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Un détaillant japonais lance une ligne de lingerie Disney : drôle ou ringard ?

Petite « révolution » dans le monde de la lingerie féminine : Un détaillant japonais vient tout juste de créer une ligne de sous-vêtements, inspirée directement des robes portées par les princesses Disney.

Et bien-sûr, à peine l’annonce du lancement effectuée, les médias s’interrogent déjà sur la façon d’appréhender une telle collection.

A en juger sur la forme, d’abord, il faut bien se rendre à l’évidence : le monde de la lingerie Disney est un monde « désenchanté » plus qu´un monde « enchanteur »… Car avec une telle ligne de sous-vêtements (pardon pour celles qui l’auraient déjà acheté sur un coup de tête), c’est à coup sûr le désenchantement qui guette Monsieur « Prince ».

Lingerie ringarde, pas sexy

Là où l’on attendait le rêve, les paillettes, la féérie Disney, le Styliste-Designer Japonnais casse tout. Formes ringardes et pas sexy pour un sou, lignes très sages voire déprimantes ; Pas de string, tanga ni balconnets affriolants, mais culottes et soutiens-gorge « gentille fifille » à petits noeuds et froufrous.

Gros « fail », également, au niveau deu choix des couleurs : point de coloris chatoyants tendances, mais au contraire des teintes pastel blafardes et rétrogrades : vieux bordeaux délavé de grand-mère pour Aurore, mauve fadasse cafardant pour Raiponce, jaune moutarde à refiler la nausée pour Belle, et enfin, bleu glaciaire qui refroidirait un âne en rut pour Cendrillon.

Une collection de lingerie Disney pas aussi sexy qu’on voudrait bien nous la présenter, donc, mais disons tout au plus « romantique », pour ne pas dire mièvre. Le genre de sous-vêtements qui pourraient convenir [admettons] pour de (très) jeunes filles [éventuellement], adulte attardée [à la rigueur], vierge neurasthénique [pourquoi pas] ou bien pour une blague d’un soir [exceptionnellement]. Admettons…

Si l’on s’attarde sur le fond, à présent. Peut-on considérer cette nouvelle ligne de lingerie comme cliché? Drôle? Ou bien choquante?

Cliché?

On pourrait ainsi concevoir que certaines féministes y voient un cliché genré de plus.

Les 4 princesses égéries de la marque japonaise de sous-vêtements n’ont, en effet, pas été choisies par hasard : toutes, à la fin de l’histoire, finissent par « choper ». Le message principal véhiculé étant qu’on n’attrape pas ce gros relou de prince avec du vinaigre mais avec de la lingerie « sexy »…

Drôle?

Il faut tout de même concéder que le concept est assez original. Certaines y verront peut-être une bonne occasion de jouer l’effet « surprise », afin de ravir le coeur du Prince. Rigolote ou sexy, certes, il faudra choisir. MAIS étant donné que « homme qui rit à moitié dans ton lit.. » Si monsieur adhère à ce genre d’humour, tout espoir (charnel) est encore permis.

Choquant ?

Ce n’est pas la première, et ce ne sera sans doute pas la dernière fois que des vêtements ou objets sont ainsi estampillés Disney. On trouve bien des serviettes de bain Disney, des pyjamas, des tongues, des montres Dysney, alors pourquoi pas des sous-vêtements Disney? A fortiori si ces derniers n’ont vraiment rien de trash et relèvent même plus du kitsh que du sexy.

Ce qui aurait été beaucoup plus dérangeant, c’est de voir commercialisés des objets à réelle connotation sexuelle – et donc à destination d’un public « adulte » – sous un label qui, lui, a au contraire une visée « enfants » ou « jeune public ». On verrait mal, par exemple, un préservatif ou encore un vibro Disney.

Cette nouvelle collection de lingerie est donc, à mon sens, plus anecdotique que révolutionnaire ou même choquante. Et pour ma part, je crois que je vais m’abstenir de porter cette tenue de princesse prout-prout, même si je revendique avoir toujours gardé une âme d’enfant.

