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Culture du viol dans les médias : Quand le Point conseille aux femmes d' »accepter la brutalité de leur amant».

Le « Rape culture » (« culture du viol »), terme utilisé pour la première fois par les féministes dans les années 1970, semble décidément plus que jamais au goût du jour, tant le concept apparaît omniprésent dans nos médias.

Si par « culture du viol », on entend tout un appareil de pensée, de représentation, de pratiques et de discours qui excusent, banalisent, érotisent voire encouragent la violence sexuelle, alors c’est bien le magazine Le Point qui, sur son site, nous offre cette semaine, le plus beau cas d’école.

Traitement médiatique inapproprié de la violence sexuelle

Dans cette chronique pourrie et teintée d’humour graveleux, intitulée « Les conseils avisés de nos amies les bêtes de sexe(1) : pratiquer avec modération l’amour sado-maso », deux journalistes du Point (Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos) s’improvisent, pour l’occasion, experts en relations conjugales et se croient obligés de distiller leurs « bons » conseils, afin de booster notre libido.

Le tout, bien-sûr, vidéo à l’appui :

Cette vidéo, donc, montre un accouplement de tortues Hermann (Testudo Hermanni), au cours duquel le mâle s’efforce maladroitement de monter sur la femelle, après l’avoir au préalable immobilisée, au moyen de légers mordillements et autres petits coups sur sa carapace.

Accumulation de préjugés sexistes

Il n’en fallait pas plus à ces 2 journalistes, pour nous proposer sur un ton rigolard, une grotesque mise en abyme du comportement sexuel humain, à travers celui de l’espèce animale. Et de nous expliquer, via une consternante énumération de clichés et préjugés sexistes relatifs à la culture du viol, comment la tortue Hermann prend son pied en morflant.

Chacun l’aura compris, le débat ne se situe pas dans l’opportunité même d’un tel parallélisme, mais bien dans la façon dont celui ci est traité, en opérant insidieusement un report de la culpabilité du viol sur la victime.

L’article s’appuie, en effet, sur 6 points clés de la culture du viol :

* La banalisation

« La tortue de Hermann mâle cogne sa partenaire. C’est du reste, un comportement fréquent dans le monde animal. »

Et voici comment, en guise d’entrée en matière, les journalistes nous présentent donc la violence sexuelle comme une norme.

* La justification

« La violence conjugale est une façon commode pour le mâle de montrer sa virilité aux femelles de rencontre »

« Que demande une femelle, au fond ? Que le père de ses enfants soit un gagnant, un mec à la redresse suffisamment fort pour survivre et donc susceptible de leur transmettre les meilleurs gènes. »

«  Chez beaucoup d’espèces, le mâle apporte la preuve de sa combativité en affrontant d’autres mâles. Chez la tortue d’Hermann, les populations sont trop faibles pour que plusieurs concurrents se retrouvent autour d’une femelle. Du coup, la seule façon de prouver sa force (…) c’est de battre sa partenaire. »

En clair, le mâle cogne, mais il a une bonne excuse qui tient en ce que la Nature l’oblige à affirmer sa virilité. Autrement dit, l’agresseur, soumis à des « pulsions naturelles », à des « instincts incontrôlables », n’est pas en mesure de prendre en compte le refus de sa victime. C’est donc à cette dernière de prendre en charge la faiblesse de l’agresseur, en adoptant une tenue et un comportement adéquat ( =non provocant).

* La mise en doute du refus de la victime

« Est-ce un viol ? […] la femelle pourrait tout simplement l’éviter en avançant »

« Et soyez sûr que si la femelle n’aimait pas être cognée, elle saurait s’enfermer dans son coffre-fort de carapace. »

Qui ne se défend pas, consent. Mieux, tant que la victime n’a pas un pistolet sur la tempe, elle peut se débattre, sinon c’est, qu’au fond, elle le voulait bien. On retrouve dans ces propos, cette notion de « viol gris », décrite par le magazine Cosmopolitan comme une relation sexuelle qui se situerait « quelque part entre le consentement et le refus », et où « les deux personnes ne sont pas sures de qui voulait quoi »

* L’érotisation de la violence sexuelle

« Chéri, chéri, fais-moi mal! »

« Plus il la brutalise, plus elle aime »

« Elle en redemande, la vicieuse »

Ici, les journalistes jouent sans complexe avec le concept du « No means yes », (un non qui signifie oui) que l’on retrouve également dans le langage BDSM, ou encore dans le fameux mythe du fantasme féminin du viol, (par lequel le fait d’être violentée ou forcée ou violentée constituerait un facteur d’excitation chez la femme).

