoi de la session « barbecue, rattrapage de Juillet ».

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Ex femme au foyer : comment j’ai signé mon contrat d’invisibilité sociale

[Article paru le 22/05/12, sur mon blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/05/22/ex-femme-au-foyer-comment-jai-signe-mon-contrat-dinvisibilite-sociale-temporaire/]

Il y a les stats inutiles du style : « 3 % de personnes de plus que l’an dernier sont nues quand le livreur de pizza sonne à leur porte. »

Ou encore : « 24% des Français considèrent comme « grave » le fait de se masturber avec un concombre. »

Les stats « démago » : « 75 % des hommes préfèrent les grosses. »

Et puis, il y a les stats qui irritent : « 80 % des femmes françaises entre 25 et 55 ans travailleraient. La France compterait donc 2,5 millions de mères au foyer, soit 2,5 millions d’ »inactives ». »

« Inactives », c’est-à-dire exclues de la population active, mais pas non plus considérées comme chômeuses. En clair, des « non-valeurs » économiques. Quand on lit ça, on s’étouffe.

Pis, quand on lance « femmes au foyer » dans le moteur de recherche Google, on pleure :  Wikipédia vous livre une définition vertigineuse et pathétique, douloureusement révélatrice de la façon dont sont perçues ces 20% de malheureuses par le reste de la société (y compris par leurs propres congénères) :

Femme qui réalise la majeure partie des tâches du foyer : entretien domestique, achats, préparation des repas, surveillance et éducation des enfants […] au sein d’un couple.

C’est vrai que la femme au foyer ne passe pas ses journées à se balancer sur un rocking-chair au coin du feu, et qu’elle assume quantité de tâches ménagères… Mais pas que.

Entre deux salves de sanglots, on se demande bien ce que font les féministes ? Ah ça, elles sont là quand il s’agit de  lutter pour le droit des working-girls, mais on dirait bien que la « corpo » a bel et bien laissé sur le carreau ses con(nes)soeurs housewives qui pourtant subissent, elles aussi, et de façon notoire, injustices et humiliations quotidiennes…

La plupart du temps transitoire (congé maternité, parental, chômage), le statut de housewife est rarement une vocation : il est souvent subi, ou, du moins, choisi par défaut. Explications : soyons honnêtes, un travail en général, c’est intéressant quand tu as des horaires incompatibles avec une vie de famille « normale ». C’est pas obligatoire-obligatoire, mais ça aide…

Or, quand on est deux à prétendre à un travail intéressant et à se retrancher derrières des horaires « incompatibles », l’équation se résoud nécessairement à trois : il faut embaucher une tierce personne pour élever ses gosses et faire tourner la boutique : c’est ce qu’on appelle le service à la personne. Jackpot, puisque cette tierce personne rend également service à ton porte-monnaie, étant donné qu’une partie de son salaire est déductible de tes impôts.

Mais, en dépit de ce dispositif alléchant, il reste encore des femelles anormalement constituées, pour « mettre leur carrière professionnelle entre parenthèses »… Joli euphémisme pour dire qu’elles renoncent à leur droit à l’ « éclate » professionnelle, pour pouvoir consacrer du temps à leur enfant, et repasser elles-mêmes leurs culottes, ainsi que celles de toute autre personne vivant sous leur toit.

A une période de ma vie, moi aussi j’ai fait le choix de l’ouvrir, cette parenthèse. Je m’en souviens bien, c’était le jour où j’ai ressorti ce vieil instinct de Mama, enfoui quelque part dans mon lobe gauche (lobe en forme de poire, qui héberge probablement l’aptitude « connerie ») et que j’ai décidé de  suivre… Ce jour là, j’ai signé sans sourciller mon contrat d’ « inactivité », ou plutôt d’invisibilité sociale temporaire.

Très vite, j’ai compris que ce nouveau statut, il me faudrait le cacher comme une maladie honteuse. Car dès que ça se sait à l’école, tu deviens la « chose » des enseignantes, qui t’exploitent comme du personnel gratos, et t’alpaguent dès qu’elles le peuvent, pour accompagner les sorties bibliothèque, piscine, etc…   [P # t # # n…!]

Même que si tu fais pas gaffe, tu te retrouves présidente d’assoc des parents d’élèves, c’est-à-dire officiellement en charge de recueillir les doléances des poufiasses qui travaillent.   [P # t # # n…!]

D’ailleurs les poufiasses qui travaillent, le matin a l’école, montées sur leurs stylettos et serrées dans leur tailleurs-pantalons, elles te disent même pas bonjour, tellement elles sont « supeeeeer à la bourre ». Mais quand leur môme est malade, elles viennent te le déposer a la maison « vite-fait » en te disant :

– Tu me sauves ! J’ai des rendez-vous hypeeeeer importants aujourd’hui…. Ce que tu as de la chance, toi, de ne pas être tout le temps en train  de courir !    [P # t # # n…!]