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Opinions, analyses

Fêtes de fin d’année : Quand La Foir’Fouille « brade » l’image des femmes…

« A la Foir’Fouille, tu trouves de tout si t’es malin… ». Le slogan de l’enseigne déco/bibelots/articles festifs n’a jamais été aussi aussi vrai…

On n’y trouve de tout, oui. Mais surtout, en page 6 du catalogue spécial fêtes de fin d’années, une bonne flanquée de clichés sexistes nauséabonds et surannés.

Alors que je me demandais, comme chaque année à l’approche des fêtes, ce que j’allais bien pouvoir me mettre sur le dos, un petit miracle s’est produit. Il n’en fallut pas plus qu’un simple tour de clé dans ma boite aux lettres, ainsi qu’un rapide coup d’oeil sur le nouveau catalogue La Foir’Fouille, pour avoir LA révélation.

Pour le réveillon de la Saint- Sylvestre, sous le thème « Soirée sexy », le magasin discount propose, en effet, aux femmes en mal d’idée de tenue vestimentaire, trois déguisements complets à prix modique. La consommatrice maligne et férue de bonnes affaires que je suis, pourra donc « choisir » entre un classique « déguisement soubrette », un plus original « déguisement de pirate sexy », à moins qu’elle n’opte finalement pour une valeur sûre : le « déguisement infirmière ».

Possible que cela vienne de moi et de ma fichue propension à voir le mal partout. Peut-être devrais je me contenter de m’administrer un bon coup de pied aux fesses et accepter, de bonne grâce, de revêtir la panoplie « secrétaire sévère » afin que la fête soit plus folle…

Sans doute arriverai je à m’auto-persuader en me disant que,  « d’une pierre deux coups », je n’aurai plus besoin de courir les traiteurs, à la recherche d’amuses-gueule : j’en serai un géant à moi toute seule.

Allez, c’est décidé : Cette année j’irai au bout de la nuit ! (dernière de 2013, donc) mais, désolée… PAS EN SOUBRETTE.

Mon sens festif peu développé me joue probablement encore un vilain tour, mais – outre le mauvais goût caractérisé de ces accoutrements ultra « cheap » – il semblerait que le directeur (ou la directrice) marketing des magasins La Foir’Fouille ait quelque peu « foiré » au niveau de la com’.

Il /elle ne pouvait, en effet, « ignorer » la connotation sexiste que ce catalogue publicitaire véhicule à l’égard des femmes. Il doit être, certes, très vendeur d’y faire figurer des potiches déguisées en gourdes béâtes, mais tout de même !

On notera aussi, tout particulièrement, les grands absents de cette croustillante rubrique « soirée sexy » : les hommes. Pourquoi aucun mannequin masculin n’a t-il été sollicité pour poser en costume de même acabit ?

Faut-il en conclure que dans le « monde des bonnes affaires », les fantasmes sont réservés exclusivement à la gent masculine et que la femme est réduite à la condition d’article festif, destiné à agrémenter les réveillons de ces messieurs ?

Décidément, à la Foir’Fouille, il n’y a pas que les prix qui sont tirés au ras des pâquerettes… Leur vision des femmes aussi !

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Critiques / oeuvres littéraires

La Lettre à Helga, de Bergsveinn Birgisson

Titre: La Lettre à Helga
Auteur : Bergsveinn Birgisson
Edition : Zulma
Date : Août 2013
(Traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson)
Au crépuscule de sa vie et à l’heure du bilan, un vieillard écrit à l’amour de sa vie. Il tente de justifier son choix d’y avoir renoncé, faute d’avoir pu le suivre.
Le vieil homme explique qu’il aurait pu accepter les pires sacrifices pour pouvoir aimer « sa belle », sauf celui de se renier lui-même.
Il raconte, alors, son désir fou pour cette femme qui hante ses pensées, mais aux côtés de laquelle il ne vieillira pas.
Il revient également sur la souffrance qui a jalonné sa vie, mais aussi son combat pour assumer son choix, et tenter de se convaincre que ce dernier était le seul possible, à défaut d’être le bon.
Son récit incroyablement poétique mais sans fioritures, est une ode au désir et à la vie. A la nature, aussi : L’ancien éleveur de brebis islandais se remémore comment son amour de la terre et de ses animaux, ainsi que sa proximité aux éléments, l’ont aidé à survivre au manque et à se tenir debout.
Mais au moment de « faire le grand saut », le vieil homme vacille.
Cette lettre n’arrive t’elle pas trop tard?
Pourquoi n’a t’il pu l’écrire avant ?
Qu’aurait été sa vie, alors?
Et si la vie, au fond, n’était rien d’autre que cela ? un long doute, mystérieux, qui vous cueille au premier souffle et vous accompagne jusqu’au dernier.
Un récit introspectif, bouleversant de vérité.
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Témoignages, Uncategorized

L’aventure extra-con.