* Le transfert de la responsabilité du viol

Ce transfert a lieu lorsque l’on insinue, en multipliant les reproches faits à la victime, que celle-ci l’ « avait bien cherché » (« Que faisait-elle toute seule, à telle heure, à tel endroit? « Elle avait trop bu », « portait une tenue aguichante ») ; ou encore lorsque les médias se focalisent sur la personnalité de la victime (« Elle était réputée avoir des mœurs légères » (cf la récente affaire du viol aux 36, Quai des Orfèvres à Paris)

Dans l’article du Point, notre pauvre tortue, quant à elle, « multiplie durant toute la saison les rapports sado-maso » et « en redemande, la vicieuse ».

Parfois, ces critiques – proférées non pas à l’encontre du violeur, mais à celle de la victime – tournent même au « slut shaming »(« humilation de salopes »), ce phénomène odieux qui consiste à blâmer publiquement (via les réseaux sociaux, par exemple) une femme pour ses rapports sexuels, même non consentis. Comme cela est arrivé à cette jeune femme, qui, après avoir été violée, a été ridiculisée sur internet.

Le viol n’est alors plus abordé comme une violence à l’égard des femmes, mais comme une atteinte aux bonnes moeurs et à l’honneur de l’homme.

* l’incitation, encouragement au viol

Inciter au viol, c’est par exemple, conseiller à un homme d’« insister un peu » si sa partenaire ne veut pas, comme l’avait fait allégrement ce pédiatre, lors d’un entretien dans Elle. C’est aussi lorsque la violence sexuelle est directement prescrite, même sur le ton de la blague, à l’instar de cet article du Point qui s’emploie à promouvoir des pratiques sexuelles brutales envers les femmes, sans se soucier d’une éventuelle absence de consentement.

Si ce genre d’écart journalistique est évidement indigne d’un journal comme Le point, il n’en demeure pas moins, hélas, récurrent. Dans la même veine sexiste, on se souvient entre autre de ce tweet nauséabond, à l’occasion de la mort de l’actrice Jayne Mansfield :

Accompagné de cette prose ignoble, de même acabit, et signée de ce même tandem Lewino/Dos Santos, épinglée dans le site Tout à l’ego :

« La voiture de Jayne Mansfield, 163 de QI et 115 de tour de poitrine – et pas l’inverse, malheureusement -, s’encastre dans un camion »

« L’autopsie précise que la mort est due à « l’écrasement du crâne avec extirpation du cerveau ». Au moins cette blonde en avait-elle un ! »

« Pour compléter ses talents, elle est également exhibitionniste et nymphomane. 

Bref, la femme parfaite. »

Et combien d’autres inélégances de la part de journalistes masculins du Point, à l’égard de leurs consoeurs (L’une d’entre-elles dénoncée ici, sur le site ArrêtsurImages,net )

 

Peut-on vraiment rire de tout ?

Comme le souligne Lindy West de Jezebel, les blagues sur la violence sexuelle restent généralement assez malsaines, dans la mesure où elles « ont pour effet d’affirmer le pouvoir de l’homme sur la femme (,,,) et ne font que perpétuer une dynamique qui rend l’agression sexuelle normale et acceptable ».

Car, en réalité, ces blagues sont rarement anodines et n’ont pas le caractère spontané et franchouillard qu’on voudrait bien leur prêter. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai voulu linker cet article du Point dans ce billet ! Le titre attaché au lien n’est pas celui de l’article mais :

http://mobile.lepoint.fr/sciences-nature/les-conseils-avises-de-nos-amis-les-betes-de-sexe-1-accepter-une-petite-dose-de-brutalite-de-la-part-de-son-amant-21-07-2014-1847708_1924.php

 Tout est dit…

Y aurait-il lieu de penser que le titre initial de l’article – et l’on comprend fort bien pourquoi – aurait été légèrement retoqué après « modération » de la rédaction ?