En bonne copine, tu as toujours été là quand unetelle n’avait pas le moral « parce que ça se passait pas bien au boulot » ou quand telle autre s’était fait virer. Tu t’es réjouie par procuration de les voir gravir un à un les échelons et, fidèle jusqu’au bout, tu n’as raté aucun de leurs pots de « promo »… Mais toi, dans tes moments de blues, quand t’avais besoin de parler à un adulte, et que tu les appelais en semaine, elles te répondaient :

– Quoi, en semaine? Mais t’es malade ma chérie ! Je bosse, moi…

Et quand, vraiment déprimée, tu retentais ta chance le week-end:

– Ah non, j’ai des semaines de malade en ce moment au boulot, alors tu comprends, le week-end c’est fait pour se poser en famille… [traduction : pas pour sortir boire un verre avec une copine qui bosse pas] .  [P # t # # n…!]

De toute façon, les copines, tu ne les intéresses plus vraiment… Faut dire que toi, t’as pas d’histoires de boss qui te harcèle, de collègues de bureau qui te draguent, ni d’embrouilles avec tes collègues femmes rivales. Pas non plus de « dèj », ni voyages d’affaires à raconter. Rien.  [P # t # # n…!]

Tu n’intéresses pas les mecs non plus. Tu ne peux même pas espérer te consoler ni te changer les idées en  prenant un amant. C’est bien connu : l’amant, on le rencontre et on le ferre essentiellement au boulot. Et puis l’amant, par définition, il recherche une aventure, de  l’exotisme, pas une pauvre fille qui lui rappelle bobonne. [P # t # # n…!]

Alors forcément, un jour, quand tu arrives régulièrement à ton quinzième [P # t # # n…!] prononcé dans ta journée, la question te taraude de repasser du côté des « vivants ». Ce n’est pas que les discussions du lundi matin, à la machine à café, te font fantasmer, mais bon Dieu, tu ne rêves plus que de palper du collègue et de sentir la chaleur du café dégueulasse couler dans ta gorge redoutablement déployée de working-girl

Mais ce que tu ne sais pas encore, c’est qu’à ce stade de ta vie, tu te prépares à vivre ta double peine. Les employeurs, pourris d’à priori, ne veulent pas de toi. Et quand, par miracle, tu réussis à décrocher un entretien, tu t’apercois que tu leur fais aussi peur que si tu sortais tout juste de tôle :

– Mais quel est donc ce « trou » dans votre CV?  Bac+5, excellent début de carrière, puis que vous est-il arrivé? Un « accident » de parcours?, un « accident » de…

– … ? Si si, je vous en prie, allez au bout de votre pensée : « accident » de… capote, vouliez-vous dire ?

– ….

– Pas du tout, c’était un suicide professionnel tout-à-fait désiré.

Sur cette entrée en matière constructive, mon futur employeur gêné se tait, mais, ne demandant qu’à être rassuré, me laisse anticiper ses préoccupations et développer en six points, pourquoi ce « trou » dans le CV, fait de moi LA candidate idéale.

(Bonne) Présentation

Après avoir porté pendant de longs mois des jeans « confort » homologués pour que les gosses puissent escalader vos jambes et s’aggriper à vos hanches, des Converse qui abaissent dangereusement votre centre de gravité pour rendre supportable les 10 kilos portés à bras levés toute la journée, et des t-shirts déformés – pour les mêmes raisons que les jeans cités ci-dessus – et dont les dessus d’épaules font office de bavoirs, c’est promis : je ne ferai pas ma Cécile Duflot, et me la jouerai plutôt à la Valérie Trierweiler (à ceci près que mon tailleur de femelle-qui-bosse ne sera pas signé YSL, mais d’un Z qui veut dire Zara…)

Autonomie

Telle Robinson sur son île, ne pouvant compter que sur moi-même, j’ai mené la barque familiale seule, et miracle : je n’ai pas (complètement) sombré dans la folie.

Organisation

Durant mon expérience précédente, j’ai appris à mener de front plusieurs projets, toujours en speed, et même en tenant des délais parfois très serrés : j’ai, par exemple, lancé des machines pendant que le Bourguignon mijotait, le téléphone calé entre l’oreille et l’épaule pour prendre un rendez-vous chez le pédiatre, le fer à repasser dans la main droite et le Netbook au creux du bras gauche pour rajouter in extremis un paquet de couches sur ma e-liste de courses Leclerc’drive.