On ne te le fait pas, à toi, le coup de l’aventure extra-conjugale. Non.

Comme tout le monde, tu as appris à te méfier de cette foutue maladie, qui terrasse sans prévenir et dévaste tout sur son passage. De ce mal honteux et silencieux, qui dévore en cachette la raison et les entrailles.

Tu te demandes même comment tant de cons consentants ferment les yeux, bravent le danger et finissent par sauter dedans à pieds joints.

Parce que tu en es absolument certaine : Toi , tu ne l’attraperas jamais, non. Pas toi.

Il y a 3 ans c’est ta meilleure amie Valérie, que cette pourriture d’AEC a choisi de faucher en plein vol. Il faut dire que la bécasse n’était pas vaccinée contre l’aventure extra-con. Et n’ayant jamais côtoyé le mal de près, la naïve n’avait  développé aucune immunité « naturelle ».

Val était ce que l’on appelle une rescapée, une miraculée de l’aventure extra-con. Tu avais suivi avec bienveillance son histoire, accompagné gentiment sa déroute. Sa double-vie d’abord, ton amie transcendée. Puis sa chute… Puis, plus de vie du tout.

En deux dîners, trois parties de jambes en l’air, tu as vu la plus rigolote de tes copines devenir un zombie, une morte-vivante que seuls l’amour de ses enfants et votre amitié étaient parvenus, péniblement, à faire renaître.

Tout cela avait pris de longs mois avant que – 8 kg en moins mais 10 ans de plus au coin des yeux – ton amie, guérie, ne sorte enfin la tête de l’eau.

Alors toi, t’as tout fait pour te protéger. T’as mis des col-roulés, des oeillères à tes yeux et un verrou sur ta conscience.

Mais cela n’a pas suffi ; Cela ne suffit jamais.

Toi non plus, ton verrou n’a pas tenu.

Toi aussi, t’as trop voulu te voir belle dans son regard à lui,  lorsqu’un autre sur toi ne se posait plus. Ou « pas pareil ».

Alors, t’as pas réfléchi : T’as mis du rouge sur ta bouche, du pourpre dans tes nuits et fait la nique à tes premiers cheveux gris .

Tu n’as plus voulu voir qu’en rose, pour oublier tes bleus.

C’est pas vraiment ta faute, t’as cru que t’allais pouvoir échanger tes points d’interrogations contre des points d’exclamation.

Mais les points d’exclamation s’usent aussi et deviennent vite point final. Et bien pâle, te paraît soudain le marchand de couleurs,  qui n’a rien d’autre à offrir que le noir crasseux et le gris sordide de son propre ennui.

Tu ne rêvais que de ta tête posée au creux de son épaule, lui, de sa paume sur tes fesses. Il t’a fait miroiter les étoiles mais ne t’a offert que la lune.

T’as bien insisté un peu, oui. Cherché à lui négocier un petit bout de soleil. Outré, il t’a renvoyé la nuit.

Mais toi, TOI, tu ne peux pas dire que tu ne savais pas. Tu étais prévenue : Valérie, l’aventure extra-con, tout ça.

Tu le savais, toi, que l’aventure extra-con se conjugue mieux au passé.

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Anti Rape Wear : des culottes qui entretiennent la culture du viol.

[Cet article a été publié sur Le Plus Nouvel Obs, le 07/11/13 : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/967135-culottes-anti-viol-l-art-d-entretenir-la-culture-du-viol-et-culpabiliser-les-femmes.html]

« Une protection portable quand les choses tournent mal ». C’est le slogan de lancement de l’Anti-Rape Wear, nouvelle marque de sous-vêtements anti-viol, lancée par deux entrepeneures new-yorkaises. Avec cette culotte « révolutionnaire », dont les élastiques se resserrent lorsqu’elle est enfilée, ces jeunes créatrices entendent ainsi offrir aux femmes une meilleure protection contre certaines tentatives de viol.

