Lol, Témoignages

Bordélique un jour, bordélique toujours: les 10 fausses bonnes idées à ne pas suivre

[Article paru le 19/07/12, sur le blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/07/19/bordelique-un-jour-bordelique-toujours-les-10-fausses-bonnes-idees-a-ne-pas-suivre/]

« Bordéliques » : tel est le terme familier généralement utilisé pour désigner les personnes qui génèrent du bordel, ou encore fortement désordonnées. Les bordéliques se voient aussi parfois affublés du doux surnom d »écureuils » car, tout comme ces adorables petites bestioles le font avec les noisettes, les bordéliques accumulent quantité d’objets, sans pouvoir être capables de les retrouver ensuite.

Mais derrière cette appellation bon enfant, se cachent, en réalité, de vraies souffrances – exprimées ou non – tant du côté du bordélique que de ceux qui vivent à ses côtés. A quelques exceptions près en effet, la plupart des bordéliques avouent se sentir impuissants, honteux, voire même malheureux face à ce comportement qui les condamne à être « prisonniers » de leur propre désordre [Et puis, dans le cas contraire, je ne serais pas là à essayer d’écrire un billet sur les bordéliques, ni vous ici, occupés à le lire].

J’avoue que moi-même je ne m’étais jamais torturé l’esprit avec ce genre de problématique (apparemment anodine) d’intendance ménagère. Etais-je, moi aussi, à « ranger » (ahaha!, respect scrupuleux du champ lexical) dans la catégorie des bordéliques ? A vrai dire, je me fichais de cette question comme de ma première balayette et de mon premier plumeau à poussière. Mais çà c’était avant samedi dernier… Au cours de cette soirée somme toute très banale, j’ai ressenti pour la toute première fois les inquiétants prémices d’un début de questionnement intérieur. Explications (et hop, je change de paragraphe).

Des copines débarquent à l’improviste. La suite vous la connaissez : décision d’apéro dînatoire, 45 minutes pour trouver un décapsuleur, 53 autres pour mettre la main sur ce fichu accessoire de robot qui permet de mixer vite-fait (normalement) une tapenade maison. Je ne vous parle même pas des longues minutes perdues à jouer à des « chasses au trésor-portable » improvisées avec les copines (une qui compose le numéro du trésor, les autres qui cherchent d’où vient le son) pour tenter de retrouver ces satanés téléphones qui vont systématiquement se camoufler dans les coins les plus fouillis de l’appart. Fin de soirée bien arrosée, donc (c’est dingue ce que çà donne soif les « chasses au trésor-portable »), Elodie décide de rester dormir. Elle a raison, Elodie, c’est plus prudent… En entrant dans ma chambre,  elle lâche poliment un :

– « décidément, j’adore la déco… C’est quoi au sol, du parquet ou du carrelage ? »

–  « … »

– « T’as pas un vieux t-shirt à m’prêter pour la nuit ? »

– « Si »  (ai-je le temps de glisser en ouvrant la porte de ma penderie, soit juste un dixième de secondes avant de finir quasi-assommée et ensevelie sous une immense pile de pulls, culottes, chaussures, t-shirts et autres objets qui, d’après le regard consterné d’Elodie [et objectivement], n’ont rien à faire dans un placard à fringues…)

– « Oh, un sèche-cheveux ! » (ok, j’admets)

– « Oh, des magazines de l’année dernière !! » (bon, oui… j’admets aussi)

– « Oh, des plaquettes de chocolat-noisettes !!! »

– « Hi-hi… » (Un peu gêné tout de même le « hi-hi », parce que vous comprenez, c’est ma planque…). Bon sang, mais elle va arrêter de…

– « Oh, le joli petit canard !!!! »

– »… » (Cette fois-ci, gêne puissance 10, c’est aussi ma planque…).

A cet instant, ce fut le déclic.  Je me suis dit qu’il fallait que cela change. Vite. Très vite. Sinon je pouvais faire une croix sur ma vie sociale pour les dix prochaînes années à venir, sans parler d’une hypothétique vie de couple future.