Prétentions

Super modestes ! Quand t’as torché des culs pendant des années pour quedal, du coup, un smic pour ne t’occuper que du tien, ça te parait Byzance.

Disponibilité, investissement personnel et souplesse sur les horaires

J’envisage ce point très sereinement également : je n’ai pas d’heure quand le devoir m’appelle. J’ai passé des nuits à me relever toutes les demi-heures pour les biberons, câlins, cauchemars, otites et autres couacs nocturnes.

Cerise sur le gâteau : maîtrise de l’ « environnement » Mac

Plongée dans l’univers « bébé », j’ai su m’adapter rapidement au langage arheu-dodo-pipi-caca-popot, et me familiariser parfaitement à l’ « environnement » Légo, Playmo, Kapla… alors, pour ce qui est de l’acquisition de l’ « environnement » Mac, permettez-moi de me gausser : en une demi-journée, c’est réglé.

Alors , mec, je continue ou t’es convaincu ? »

Il a été convaincu… Il me la refilé, ce job aux horaires incompatibles.

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Dimanche : Tous à la piscine !

[Article paru le 12/05/12, sur mon blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/05/12/dimanche-tous-a-la-piscine/]

Eduquer, nourrir, soigner, consoler ses enfants ne suffit pas toujours à faire de vous un bon parent. Il faut en plus parfois accomplir des choses que l’on a pas naturellement envie de faire, voire que l’on exècre par dessus tout, juste pour faire plaisir à sa progéniture: on appelle cela le masochisme (bon?) parental. Parmi les sacrifices consentis communément observés: la virée piscine dominicale.

C’est dimanche, il pleut. Les enfants s’ennuient atrocement. Très vite gagnée par la culpabilité et, saisie d’une irrépressible crise de masochisme bonparental, je finis par lâcher: « Bon les enfants, vu le temps qu’il fait dehors, je vous emmène à la piscine! » Annonce pour le moins auto-flagellatoire, certes, mais accueillie dans un enthousiasme fébrile touchant.

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les sacs sont prêts, chargés dans la voiture, et le convoi en route. A l’entrée de la piscine, en apercevant cette queue immense, je réalise que c’est bien lors des dimanches pluvieux, que le masochisme parental sévit le plus durement, au point de tourner à l’épizootie.

« Bonjour, 3 tickets enfants et 1 ticket maso… euh… adulte, s’il vous plaît. »

« Les enfants dites bonjour à la Dame… euh… au Monsieur. »

Mais enfin ! A-t’on idée, aussi, de placer à l’accueil un être dont on ne peut déduire le genre, ni par la silhouette [asexuée], ni par la voix [inqualifiable], ni par la coupe de cheveux [improbable].

Après avoir manqué de perdre un de mes gosses, coincé à vie avec son sac entre les barrières de sécurité défaillantes, passé avec succès l’épreuve du pédiluve dégoûtant et glacé, je me félicite d’avoir réussi à faire tenir les sacs de quatre personnes dans un seul minuscule casier (oui, j’ai oublié de demander à la Madame-Monsieur de l’accueil de me faire l’appoint en pièce de 1 euro…). Tour de clef jouissif et…

« Mamaaaaan! »

« Oui poussin? »

« J’ai oublié mes lunettes de plongée dans mon saaaac… » > fin du monde.

La mort dans l’âme, déchirée, j’ai laissé mon smartphone dans le casier. En revanche, j’ai pris avec moi ce livre qu’on m’avait offert à Noël, et que je n’ai toujours pas ouvert : Petit traité de vie intérieure, de F. Lenoir. Personnellement, j’aurais plutôt choisi Grand traité de vie intérieure, car pour tenir assise 3 heures sur une chaise de jardin au bord d’un bac a microbes, il va en falloir une sacrée, dose de vie intérieure…

Du plus loin qu’il me souvienne,  j’ai toujours detesté les gens qui fréquentaient les piscines.

Il y a tout d’abord ces « morchous » effrontés qui te fixent et t’éclaboussent sciemment. C’est qu’ils visent bien en plus, ces apprentis tortionnaires: ils t’envoient au premier essai LA goutte qui attérrit pile-poil dans le conduit de l’oreille, ou encore dans l’oeil (que t’as pas eu le réflexe de fermer) et qui menace de faire tomber ta lentille de contact au fond du grand bassin.

Puis il y a ces vieux auto-centrés qui vont à la piscine parce que la Sécu ne prend en charge que deux cures thermales par an. Considérant que ce lieu public de baignade leur appartient exclusivement, ils nagent, ou plutôt stagnent sur le dos, à contre-sens, sans visibilité aucune, attendant du reste du monde qu’il les évite et les laisse passer.