Conçues spécialement pour résister à l’arrachage et au découpage, ces culottes seraient en effet équipée d’un micro-cadenas avec un code à 4 chiffres et pas moins de 132 combinaisons de verrouillage différente !

Pour l’instant à l’état de simple projet, ces sous-vêtements d’un nouveau genre pourraient rapidement être commercialisés : les créatrices ont eu eu la bonne idée de faire appel à la générosité des internautes via la plate-forme de crowdfunding IndieGoGo et ont déjà réussi à lever plus de 39.000 dollars, sur les 50.000 escomptés.

Bien, bien, bien…

Non mais les filles… Vous êtes sérieuses-là ? Vous pensiez vraiment pouvoir nous refourguer vos ceintures de chasteté, dignes d’une autre époque ? La fièvre du business aurait-elle gravement endommagé votre capital-lucidité ?

Je n’ai pas envie de penser « viol » au saut du lit

Passons à la rigueur sur l’aspect esthétique, hein. Quelle genre de femme suffisamment superficielle ferais-je, en réduisant affaire aussi grave à simple souci de coquetterie ? Parlons donc plutôt confort… Si toutefois cela est encore permis. Et pardon à l’avance pour ces vilaines petites pinailleries, mais j’ai besoin d’être rassurée sur plusieurs points de détails.

Ne se sent-on pas trop saucissonnée, entre les fameux élastiques indestructibles qui enlacent notre abdomen et nos cuisses ? Est-ce que le tissu indéchirable, indécoupable (ignifuge et tout ce que vous voudrez) offre les mêmes qualités respirantes que le coton ?

Parce que, comprenez, si je suis obligée de troquer ma tranquillité d’esprit pour une « paranoïa préventive », si je dois apprendre (et apprendre à ma fille) dès le matin en m’habillant, à penser « viol » en même temps que « douche » et « café », cette culotte se doit a minima d’être confortable et se faire oublier le reste de la journée.

Que fais-je si – après avoir pourtant bien calculé dès mon réveil la probabilité de me faire violer – une envie pressante me saisit de façon inopinée dans la journée ?

Moi, pauvre petite cervelle, qui ne retiens déjà pas mon numéro de sécurité sociale, ni le code PIN de mon téléphone, ni même celui de ma carte bancaire, comment vais-je m’en sortir avec celui de ma culotte !? N’aurais-je pas intérêt à me le faire tatouer discrètement derrière l’oreille, entre deux orteils, ou bien tout autre endroit où le violeur ne pourra pas le lire ?

Une minimisation et une hiérarchisation malsaine de la gravité du viol

Trêve de cynisme. On marche sur la tête tant cette campagne de financement est consternante. Elle contribue, en effet, à entretenir ce qu’on appelle aujourd’hui la culture du viol. Les pires clichés sur le viol y sont concentrés pour en alimenter les deux composantes principales : la minimisation de la gravité du viol et la culpabilisation des femmes.

« Au cas où ça tournerait mal ». La tournure utilisée par la marque est révélatrice. Faut-il le rappeler, un viol n’est pas un accident. Dans les colonnes du Huffington Post britannique d’ailleurs, l’écrivain féministe Louise Pennington prend clairement position contre cette culotte, indiquant que le viol « n’est pas quelque chose qui tourne mal. C’est un crime, avec un agresseur réel qui choisit de violer ». Elle estime, en outre, que cette pseudo invention est « juste une autre façon de blâmer les femmes victimes de viols, plutôt que de s’attaquer à l’épidémie de violence masculine ».

De la même façon, prétendre pouvoir « protéger les femmes contre les conséquences néfastes d’un viol », cela revient à circonscrire ces effets néfastes à la seule pénétration. Or – loin s’en faut – éradiquer le viol, ce n’est pas simplement empêcher l’entrée au vagin. Tout porte ici à croire que la pénétration est considérée comme l’échelon suprême dans l’échelle de gravité ou d’horreur de l’agression subie.

Cette « sacralisation » presque religieuse du vagin, érigé en indicateur de gravité du viol, a un côté choquant. Comme si finalement, l’honneur et la pureté de la femme étaient saufs, dès lors que le coït n’a pas eu lieu. En matière d’agressions sexuelles, il ne peut pourtant pas être établi de hiérarchie des préjudices physiques et psychologiques endurés par la victime.