Ce jour là, j’ai compris la nécessité éprouvée par le bordélique de lutter contre ses penchants, de contrecarrer, en quelque sorte, sa propre nature. Car toute la difficulté réside dans le fait qu’il n’y a pas de bordélique occasionnel ou provisoire, que des bordéliques chroniques. Plus qu’un (mauvais) penchant, le bordélisme est en fait un état, voire une seconde peau. « Chassez le bordel, il revient au galop » : il apparaît dès lors essentiel, de bien vite dédramatiser tout en restant lucide. Autrement dit savoir, face à notre mauvaise foi et aux fausses bonnes idées, raison garder.

Naturellement, vaincre sa mauvaise foi implique de cesser d’utiliser les arguments-type et autres prétextes à deux dachmes couramment utilisés par les bordéliques pour justifier leur propension au désordre. En voici une liste (non exhaustive), parmi leurs préférés :

– « Mon bordel à moi est organisé ». C’est un oxymore : il ne peut ontologiquement pas y avoir de bordel digne de ce nom, organisé.

– « J’ai pas l’temps de ranger ». Vu que çà prend à peine un quart de seconde pour jeter un truc à la poubelle ou de le ranger au fur et à mesure, cette phrase transpire la mauvaise foi.

–  »J’ai pas assez de meubles de rangement ». Le bordélique veut vous faire croire qu’une simple virée chez Ikea, mettra fin d’un coup de baguette magique, à des années d’errances bordéliques (argument d’autant moins recevable qu’en général, plus on a de rangements chez soi, plus on stocke et plus on « capitalise » le bordel).

– « J’ai une âme de collectionneur ». Alors là : mauvaise foi caractérisée! Autant on peut être crédible lorsqu’on collectionne des timbres, des statues ou des tableaux, autant des papiers, emballages, flacons de shampoing vides, beaucoup moins.

– « Je fais çà pour ne pas être cambriolé, en fait ». Oui, c’est énorme, mais certains bordéliques n’hésitent pas à arguer que les voleurs, découvrant un appartement déjà sans dessus-dessous, abdiquent et tournent les talons, pensant avoir été précédés par des collègues.

Après la chasse à la mauvaise foi, traquons à présent les fausses bonnes idées (FBI). Voici donc le top 10 (par ordre croissant de débilité) des FBI à ne pas suivre :

1- Vouloir assumer son bordel quand-même et décréter qu’on vit très bien avec. C’est en réalité une non solution, puisque cela revient à nier le fait qu’être bordélique gêne souvent votre rapport à autrui et constitue pour vous un vrai handicap social.

2- Tenter de trouver des solutions sur le net. S’il existe toutes sortes de forum, de thérapies collectives, de sites de coaching virtuel, sachez qu’il n’y a aucune solution valable sur le net. Pas la peine, donc, de s’inscrire aux Bordéliques Anonymes (site bidon qui vous explique en 2 tomes soumis à droits d’auteur, comment ranger, mais aussi et surtout comment se prendre 10 pages de pub en 2 clics).

3- Courir chez le premier psy venu, ce qui vous évitera de tomber sur quelque specimen de bas étage, pratiquant la psychologie version sauvage et bon marché.  Avec un amateurisme évident et une cupidité certaine, ce « sauveur d’âme » vous plombera le moral en insistant sur vos faibles chances de guérison spontanée, et en invoquant des raisons aussi obscures que contradictoires : immaturité, refus de grandir, impossibilité de se détacher de son passé et de se tourner vers l’avenir, peur de la mort, égocentrisme, mégalomanie, refus de faire de la place aux autres, etc…

4- Embaucher une femme de ménage. A priori, faire appel à une tierce personne, professionnelle et neutre, peut sembler une bonne idée. Mais c’est en réalité totalement illusoire. Personne ne peut trier vos affaires à votre place. Vous seul pouvez déterminer ce à quoi vous tenez ou pas, faute de quoi frustration et aigreurs viendront alimenter une situation conflictuelle, qui se soldera de toute façon par le renvoi de cette pauvre personne (pourtant embauchée avec conviction). [Par ailleurs, cette personne ayant été engagée pour faire le ménage, il faut, en toute logique, qu’elle puisse disposer d’espaces suffisamment « dégagés » pour pouvoir passer l’aspirateur et faire la poussière, ce qui, objectivement, chez un bordélique, n’est possible qu’en rêve…]

5- Se résigner au célibat pour n’imposer son bordel à personne d’autre qu’à soi-même. Noble décision, mais condamner sa vie sexuelle ou amoureuse pour de sombres histoires de bordel, c’est moche.