La piscine est aussi l’univers de prédilection des jeunes couples d’ados timides qui recherchent une certaine contenance pour leurs premières rencontres. Au delà de l’aspect ludico-érotique inédit, résultant de l’immersion des corps, il faut admettre que le ticket d’entrée de piscine grève beaucoup moins le budget « argent de poche » qu’une place de cinéma, de bowling ou même de patinoire.

ll y a également les « légitimes »: les sportifs, les vrais. Ces nageurs de « compète », nez pincé, lunettés, qui enchaînent les longueurs de bassin, enfilant des kilomètres de crawl, avec des airs supérieurs de « chui pas là pour m’marrer ». Mieux vaut éviter de se trouver sur leur passage… un bras ou un mollet, lancé en pleine vitesse sur la figure, on a beau être masochiste, çà fait mal!

On y croise enfin les nouveaux parents « popots », qui se passent Bébé de bras en bras, le sourire niais et la larme à l’oeil. Maman est déjà inscrite au cours « bébé-nageur » en semaine, mais comme Maman et Papa ont enterré leur vie de couple à la naissance de la 8ème merveille du monde, l’éveil de cette dernière est devenue leur unique préoccupation, du lundi au dimanche inclus non-stop.

Mais parmi ces archétypes d’abonnés dominicaux aux piscines, on peut malgré tout parfois tomber sur des pépites. Exemple: le jeune père ténébreux sexy aux yeux noirs. Et bam, le ciel sombre et pluvieux de mon après-midi bagne s’éclaircit d’un coup. Mieux, un début de vie extérieure se profile même à l’horizon. C’est dingue comme l’imaginaire peut s’emballer lorsqu’on s’ennuie ferme. Je me repasse les scènes du film La Piscine, et me retrouve plongée malgré moi dans une atmosphère torrido-dramatique, face à un simili Alain Delon qui me jette des regards de braise entre deux… hum… crachats.

« Veux faire pipi ! »

J’accompagne Arthur aux toilettes, mais au retour, je m’aperçois que j’ai non seulement perdu la page de mon Petit traité de vie intérieure, mais surtout la trace d’Alain Delon… Pas grave! tout arrive à point à qui sait attendre : une place dans le jacuzzi (que je surveille depuis mon arrivée) se libère enfin. Je me précipite et me jette dans le bain bouillonnant. Au paroxysme du bien-être, je ferme les yeux…

« J’ai froid ! »

Magnifique… Arthur m’oblige à m’extirper de ces eaux remuantes délicieuses, MAIS en même temps, il met un point final providentiel au douloureux chapître : « Le bagne, fin ! »

Sur le trajet du retour, apercevant mon reflet dans le rétro -cheveux frisottants, mascara dégoulinant, et empestant le chlore pour plusieurs jours-, je me dis que l’abnégation totale, finalement, n’est pas un concept si abstrait que ça… C’est super moche, en fait, l’abnégation totale.

Mais mes pensées sont brutalement interrompues par l’annonce du bulletin météo à la radio: « Retour de conditions anticycloniques à partir du week-end prochain… »

Soit… De toute façon, il n’était pas question que je m’abnègue deux dimanches d’affilée.

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La black-list de la drague en ligne

[Article paru le 02/05/13, sur mon blog Bas geek instint – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/05/02/la-black-list-de-la-drague-en-ligne/]

C’est le printemps… Les premiers rayons de soleil dopent notre moral et boostent notre libido. A l’envie de se faire griller, huilée comme une sardine, s’ajoute celle  de s’ adonner au “Fishing On Line” (traduire : la pêche-à-l’homme sur le Net).

Qu’on le pratique en catégorie “pro” ou “loisir”, le “Fishing On Line” est une discipline qui s’adresse à  toutes : aux célibataires bien-sûr, mais aussi, et c’est bien là tout l’intérêt, aux maquées officielles. Car pour ces dernières (contrairement aux célibataires qui peuvent consommer sans modération le fruit de leur  pêche), c’est  plus le plaisir de la belle  prise  qui est  recherché. Fair-play, elles rejetteront le poisson à la mer après lui avoir retiré l’hameçon, et le laisseront voguer vers d’autres aventures… (autrement dit vers les non maquées).

En toute logique, les eaux  les plus poissonneuses se trouvent dans les sites de rencontre. Mais cela ne présente au fond, pas plus d’intérêt que de pêcher un poisson rouge dans un bocal. Aussi, puisque l’intérêt d’une prise est directement proportionnelle à son degré de difficulté, les sites sociaux, bien que non officiellement dédiés au “Fishing  On Line”,  sont tout particulièrement indiqués. A cet égard, Facebook (pour ne citer que lui)  représente  un  très bon vivier pour “fishing-girls” débutante ou confirmée.