À l’évidence, une femme se sentira tout aussi meurtrie, atteinte dans sa dignité, d’avoir été insultée, traînée par les cheveux, jetée à terre, touchée et violentée, que si elle avait été prise de force. Il appartient à elle seule d’apprécier la gravité du traumatisme subi. Personne n’est légitimé à lui dicter ce qu’elle doit considérer comme le plus dégradant pour elle-même.

La femme, cet éternel coupable

La marque AR-Wear ne nous épargne pas, non plus, l’écueil du procès d’intention. Les créatrices expliquent ainsi que le sous-vêtement peut être porté lorsque les femmes se placent dans certaines « situations à risques ». Entendez par là « un premier rendez-vous, une soirée en boite de nuit, un jogging en forêt, ou un voyage dans des pays qui ne leur sont pas familiers ». Ces explications véhiculent également un autre cliché sur le viol : la majorité des femmes violées, le sont par une personne de leur entourage et non un inconnu.

En être réduit à inventer ce genre de solutions pour lutter contre le viol, c’est aussi une manière de transférer la responsabilité du viol, de l’homme vers la femme. En considérant que la charge d’éradiquer les viols repose uniquement sur elle. En tout cas, c’est bien le sentiment que l’on a en découvrant cette énième gadget anti-viol. Même quand les créatrices de l’AR-Wear rappellent mollement que la culotte anti-viol « n’a pas vocation à résoudre le problème du viol et que le travail visant à changer la société sur la culture du viol doit continuer ».

Enfin, il y a toujours cette suspicion latente vis à vis de la victime. La femme a été violée par ce qu’elle ne s’est pas assez défendue. Les créatrices de l’AR-Wear partent du principe hasardeux et fantaisiste selon lequel « plus la femme se défend, moins le viol a de chance de se produire ». Et bientôt le non-port de leur culotte anti-viol équivaudra à un consentement…

Des inventions liberticides

Après le « collant à poils » chinois (destiné à écœurer et repousser le violeur potentiel), le soutien-gorge taser (qui envoie des décharges électriques et des textos à la police), le Rape-aXe (préservatif anti-viol équipé de dents), il ne manquait donc plus aux femmes que… leur culotte à cadenas. Grand bien leur fasse !

Reste que, si tous ces gadgets insolites peuvent éventuellement faire sourire (et ce serait bien là leur seul mérite), la décence voudrait qu’ils nous soient au moins présentés dans les médias pour ce qu’ils sont réellement : des inventions liberticides et non des « outils » de libération.

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« Elle » et les femmes qui se forcent à faire l’amour : un dossier bâclé et sexiste

[Article paru le 29/09/13, sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/946065-elle-et-les-femmes-qui-se-forcent-a-faire-l-amour-un-dossier-bacle-et-sexiste.html]

Cette semaine sur son site web, le magazine « Elle » a sorti du placard, dépoussiéré et publié un vieux dossier (paru une première fois en mars 2008), intitulé « Faut-il se forcer à faire l’amour ?« .

A la rédac’ « Sexo » du Plus, cet étrange déterrage n’est pas passé entre les mailles de la revue de presse. Comment appréhender un tel article en 2013 ?

L’article de « Elle » n’y va pas par quatre chemins et annonce la couleur dès les premières lignes : « Pour une (vraie) ‘migraine’, combien de fois les femmes prennent-elles sur elles et se forcent à faire l’amour ? » « Assez fréquemment », répond le Dr J.-D. Nasio, psychiatre.

Puis, au gré des témoignages qui se succèdent, le magazine féminin dresse la liste de toute une pléiade de (bonnes ?) raisons qui pousseraient les femmes à accepter de « passer à la casserole », ce même quand le cœur n’y est pas tout à fait.   En voici, le substrat :

1. Par naïveté : « Je pensais que le sexe faisait partie des choses que les couples se doivent de faire » (Lucie).

2. Par résignation : « Mais au final, ça ne me dérange pas, parce que le désir n’est jamais très loin » (toujours Lucie).

3. Pour la paix : « Tant que les sentiments sont là, se forcer fait partie des petits gestes que l’on consent à faire pour rendre le quotidien plus facile » ou « parce que le fait de dire non très clairement peut souvent dégénérer en une dispute qui n’a rien à voir » (Judith).