6- Renoncer à toute vie sociale, par honte de recevoir. C’est moche aussi.

7- Vivre avec un autre bordélique. FBI : on ne supporte pas aussi bien le bordel des autres que le sien, des tensions au sein du couple (pourtant homogène) seront donc à prévoir.

8- Vivre avec un maniaque. Certes, le psychorigide vous suivra à la trace et rangera partout où vous passerez, mais la rancoeur s’accumulera et l’ambiance dans votre foyer sera vite intenable.

9- Vivre avec une personne « normale » bordéliquement parlant, mais en se réservant une zone « privée » de bordel et en prenant soin de respecter les zones « neutres » communes. Mais ce qui paraît être un bon compromis, favorisant la cohabitation du bordélique avec le reste de la maison, n’est en fait qu’une solution provisoire, car la zone « privée » finira, hélas, toujours pas déborder et envahir géographiquement les zones « communes ».

10- Mettre le feu dans l’appart une fois tous les 5 ans et jachériser ensuite la surface habitable pendant quelques mois. Mais cette solution, de loin la plus radicale sur le court-terme, s’avère inefficace sur le plus long-terme, le bordel repoussant de plus belle.

En résumé : beaucoup de FBI, mais peu de vraies solutions. Un constat sans appel qui ne doit pas pour autant nous faire sombrer dans le fatalisme mais au contraire, nous inciter à plus de philosophie. En commençant par exemple, par convenir que nous ne sommes pas tous égaux devant le bordel (le seuil de tolérance variant en effet d’une personne à l’autre). Ainsi, de la même façon qu’il existe un « poids de forme » pour chacun, il existe aussi un « bordel de forme ». Tout bordélique qui réussira à déterminer ce fameux point d’équilibre (ou de rupture) et ensuite à s’y tenir, aura sans aucun doute franchi une étape importante, qui lui permettra peut-être un jour, de dompter le chaos qui règne dans son antre.

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C’est décidé : pendant les vacances, je « nomodécroche »

[Article publié le 08/07/12, sur le blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/07/08/cest-decide-pendant-les-vacances-je-nomodecroche/]

Bonjour, je m’appelle Nathalie et je suis malade : je suis « nomophobe ».

Paraît-il que c’est déjà un pas vers la guérison que de reconnaître sa maladie…

Une étude récente, réalisée par la société Mingle et menée sur 1500 utilisateurs a montré que 22% des français souffriraient également de ce syndrome techno, qui se caractérise principalement par la peur panique d’être privé de son téléphone portable. Les médias, à fortiori les magasines santé se délectent de cette maladie toute neuve, qui vient grossir, en exclusivité, leurs colonnes éditoriales. Ce qui est nouveau est « hype », « trendy » donc lu. Car on le comprend bien, comme le souligne J.P Gauffre dans sa  chronique Il était une mauvaise foi sur France Info [si par miracle tu me lisais Jean-Pierre, sache que je suis fan de ton humour et que moi, je te crois toujours] cette maladie ne pouvait exister à l’ère de Cro-Magnon, ni au temps des Croisades (et pour cause).

En réalité, il n’y a là aucun scoop : la « nomophobie » n’est qu’une complication, une déclinaison particulière de la « web-addiction » ou encore « cyberdépendance » que nous connaissions déjà depuis le boom du tout-numérique. Mais enfin, au contentement des médias s’ajoute au moins le mien, ou plutôt celui de l’hypocondriaque qui sommeille en moi. « Nomophobie » (néologisme anglais, contraction de No Mobile Phobia) : j’ai enfin pu mettre un nom sur ce mal dont je souffrais sans le savoir. Je me sens d’un coup soulagée, comprise. Nul doute que les médias parleront de plus en plus de cette toute nouvelle maladie qui fait déjà le buzz. Ces derniers l’ont d’ailleurs déjà rebaptisée la « Maladie du siècle », le « Fléau de l’ère numérique » (et qui sait peut-être décrochera t-elle la première position, juste devant le stress, la dépression, le mal de dos, voire même le cancer).