Mais attention, à la pêche à la ligne comme à la pêche au gros : une pêcheuse avertie  en  vaut deux. Quelques prérequis sont nécessaires avant de dégainer sa canne télescopique ou son harpon.

Avant de partir pêcher en eaux troubles, il est important de bien connaitre la nomenclature des profils-type  d’hommes-poissons (ou “fishmen”). Voici donc The “black-list” à checker d’urgence, pour ne pas tomber d’emblée sur une arrête.

Par ordre croissant de dangerosité :

L’”Anémone”

Sorte de polype mou, acccroché à son rocher. Discret et passif, il fait partie  du décor aquatique. Il vous like publiquement et assidûment, mais ne bougera vraiment  que  si  c’est vous qui l’attaquez. C’est le plus inoffensif des “fishmen”.  Même s’il ne vous intéresse pas, il vous servira au moins de faire-valoir aux yeux de celui qui vous intéresse vraiment, et  pourra consoler votre ego en cas de pêche infructueuse. Tout est bon dans le poisson.

Le “Bernard-l’Hermite” (parfois aussi appelé “working-fish”)

Lui, c’est le pro. Ambitieux  et  souvent doté d’un job glamour (photographe, réalisateur, écrivain…), il vous ajoute volontiers à ses contacts pour accroître son public ou son fanclub. Il cherche à se promouvoir, à travers vos “like”, et se tâte pour créer sa page Facebook “Officielle” (si ce n’est déjà fait). A moins que vous n’ayez quelque chose à lui apporter professionnellement, laissez tomber le Bernard-l’Hermite. Il ne mord jamais, çà pourrait nuire à sa carrière.

La “Pieuvre”

C’est la version non-professionnelle de son cousin germain le Bernard-l’Hermite. Aussi sociable que narcissique, ses tentacules trainent partout.  La pieuvre multiplie les contacts, et roule les mécaniques.  Très active sur le réseau, elle se retrouve littéralement  noyée dans la masse de ses contacts féminins. Ne pouvant fournir partout, elle ne mord que très occasionnellement.

Le “Brochet”

Il se nourrit de tout ce qui s’agite dans son périmètre de nage. Oui, le brochet  est clairement “open” et ne fait pas dans la finesse. A peine a-t’on jeté l’hameçon, qu’ il se rue  déjà dessus (même sans appât). Le brochet n’est pas dangereux : avec sa mâchoire carnassière, c’est délit de faciès direct. Et à moins d’ être complètement aveugle, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.

Le “Requin”

On passe un cran au dessus, niveau dangerosité. Attiré par l’odeur du sang, et particulièrement friand de femmes  anémiques et esseulées sur le net,  il attaque  sa  victime par en dessous, et ne lâchera son appât-vivant, qu’une fois l’avoir intégralement déchiqueté.

Le “Poisson-Chat”

Il tient sa dangerosité de son penchant schizophrène. Il a beau faire tout ce qu’il peut pour qu’on le prenne pour un chat, c’est un poisson et restera toujours un poisson. Le Poisson-Chat est presque toujours marié et bon père de famille. Il nage de temps en temps  en eaux troubles et à contre-courant, mais uniquement pour se rassurer, et faire frissonner ses écailles, ternies par la routine. Son mode opératoire est simple : il tourne autour de l’appât, grignotte tout autour, sans jamais avaler l’hameçon. On l’aura compris, la pêche au Poisson-Chat est une pêche à haut risque. Le danger majeur étant de se mouiller un peu trop, et de rentrer bredouille, le coeur en bandoulière…

La “Méduse”

Le plus redoutable des “fishmen” répertoriés sur Net. C’est le pervers notoire,  l’ennemi virtuel numéro un.  Pratiquement grillé sur tous les réseaux sociaux, puisque La plupart de ses contacts féminins l’ont deja bloqué et -solidarité oblige- se préviennent entre-elles  de l’arrivée du prédateur.

Bien entendu, cette blacklist n’est donnée qu’à titre indicatif puisqu’il  existe des variantes multiples.. et de multiples croisements entre variantes multiples… et ainsi de suite…

Reste qu’au final, le mieux est de garder à l’esprit que Le “Fishing On Line”, c’est un peu comme dans la vraie vie : la perle rare est… rare , et le poisson parfait n’existe pas,  puisque qu”a priori, il est pané.

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Arrêter de fumer, c’est entrer dans les Ordres.