4. Par gentillesse : « pour ne pas décevoir un partenaire que l’on aime et que l’on ne veut pas blesser […] par tendresse, pour rassurer son partenaire » (la rédaction de Elle).

5. Par calcul : « Par peur qu’il n’aille voir ailleurs, par calcul, pour éviter la rupture » (la rédaction de Elle).

6. Par philosophie et/ou optimisme : « Au final, je sais que faire l’amour me fait du bien. Donc le faire alors que je ne suis pas particulièrement d’humeur libidineuse, c’est à la fois une manière de ne pas vexer mon fiancé et de me détendre » (Laure, 32 ans)

7. Par faiblesse : « Et quand je ne suis vraiment pas très partante, je concède une petite fellation et, ni vu ni connu, tout le monde est content ! » (Marianne 43 ans).

Un article pauvre, stéréotypé et sexiste

C’est article est sexiste, d’abord parce qu’à travers tous ces témoignages – exclusivement de femmes, d’ailleurs – seul le cas de figure où ce sont elles qui se forcent pour le plaisir des hommes est envisagé.   Rien de bien nouveau dans ce constat, puisqu’avec « la pipe, ciment du couple » et l’interview du pédiatre Aldo Naouri, « Elle » nous avait déjà habitué à ce genre de farce.

Stéréotypé, ensuite, parce qu’à la question « est-il bon ou pas pour le couple de s’obliger aux ébats ? », « Elle » laisse entendre que oui et que cette obligation concerne les seules femmes.   Mais pire encore, l’article explique que ne pas vouloir se forcer au nom d’une liberté sexuelle acquise en 1968 serait dépassé. Les femmes ne seraient ainsi plus contraintes et le fait de se forcer serait vécu par la plupart d’entre-elles comme un « acte de tendresse et d’affection », et non comme une « soumission ou une abnégation ».

Pourquoi ne pas avoir interrogé d’hommes ?!

Cet article est d’autant plus pauvre que que le sujet, bien que très intéressant, est appréhendé de manière extrêmement réductrice. À mon sens, il manque à ce dossier un pendant non négligeable : le pendant masculin. Car une chose est certaine : hommes et femmes sont aujourd’hui bien égaux devant l’éventuelle absence de désir.

Les deux sexes sont également équitablement confrontés à la pression ambiante, générée par une société hypersexualisée et injonctive, dans laquelle l’épanouissement de l’individu passe forcément par la performance sexuelle.

Diktat du sexe

Pour autant, si le titre du dossier (« Faut-il se forcer ? ») est racoleur et trompeur (le lecteur, s’attend en effet à trouver une réponse : oui ou non), le fait de se poser cette question ne me paraît pas, en soi, choquant. En vertu du principe de la liberté individuelle, ce choix appartient en effet à chacun et ne souffre, pour cette raison, aucun jugement de valeur.

D’une part, nous avons tous un rapport à la sexualité différent. Là où certains y verront un acte sacré et lourd de sens, d’autres verront en l’acte sexuel ni plus ni moins qu’un langage, un moyen de communiquer avec quelqu’un qui nous plaît.

Par ailleurs, notre degré d’aptitude à faire semblant, notre seuil de tolérance face à l’hypocrisie et notre niveau d’acceptation devant le compromis, varie suivant notre personnalité. Tout est affaire de circonstances, dépend de la propre histoire de chacun et, surtout, de celle qu’il souhaite engager avec son partenaire. Que ce soit au boulot, dans notre vie sociale ou affective, on ment tous. À des degrés différents, certes, mais on ment. On se ment parfois à soi-même, aussi.

Une pause s’impose

Ce qui me choque le plus, à vrai dire, c’est qu’en 2013, des magazines qui se veulent ouverts et progressistes en soient toujours réduits à titrer de la sorte. Il me semble qu’ils ne risqueraient pas la peine de mort en osant de temps en temps une une du style : « 10 bonnes raisons de ne pas faire l’amour ».