Je me souviens parfaitement de ce jour où l’on m’a offert mon premier Blackberry. C’était le jour de mon 33ième anniversaire. Un cadeau subtilement et délicieusement empoisonné, auquel j’ai rapidement attribué de tendres surnoms : mon « Black » (façon Anaïs, qui ne sort qu’avec des blacks) ou bien « BB », diminutif de « Bébé » (surnom que les lolitas attardées donnent volontiers à leur chéri, ou encore façon Ménélik : reste cool Bébé sinon j’te dirai bye-bye). L’intensité de l’émotion fût semblable à celle ressentie lorsque j’ai reçu mon premier doudou : une peluche orange toute douce en forme d’ours. L’addiction fut immédiate et totale. Je l’ai regardé, l’ai embrassé vingt fois et ai joué avec toute la soirée. J’ai envoyé des dizaines de textos à pleins de gens, même des gens que j’aimais pas, juste pour le plaisir d’envoyer des textos et d’en recevoir en retour. Et puisque mon forfait était illimité, cela faisait une (bonne) raison de plus pour leur faire profiter de ma toute nouvelle envie de communiquer.

Devenu aussi important pour moi qu’un gri-gri, je ne peux désormais plus m’en passer plus d’une demi-heure. Je vérifie constamment s’il est bien dans ma poche ou dans mon sac. Je le consulte mille fois par jour, juste pour me rassurer. Il accompagne toutes mes nuits (y compris les plus folles) en mode silencieux tout de même, blotti sous mon oreiller. Je ne le quitte jamais, fût-ce pour prendre un bain ou aller faire pipi (il a d’ailleurs fait le grand plongeon dans la cuvette des toilettes deux fois, mais tel un héros, a toujours fini par ressusciter après quelques minutes de sèche-cheveux intensif). Bref, j’aime mon Black, il n’y a rien de plus à ajouter.

Enfin si : il me rend tellement de services mon Black. Certes, il ne fait pas sex-toy (je tenais à ce qu’il soit suffisamment large et plat pour garder un clavier azerty, et ces popots de fabricants de mobiles n’ont toujours pas inventé le « nomogode » à ce que je sache), mais il me permet de rester connectée avec la jet-set et d’être dans le moove, ce depuis mon lit, mon canapé, mes toilettes ou ma voiture, en temps réel, via les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, etc…), de compulser mes magasines féminins ou d’actu préférés, de réserver un resto pour la soirée, ou un billet de train pour le week-end. J’ai un peu toute ma vie dans mon Black.

Mais comme toutes les addictions, la « nomophobie » peut avoir des conséquences nocives. Stress, état d’alerte permanent. Détournés en permanence de notre quotidien réel par une sollicitation virtuelle constante, le risque est de se faire accaparer au point d’en oublier de vivre, tout bêtement, l’instant présent. A grandes psychopathologies les grands remèdes, j’ai donc décidé de profiter des vacances pour mettre le holà en 6 étapes. Je pars dans 10 jours, le délai est tenable.

Je profite, en outre, de ce moment solennel pour solliciter des volontaires qui accepteraient de m’accompagner dans ce douloureux parcours du web-combattant,  dans ce nécessaire chemin de croix virtuel. Deux arguments suffiront peut-être à convaincre les plus « nomonévrosés » d’entre-vous : non seulement cette expérience vous sera aussi bénéfique, mais on se sent tellement plus fort à plusieurs [d’ailleurs, si le but n’avait pas été de se débarrasser d’une web-addiction, on aurait presque pu songer à monter un groupe Facebook « si toi aussi tu veux en finir avec ta nomophobie », mais… voilà, quoi].

Voici, maintenant, le-dit chemin de croix :

Etape n° 1 : On enlève la fonction voyant lumineux qui clignote à chaque mail, sms, twitt ou message Facebook reçu, ainsi que le son strident et différencié qui va avec. Cela nous évitera ainsi de sursauter et de nous précipiter vers notre mobile, dans un élan d’hystérie, à chaque alerte visuelle ou sonore.

Etape n° 2 : On fixe un créneau horaire dans la journée, où notre smartphone sera éteint et (encore mieux) rangé quelque-part pour ne pas être tenté de le rallumer en suffoquant de manque.

Etape n° 3 : On augmente progressivement la durée du créneau sus-cité en 2.