[Article publié le 25/04/12, sur mon blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/04/25/arreter-de-fumer-cest-entrer-dans-les-ordres/]

Un matin – pourquoi ce matin-là plus qu’un autre, nul ne le sait – alors que je scrutais l’image de trentenaire épicurienne, béate et insouciante que me renvoyait mon miroir, j’ai soudain vu mon visage, avec dix ans de plus au compteur, buriné et raviné par des années d’errance tabagique… Ce matin-là, à l’aube de mes 35 ans, j’ai pris ce genre de résolution qu’on ne prend qu’à l’occasion de la « midlife crisis », car sinon on ne la prend jamais : arrêter la cigarette (ouille… le mot est encore douloureux à prononcer).

Instinct de survie ? non. Instinct de coquetterie, plutôt. Péché d’orgueil, même, pour être totalement sincère. Aucune envie de finir en vieille peau frippée qui fume au volant de sa Mini, aboie des injures aux feux rouges avec la voie de Marge Simpson et qui, dès les premières minutes de la chronique de Sofia Aram à la radio, part en quinte « rire-toux-rire-toux… ». Que nenni, je ne deviendrai pas cette vieille peau qui, à huit heures trente le matin, de ses doigts jaunis, a déjà écrasé son huitième mégot dans le mini cendar, et qui en arrivant au bureau, enfume tout l’open-space rien qu’en posant sa veste au dos de sa chaise.

Hop, hop, hop, tout s’est enchaîné très vite : future ex-fumeuse convaincue > affaire conclue > résolution tenue. Deux mois que je ne fume plus… ou plus exactement 60 jours, 1440 heures, 86400 minutes, 5184000 secondes que je m’emploie à non-fumer. Parce que, désolée bichette de te l’annoncer de façon aussi crue, mais le teint de tes 15 ans à 35, çà se mérite VRAIMENT. Tu signes pour un contrat gueule-de-bois à temps plein, et à durée indéterminée. Et c’est la dernière clope écrasée qui officialise ton changement définitif de statut. De fumeuse, tu passes à malade, sans transition : désormais ce n’est plus la carotte des bureaux de tabac que tes yeux traqueront dans la rue, mais la croix verte des pharmacies (continuité d’approvisionnement en patchs et nicorettes oblige).

Arrêter le tabac, c’est entrer dans les ordres. Car pour avoir une toute petite chance de réussir ton plan « peau-de-pêche », il est indispensable d’éliminer de ton quotidien, au moins pour un temps, toutes les situations à risque, autrement dit toutes celles qui, dans ton esprit, étaient associées à la cigarette : plus de café, plus de téléphone, plus de bonnes bouffes, plus de restos, plus d’alcool, plus de sorties festives, plus… rien. Il a même fallu que je m’interdise d’aller chercher ma baguette de pain à pied, puisque lorsqu’il m’arrivait de suivre un fumeur dans la rue, je me plaçais lamentablement dans son sillon pour pouvoir inhaler ses effluves. Soyons très clairs sur ce point, arrêter de fumer, c’est au minimum deux mois de retraite monastique. Coupée du reste du monde et sous-informée, puisque systématiquement endormie sur mon canapé avant même le coup d’envoi du JT. Le sevrage, c’est d’ailleurs le moment idéal pour investir dans le canapé de ses rêves, qui sera très vite rentabilisé (en deux mois de fumeuse en sevrage, tu y passes plus de temps qu’en deux décennies complètes de fumeuse).

Dimanche dernier, tout de même, reprise inattendue d’un semblant de vie sociale : après un repas copieux, sans café ni cigarette de clôture  (donc), alors que je gérais mon malaise post-prandial sur le canapé de mes rêves (donc), une vieille amie m’appelle pour prendre des nouvelles…  Comment a-t-elle su ?  Je la laisse venir :

– »Alors quoi d’neuf ? »

– »bof, rien de bien spécial si ce n’est … «

– »ouiiiiiiii ? »

– »… que j ai arrêté de fumer ».

– »Super… rien d’ autre ? »

– »Ah si, oui …autant pour moi, j’ai changé de boulot, de mec, d’appart »

Mais ça, bordel, c’est secondaire, pensai-je en mon for intérieur. Je crois même que si j’avais gagné un million d’euros au Loto la veille, je n’aurais même pas pensé à lui dire… Bref, je raccroche, en me demandant vaguement si finalement je suis plus de mauvaise humeur ou bien plus de mauvaise foi (ou bien les deux en même temps). Oh ça va, je la rappellerai quand j’aurai… gagné au loto.