Vraiment, on ne saurait que trop conseiller à certains journalistes du Point, de cesser de vouloir faire du clic à tout prix, en prodiguant leurs conseils sexistes en matière de libido et de retourner, bien vite, à des sujets qu’ils maîtrisent mieux. 

Manifestement, il reste du boulot pour combattre et déconstruire tous les stéréotypes sexistes qui alimentent la culture du viol. Mais malheureusement, force est de constater que les médias représentent, aujourd’hui encore, un vecteur privilégié de la transmission de cette culture.

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Anti Rape Wear : des culottes qui entretiennent la culture du viol.

[Cet article a été publié sur Le Plus Nouvel Obs, le 07/11/13 : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/967135-culottes-anti-viol-l-art-d-entretenir-la-culture-du-viol-et-culpabiliser-les-femmes.html]

« Une protection portable quand les choses tournent mal ». C’est le slogan de lancement de l’Anti-Rape Wear, nouvelle marque de sous-vêtements anti-viol, lancée par deux entrepeneures new-yorkaises. Avec cette culotte « révolutionnaire », dont les élastiques se resserrent lorsqu’elle est enfilée, ces jeunes créatrices entendent ainsi offrir aux femmes une meilleure protection contre certaines tentatives de viol.

Conçues spécialement pour résister à l’arrachage et au découpage, ces culottes seraient en effet équipée d’un micro-cadenas avec un code à 4 chiffres et pas moins de 132 combinaisons de verrouillage différente !

Pour l’instant à l’état de simple projet, ces sous-vêtements d’un nouveau genre pourraient rapidement être commercialisés : les créatrices ont eu eu la bonne idée de faire appel à la générosité des internautes via la plate-forme de crowdfunding IndieGoGo et ont déjà réussi à lever plus de 39.000 dollars, sur les 50.000 escomptés.

Bien, bien, bien…

Non mais les filles… Vous êtes sérieuses-là ? Vous pensiez vraiment pouvoir nous refourguer vos ceintures de chasteté, dignes d’une autre époque ? La fièvre du business aurait-elle gravement endommagé votre capital-lucidité ?

Je n’ai pas envie de penser « viol » au saut du lit

Passons à la rigueur sur l’aspect esthétique, hein. Quelle genre de femme suffisamment superficielle ferais-je, en réduisant affaire aussi grave à simple souci de coquetterie ? Parlons donc plutôt confort… Si toutefois cela est encore permis. Et pardon à l’avance pour ces vilaines petites pinailleries, mais j’ai besoin d’être rassurée sur plusieurs points de détails.

Ne se sent-on pas trop saucissonnée, entre les fameux élastiques indestructibles qui enlacent notre abdomen et nos cuisses ? Est-ce que le tissu indéchirable, indécoupable (ignifuge et tout ce que vous voudrez) offre les mêmes qualités respirantes que le coton ?

Parce que, comprenez, si je suis obligée de troquer ma tranquillité d’esprit pour une « paranoïa préventive », si je dois apprendre (et apprendre à ma fille) dès le matin en m’habillant, à penser « viol » en même temps que « douche » et « café », cette culotte se doit a minima d’être confortable et se faire oublier le reste de la journée.

Que fais-je si – après avoir pourtant bien calculé dès mon réveil la probabilité de me faire violer – une envie pressante me saisit de façon inopinée dans la journée ?

Moi, pauvre petite cervelle, qui ne retiens déjà pas mon numéro de sécurité sociale, ni le code PIN de mon téléphone, ni même celui de ma carte bancaire, comment vais-je m’en sortir avec celui de ma culotte !? N’aurais-je pas intérêt à me le faire tatouer discrètement derrière l’oreille, entre deux orteils, ou bien tout autre endroit où le violeur ne pourra pas le lire ?

Une minimisation et une hiérarchisation malsaine de la gravité du viol

Trêve de cynisme. On marche sur la tête tant cette campagne de financement est consternante. Elle contribue, en effet, à entretenir ce qu’on appelle aujourd’hui la culture du viol. Les pires clichés sur le viol y sont concentrés pour en alimenter les deux composantes principales : la minimisation de la gravité du viol et la culpabilisation des femmes.