Etape n° 4 : On éteint son portable toute la nuit et si possible on évite (oui je sais, c’est monstrueux) de le consulter le soir avant de se coucher, et le matin dès le réveil.

Etape n° 5 : On retire de notre mobile, les applications polluantes, en commençant par les  réseaux sociaux (Facebook, twitter, etc…), pour ne plus laisser que notre messagerie internet classique.

Etape n° 6 : Enfin, le jour du départ en vacances, on retire d’un geste ferme et décidé la carte « sim » de notre smartphone pour la replacer sur notre ancien bon vieux mobile classique, qui ne fait que téléphone. Et bien-sûr, vous fourrez cette horreur, pardon, cet appareil dans vos valises.

Cette dernière étape est certes très difficile à vivre et donnera à certains la sensation qu’on leur arrache le cœur de la poitrine. Mais elle est cruciale, car sans elle, nous ne pourrons jamais atteindre le « nomonirvana »,  cet état de lâcher-prise virtuel complet, tant convoité.

Donc voilà : on a dix jours. Surtout, on se donne des nouvelles et on reste solidaire : on se texte, mail… oops ! On se tient au courant de nos progrès par téléphone. Et puis, quelle joie aurons-nous, à notre retour de vacances d’actualiser notre statut facebook :

« Youhouhou, j’ai réussi à nomodécrocher !!!! »

….

Pfffff, quelque chose me dit que çà va être plus compliqué que sur le papier, cette fichue histoire de nomodétox’ de vacances…

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Topfreedom : pour ou contre les seins nus dans la rue?

[Article publié le 03/06/13, sur mon blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/06/03/topfreedom-pour-ou-contre-les-seins-nus-dans-la-rue/]

« Vade retro satané hiver qui n’en finit pas! ». Avec un retard substantiel dans le timing, les belles journées estivales sont enfin là. Mais à peine ai-je eu le temps, pauvre petite française naïve, de déballer jupes courtes et robes légères des cartons, qu’apprends-je ?

Que nos collègues new-yorkaises avant-gardistes ont déjà placé la barre très haut…

Ainsi, comme chaque été depuis une vingtaine d’années maintenant, des militantes féministes du mouvement américain « Topfreedom », se mobiliseraient pour revendiquer le droit de se balader seins nus? Mieux, elles ne bouderaient pas leur plaisir en défiant policiers décontenancés et passants incrédules, en sortant dans la rue seins à l’air, au nom de l’égalité des sexes. Et pour couronner le tout, ce « déballage » mammaire serait tout à fait légal, puisque la loi américaine ne punit que l’ « exhibition des seules parties génitales » (ce qui exclut, ipso-facto, la poitrine féminine qui n’est pas considérée comme telle). Et, oh génie : une New-Yorkaise en 2007, aurait même empoché un magot de 29 000 dollars, en guise de dédommagement de la ville, après avoir été interpellée et placée en garde-à-vue deux ans plus tôt, alors qu’elle se promenait seins nus dans la rue.

La curiosité piquée, je me précipite sur Google pour évaluer où nous en sommes, nous, en France, niveau seins. En trois clics, je tombe sur l’article 222-32 du code pénal français qui dispose que seule « l’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende ». Ce qui signifie que – sauf si de nombreuses municipalités ont pris des arrêtés  interdisant localement cette pratique – il est juridiquement tout à fait légal de se promener seins à l’air.

A vrai dire cette découverte me laisse perplexe et je sens poindre en moi la question qui dérange : suis-je pour ou contre le « topfreedom »? Je comprends vite que ce ne sont pas les hommes de mon entourage, dont j’ai sollicité l’avis, qui m’aideront à trancher. Car, salive au coin de la bouche et pupille dilatée, ils étaient, à priori, tous pour. Certains d’entre-eux s’inquiétant même de la vitesse à laquelle ce phénomène, essentiellement américain pour l’instant, traverserait l’Atlantique pour gagner la France. Mais, dans un second temps, lorsque je leur ai demandé quelle serait leur réaction si leur propre compagne se promenait elle-même seins nus, leur bel enthousiasme spontané fit place à une angoisse visible et leurs nobles convictions sur la liberté des femmes, comme châteaux de cartes, s’effondrèrent. Dépitée et considérant qu’ « on ne peut être juge et partie », je décide finalement de ne pas tenir compte de l’avis masculin et de rester pragmatique, en me tenant aux faits, rien qu’aux faits : dans « topfreedom », il y a « freedom ». Il m’apparaît  alors évident qu’il y a gros danger à passer pour une réac’, en déclarant être contre quelque chose qui touche au « freedom ». Mais sincèrement, même si je sais que je ne risque pas la prison pour çà, la promenade en « topless », là, tout de suite, maintenant, perso çà me dit moyen…