D’ailleurs côté finances, le sevrage tabagique, ce n’est pas non plus l’eldorado annoncé. Le coup des économies, de la petite cagnotte qui grossit et qui se transforme en super voyage, c’est du flan (en période de sevrage, du moins). Entre les patchs et nicorettes qui m’ont déjà couté un bras et tous les autres dérivatifs indispensables : bonbons, sucettes, chewing-gums, boissons énergisantes, ma tirelire n’a pas franchement explosé. Sans compter les cinq kilos de surpoids, qui m’ont obligée à abandonner mes « slims » et condamnée à acheter des jeans coupe « boyfriend »  (entendre : cul large).

Alors même si je finis par me le payer ce voyage, ce ne sera même pas destination Soleil, mais Pôle Nord. Parce que, là maintenant tout-de-suite, le bikini – pardon d’avoir une dignité- c’est mort : je suis devenue une masse flasque et sans énergie, à deux doigts de flancher. Non ! ne pas flancher… Surtout ne pas perdre de vue ses objectifs : « je ne veux pas finir vieille peau en Mini, je ne veux pas finir vieille peau en Mini, je ne veux pas [……………………] »

– »Eh oh, t’as pas une clope? ». C’est Seb, le mec de la compta.

Oups je suis au bureau, j’ai du m’assoupir. Il est onze heures,  heure de la pause.

– »Non j’ai arrêté. Va plutôt voir la vieille peau du service juridique, tu sais, celle qui vient en Mini… »

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La coptox, encore pire que le botox

[Article paru le 18/04/13, sur mon blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/04/18/la-coptox-encore-pire-que-le-botox/]

Si l’on ne présente plus le « botox » (toxine botulique), la « coptox » (toxique relationnelle) reste, en revanche, encore très méconnue.

Contraction de copine toxique, la « coptox » est pourtant est véritable fléau. A l’inverse du « botox », elle ne détend pas, mais au contraire crispe vos muscles faciaux, et accentue vos rides.

Avec la « coptox », le lien que nous qualifierons (tout de même) d’ »amical », se noue très vite. Trop d’ailleurs pour qu’il ne paraisse louche. A peine la connaissez-vous depuis une demi heure qu’elle vous appelle déjà par votre surnom. Celui dont seules vos vieilles copines de 30 ans connaissent l’origine inavouable. Fine stratège, chaleureuse et entreprenante, la « coptox » a multiplié les approches, et jouant habilement des coudes, a finalement su se hisser au rang des intimes.

Mais très vite, comme en matière de rencontre amoureuse, l’euphorie du coup de foudre amical, et l’exaltation de la nouveauté, ont fait place à la lassitude, quand ce n’est pas à la désillusion : c’est la phase de « redescente ». Car, oui… la « coptox » est bourrée de vices cachés, pour le moins rédhibitoires.

Véritable usine à soucis, la « coptox » a toujours deux ou trois problèmes sous le coude. Problèmes de boulot, de santé, d’argent, problèmes sentimentaux. Rappelez-vous, lorsque vous l’aviez rencontrée il y a de cela quelques années, elle était déjà en pleine rupture douloureuse avec ce type, qu’elle a d’ailleurs quitté encore une douzaine de fois depuis… mais avec qui elle est toujours. Récemment lorsqu’au détour d’une rue vous les aviez croisés, marchant main dans la main, vous aviez d’abord cru à une bouffée délirante, puis vous vous êtes dit que si chez eux c’était tendu, chez vous, à côté, c’était Beyrouth…

La « coptox » a tenté plusieurs fois de se suicider (en vous prévenant toujours avant). Mais comme chacun sait : « le pessimisme est humeur, l’optimisme volonté », et vous, vous savez que vous en avez assez de vous faire pomper votre énergie et plomber le moral.

Ne comptez pas non plus sur la « coptox » pour faire de nouvelles rencontres et élargir votre cercle relationnel. A ses côtés, votre horizon amical est bouché. Car si la « coptox » s’accroche autant à vous, c’est qu’elle n’a pas d’ami(e)s.  Seulement des rivales : sa boss, ses collègues de bureau, etc. toutes la jalousent. Son réseau social est un véritable sac de noeuds dont elle est à l’origine.