Et puis, faut-il encore le rappeler, ne pas faire l’amour ne signifie pas ne pas avoir de vie sexuelle. Une abstinence volontaire ou subie peut, au contraire l’exacerber en favorisant l’auto-érotisme (tellement plus joli que le terme de masturbation), les fantasmes la sensibilité à d’autres sources de plaisir. Tout ceci apporte aussi une grande satisfaction. Et presque jamais de déception (à moins d’avoir deux mains gauches et une imagination sacrément indigente).

Rompre avec le sexe permettrait ainsi de mieux se redécouvrir, de réveiller ses désirs en se donnant le temps de les (ré)identifier et se les (ré)approprier.

Consommer moins pour consommer mieux

En ces temps de crise (crise du sexe ?) où l’on nous donne à « consommer » du sexe jusqu’à l’overdose, ne serait-il pas préférable de consommer moins, pour consommer mieux ?

Certains auteurs ou écrivains, d’ailleurs, ont à leur manière amorcé une douce résistance face à cette normalisation moralisatrice et injonctive du sexe. La réflexion menée par Peggy Sastre dans son ouvrage « No sex » ne manque pas d’intérêt. Les confidences de Sophie Fontanel, femme intelligente, séduisante et abstinente (oui c’est possible) sont touchantes et interpellent dans son livre « L’Envie ». « L’amour sans le faire », roman de Serge Joncour nous indique, par ailleurs, qu’il peut être salutaire parfois de savoir s’arrêter pour « réapprendre la patience et la sauvagerie ». On ne donne pas à manger à quelqu’un qui a soif… Et si ceux qui ne font pas ou plus l’amour avaient simplement soif d’autre chose ?

Et après tout, nous serrer un peu la ceinture de temps en temps, ne pourrait-il pas nous faire du bien ? Ne serait-ce que pour voir – au moins une fois – ce qui se passe légèrement au dessus.

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Clara Dupont-Monod, le féminisme et France Inter : une interview déconcertante

[Article paru le 27/08/13, sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/926470-clara-dupont-monod-le-feminisme-et-france-inter-une-interview-deconcertante.html]

Pour sa rentrée sur France Inter, la journaliste Clara Dupont-Monod (qui remplace Pascale Clark pour l’Invité de de 7h50) avait convié ce lundi Anne-Cécile Mailfert, porte-parole d’Osez le féminisme. Le propos initial de cette rencontre était d’évoquer l’initiative lancée par le collectif, visant à faire entrer des femmes au Panthéon, aux côtés de Marie Curie et de Sophie Berthelot (qui doivent, il est vrai, s’y sentir bien seules).

La colère des féministes

Seulement voilà, la nouvelle recrue de France Inter – débordant de zèle – a déroulé un questionnaire pétri de poncifs nauséabonds et condescendants sur le féminisme : l’interview tourne rapidement en véritable procès d’intention, provoquant l’ire interloquée de nombreuses militantes.

http://http://www.dailymotion.com/video/x13o5vs_anne-cecile-mailfert-les-heureuses-elues-au-pantheon-sont-o-de-gouges-l-michel-g-tillion-s-de-beauvo_news?start=6

Voici les réactions indignées de quelques unes d’entre-elles, sur twitter, suite à ce moment de radio surréaliste.

Caroline De Haas@carolinedehaas

16 Retweets   6 favoris
Les Martiennes@lesmartiennes

2 Retweets   1 favori
Alice Coffin@alicecoffin

« C est un  qui ne compte pas emasculer les hommes? »festival de poncifs et ignorance dans questions de clara dupont-monod @f_inter

22 Retweets   2 favoris
CrêpeGeorgette@valerieCG

c’est ce qu’on appelle une interview de fond. Passionnant. peut-être un peu complaisante, bête, racoleuse et cliché mais intéressante hein.

1 Retweet

D’autres féministes ont répondu à Clara Dupont-Monod sur leurs blogs ici ou .

Un moment de radio déconcertant

Mais quelle mouche (ou abeille devrions-nous dire, pour les raisons évoquées plus loin dans ce billet) a donc pu piquer notre amie Clara Dupont-Monod ? Car il faut bien admettre que les questions de la nouvelle intervieweuse politique de France Inter sont pour le moins orientées.

Jugez-en par vous-mêmes :

– « Vous ne pensez pas que les nouveaux féministes, ce sont en fait les hommes ? »

Ben voyons ! Attribuons tout le mérite des combats féministes aux hommes… Cela s’appelle du « men hangin' » et c’est pas très glorieux comme procédé de racolage.