Je serai donc pour, question de principe. Principe par lequel il est rassurant d’avoir des droits dont nous savons pourtant pertinemment que nous ne ferons pas usage : je sais par exemple que je peux traverser Paris en sauts de biche, me rouler par terre dans une galerie commerciale, ou encore aller au bureau avec une louche autour du cou, çà suffit en soi à mon bonheur.

Bien que non considérés comme des organes génitaux, les seins ont toutefois une dimension sexuelle indéniable. « Cachez ce sein que je ne saurais voir », cette phrase célèbre montre que depuis longtemps la bienséance nous a encouragé à cacher le sein. Objet de désir masculin universel, presque toutes les civilisations qui ont fait le choix du vêtement ont d’ailleurs choisi de le couvrir. Je conçois dès lors le « malaise » ressenti par certaines féministes, qui ne comprennent pas pourquoi le corps de la femme serait plus sexualisé que celui de l’homme. Si les hommes sont autorisés à déambuler torse-nu (ce qui en pratique reste assez anecdotique), les femmes devraient pouvoir le faire aussi, au nom de l’égalité des sexes.

D’ailleurs, certains hommes eux-mêmes, s’interrogent sur le caractère relatif du pouvoir d’attraction sexuel du sein-nu, abondant ainsi sans le savoir, dans le sens des féministes « pro-topless ». A leurs yeux, la vision d’un top moulant et décolleté serait par exemple dix fois plus excitante que celle d’une poitrine « de Madame Tout-le-monde* », toute nue soit elle [*poitrine non calquée sur le modèle Rihanna].

De toute façon, en France, le problème s’est en quelque sorte naturellement résolu : après une période de libération de la femme vers les années 70, où le sein s’est montré beaucoup plus, notament sur les plages, ce n’est plus le cas aujourd’hui : il n’est plus de bon ton d’exposer sa poitrine à la brise marine. Un retour manifeste à la pudibonderie, que les plus naïfs d’entre-nous attribueront à la prise de conscience des dangers liés à l’exposition au soleil, et les plus réalistes, à un simple effet de mode, affublant celles qui continuent à s’adonner au « topless » d’une image  « cheap », limite vulgaire, difficile à assumer. Cependant, quitte à jeter une volée de bois vert dans le bûcher des féministes activistes, on peut toutefois s’interroger sur le côté fantaisiste, incongru et provocant d’une telle revendication, visant à obtenir le droit de se promener seins nus. D’un point de vue strictement vestimentaire, beaucoup de femmes se battent depuis longtemps pour avoir le droit de s’habiller comme elles le souhaitent, sans avoir jamais gagné leur combat. Nous sommes encore trop souvent, au mieux victimes de procès d’intention, au pire molestées dans la rue ou même au bureau, lorsque nous arborons jupes, talons et tout autre vêtement mettant en avant nos atouts féminins … Alors, revendiquer le « sein-nu », peut paraître presque un luxe.

Concernant le droit des femmes, au sens plus général, beaucoup d’entre-elles, tout juste amusées par cette revendication, estimeront qu’il y a plus urgent à faire en matière de discriminations sexistes ( harcèlement sexuel au travail, salaires inégaux, parité dans les postes à responsabilité non respectée, etc…). Mais paradoxalement, cela n’empêchera pas ces mêmes femmes sceptiques, d’espérer au fond d’elles, que la médiatisation de ce mouvement suscite une réflexion plus profonde et constructive sur l’égalité homme-femme.

Reste que, si le mouvement venait à trouver écho en France, la justice devrait à son tour trancher, si oui ou non, le « sein-nu » est de nature à atteindre la pudeur, et résoudre ainsi les problèmes d’interprétation soulevés par l’ambiguïté de son code pénal, au risque de ne plus savoir  bientôt à quel sein juridique se vouer.

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