Narcissique, égocentrée et mégalo, la « coptox » a trouvé en vous son faire-valoir. Car en réalité, c’est elle qu’elle aime à travers vous. Manipulatrice autant qu’exclusive, la « coptox » fera tout pour vous maintenir dans cette relation passionnelle à sens unique, en s’arrangeant pour vous faire sentir reconnaissante et redevable : elle vous couvre ainsi de compliments et/ou de cadeaux. Ça, c’est au début…

Car beaucoup plus tard, quand elle sentira que vous lui échappez, sa stratégie sera au contraire de chercher à vous affaiblir et atteindre votre moral, en vous critiquant sur ce qui constitue les fondements même de votre personnalité intime : l’éducation de vos enfants par exemple, mais aussi votre rapport aux autres et en particulier aux hommes. Jouant d’ailleurs un double-jeu avec le vôtre, la « coptox » cherche avant tout à cliver.  Ainsi quand vous êtes seules, votre mec a tous les défauts, mais devant lui, elle se met à minauder comme une chatte devant une boîte de thon, histoire de lui faire comprendre ce dont elle est convaincue : il aurait pu avoir beaucoup mieux que vous (elle). Vous qui n’êtes pas jalouse en temps de paix, avec la « coptox » vous êtes sur le pied de guerre permanent. Il faut dire qu’elle pue la trahison a plein naseau. La garce.

La « coptox » est jusqu’au-boutiste. Elle s’attaque aux rares bulles d’oxygène qu’il vous reste : les activités que vous avez sans elle. Elle trouvera ainsi sympa de venir voir comment se passe votre cours de Salsa. Pas pour danser, elle a pas la tête à çà.  Vous devriez d’ailleurs avoir honte d’aller à votre cours quand-même. Et puis, elle a mal au dos, votre « coptox »… et le dos d’âne pris à pleine vitesse en voiture à l’aller-hypnotisée que vous étiez par la litanie de gérémiades de votre passagère – n’a  rien arrangé. La « coptox » n’a donc pas dansé, mais au retour dans la voiture, elle semble aller mieux et nous demande si nous avions remarqué à quel point le prof l’avait dévorée du regard ? « Non ». Nous étions bêtement concentrée sur notre « dile que no ». « Pas remarqué » ……… « Outch ! » Nous avons manqué de nous reprendre le même dos d’âne qu’à l’aller.

Maintenant, plus l’ombre d’un doute : cette relation que vous entretenez avec la « coptox » (ou plus exactement que la « coptox » entretient avec vous) non seulement ne vous apporte rien, mais en plus vous détruit. La seule perspective de passer une soirée avec elle, vous provoque spasmes intestinaux, poussée d’urticaire et sensation d’étouffement. Aussi, sans pour autant aller jusqu’à la rupture définitive, vous envisagez au moins de lever le pied, prendre une pause afin de renouveler votre air vital.  Mais à ce stade, il est déjà presque trop tard. C’était en amont qu’il fallait agir. Car là-maintenant-tout-de-suite, la « coptox » ne l’entend pas de cette oreille. Et plus vous chercherez a l’évincer en douceur, plus elle s’acharnera à vous rattirer dans ses filets.

Quelques psys se sont penchés sur le problème et ont développé une théorie, qui a permis l’élaboration d’une stratégie anti- »coptox ». Selon eux, une seule règle d’or en matière de « coptoxologie » : ARRETER DE SE JUSTIFIER. Cette attitude à adopter d’urgence, est la seule véritablement capable d’induire le processus de désaliénation dont votre « libération » dépend. Se justifier équivaut en effet, à accepter tacitement l’ascendant que notre interlocuteur a sur nous, en le laissant penser que nous nous sentons coupables de nos choix. Et plus on se justifie, plus on lui fournit de la « matière », dont il se servira plus tard pour tenter de nous déstabiliser, et nous contrôler davantage encore.

Cas pratique : « Tu sors boire un verre avec moi ce soir? »

Ne pas faire de réponses « ouvertes » :

– « Je reste à la maison car j’ai besoin de souffler. » (Réponse de la « coptox » : « toi, ça n’a pas l’air d’aller… tu as vraiment besoin de te changer les idées. Viens t’aérer avec moi »)

– « Je reste à la maison car entre le boulot et les mômes, on ne s’est pas fait une soirée ensemble avec mon mec depuis des semaines. » (Réponse de la « coptox » : « t’es en train de culpabiliser à cause de ton mec… tu as le droit de prendre du temps pour toi. Il ne serait pas jaloux de notre relation, par hasard ? »)

Faire au contraire une réponse fermée :

« Non,  je dine avec mon mec. » Point. Il  sera alors difficile à la « coptox » d’embrayer sur autre chose qu’un « ah… ». Au fond, on peut trouver une certaine analogie entre la « coptox » et la téléphonie : il  peut en effet s’avérer judicieux d’opter pour un forfait bloqué plutôt que limité, afin d’éviter que la « coptox » ne nous surconsomme, sinon ce n’est pas notre compte en banque qui explose, mais notre capital santé psychologique.

Politesse et cordialité dosée, oui. Empathie illimitée, certainement pas. Telles sont les règles élémentaires pour ne pas voir son espace vital réduit à peau de chagrin et se retrouver, malgré soi, à la tête d’un élevage de sangsues.

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