 « Osez le féminisme, c’est un féminisme qui est contre les hommes ou tout contre les hommes ? »

Comprenez ici qu’il n’y a nulle autre alternative possible dans les rapports hommes-femmes : ou bien on déteste les hommes ou bien on les suce. Est-ce clair ? Un poil binaire, comme analyse journalistique.

– « Donc c’est un féminisme qui ne compte pas émasculer les hommes ? C’est une bonne nouvelle, je vois tout le monde qui se détend dans le studio. »

C’est qui tout le monde ? Peut-être Clara Dupont-Monod évoque t-elle le personnel réputé quasi-exclusivement masculin de France Inter ? Je croyais pourtant qu’une grosse prise de conscience concernant l’absence de parité au sein de l’équipe dirigeante de cette radio, avait eu lieu, notamment lors de cet événement tragique d’invasion de leurs locaux par les « Barbues ».

– « La parité, ça veut dire que si on doit choisir entre une femme incompétente (au hasard) et un homme compétent (encore au hasard), ça sera toujours la femme incompétente, non ? »

Réfléchis un peu, Clara… Si le féminisme dont tu parles existait vraiment, France Inter t’aurait alors choisie pour d’autres raisons (besoin d’une potiche ?) que celles inhérentes à ton supposé talent. On ne va quand même pas t’expliquer que la parité, c’est un truc qui s’applique à compétence égale, et uniquement à compétence égale.

Et enfin (le meilleur ayant été gardé pour la fin) :

– « Est-ce que les féministes ont de l’humour ? Oui ? Cela mérite une dépêche AFP ! »

Possible que les féministes n’aient pas plus d’humour que la moyenne, mais ne vaut-il pas mieux en avoir peu – et même ne pas en avoir du tout – qu’en avoir un vaseux ?

Victime du syndrome de la reine des abeilles ?

Second degré, excès de zèle ou ignorance ? Allez savoir… Je me garderais bien, moi-même, de tacler cette journaliste qui ne fait, après tout, que son métier (de « gratte-poils », pour laquelle on la paie, vraisemblablement).

Je lui ferais tout au plus remarquer que la liste des clichés méphitiques qu’elle énumère sur le féminisme n’est pas exhaustive. Elle oublie en effet celui sur le syndrome de la reine des abeilles – syndrome dont il se pourrait bien qu’elle souffre elle-même, sans le savoir.

Le « Queen Bee Syndrome » (dans sa version anglophone), donc, serait ainsi un syndrome psychique et/ou social, selon lequel une femme arrivée au pouvoir n’aide pas ses collègues et subalternes féminines et essaie même plutôt de les écraser.

Dans les années 1970, des chercheurs américains (Toby Epstein Jayaratne et Carol Travis) auraient en effet « découvert » que les femmes étaient loin d’être solidaires entre-elles, au travail en particulier. Leurs études auraient ainsi montré que « les femmes qui réussissaient dans des secteurs d’habitude dominés par les hommes, étaient obsédées par l’envie de conserver leur pouvoir et s’opposaient très souvent aux succès d’autres femmes ».

De même, une autre étude, réalisée en 2011 par le Workplace Bullying Institute, montre quant à elle que les « femmes qui tyrannisent les autres salariés au bureau dirigeraient directement leur haine contre leurs pairs 80 % du temps quand les hommes sont plus équitables et s’en prennent aussi bien aux messieurs qu’aux dames ».

Moi-même, lorsque j’ai débuté ma vie active, j’ai dû me frotter à de vilaines « Queen Bees ». Assez bien diplômée et pas trop repoussante, je me suis sentie comme un loup qui entre dans la bergerie. Mes collègues féminines me tournaient cruellement le dos à la machine à café, pendant que les collègues masculins, eux, s’empressaient de glisser un jeton dans la fente du distributeur à café pour me l’offrir.

Ainsi va la vie. Il arrive, de temps à autre, que les femmes se tirent dans les pattes entre-elles, donnant ainsi raison à l’adage voulant que la femme soit, finalement, son propre ennemi. C’est sans doute la leçon que les féministes semblent devoir tirer de cette affaire : ne jamais oublier que le diable s’habille aussi, parfois, en Prada.

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