« Au cas où ça tournerait mal ». La tournure utilisée par la marque est révélatrice. Faut-il le rappeler, un viol n’est pas un accident. Dans les colonnes du Huffington Post britannique d’ailleurs, l’écrivain féministe Louise Pennington prend clairement position contre cette culotte, indiquant que le viol « n’est pas quelque chose qui tourne mal. C’est un crime, avec un agresseur réel qui choisit de violer ». Elle estime, en outre, que cette pseudo invention est « juste une autre façon de blâmer les femmes victimes de viols, plutôt que de s’attaquer à l’épidémie de violence masculine ».

De la même façon, prétendre pouvoir « protéger les femmes contre les conséquences néfastes d’un viol », cela revient à circonscrire ces effets néfastes à la seule pénétration. Or – loin s’en faut – éradiquer le viol, ce n’est pas simplement empêcher l’entrée au vagin. Tout porte ici à croire que la pénétration est considérée comme l’échelon suprême dans l’échelle de gravité ou d’horreur de l’agression subie.

Cette « sacralisation » presque religieuse du vagin, érigé en indicateur de gravité du viol, a un côté choquant. Comme si finalement, l’honneur et la pureté de la femme étaient saufs, dès lors que le coït n’a pas eu lieu. En matière d’agressions sexuelles, il ne peut pourtant pas être établi de hiérarchie des préjudices physiques et psychologiques endurés par la victime.

À l’évidence, une femme se sentira tout aussi meurtrie, atteinte dans sa dignité, d’avoir été insultée, traînée par les cheveux, jetée à terre, touchée et violentée, que si elle avait été prise de force. Il appartient à elle seule d’apprécier la gravité du traumatisme subi. Personne n’est légitimé à lui dicter ce qu’elle doit considérer comme le plus dégradant pour elle-même.

La femme, cet éternel coupable

La marque AR-Wear ne nous épargne pas, non plus, l’écueil du procès d’intention. Les créatrices expliquent ainsi que le sous-vêtement peut être porté lorsque les femmes se placent dans certaines « situations à risques ». Entendez par là « un premier rendez-vous, une soirée en boite de nuit, un jogging en forêt, ou un voyage dans des pays qui ne leur sont pas familiers ». Ces explications véhiculent également un autre cliché sur le viol : la majorité des femmes violées, le sont par une personne de leur entourage et non un inconnu.

En être réduit à inventer ce genre de solutions pour lutter contre le viol, c’est aussi une manière de transférer la responsabilité du viol, de l’homme vers la femme. En considérant que la charge d’éradiquer les viols repose uniquement sur elle. En tout cas, c’est bien le sentiment que l’on a en découvrant cette énième gadget anti-viol. Même quand les créatrices de l’AR-Wear rappellent mollement que la culotte anti-viol « n’a pas vocation à résoudre le problème du viol et que le travail visant à changer la société sur la culture du viol doit continuer ».

Enfin, il y a toujours cette suspicion latente vis à vis de la victime. La femme a été violée par ce qu’elle ne s’est pas assez défendue. Les créatrices de l’AR-Wear partent du principe hasardeux et fantaisiste selon lequel « plus la femme se défend, moins le viol a de chance de se produire ». Et bientôt le non-port de leur culotte anti-viol équivaudra à un consentement…

Des inventions liberticides

Après le « collant à poils » chinois (destiné à écœurer et repousser le violeur potentiel), le soutien-gorge taser (qui envoie des décharges électriques et des textos à la police), le Rape-aXe (préservatif anti-viol équipé de dents), il ne manquait donc plus aux femmes que… leur culotte à cadenas. Grand bien leur fasse !

Reste que, si tous ces gadgets insolites peuvent éventuellement faire sourire (et ce serait bien là leur seul mérite), la décence voudrait qu’ils nous soient au moins présentés dans les médias pour ce qu’ils sont réellement : des inventions liberticides et non des « outils » de libération.

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« Violez-la ! » : l’étrange « humour » du pédiatre Aldo Naouri et la complaisance de « Elle »

(Article paru le 15/04/13, sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/820245-violez-la-l-etrange-humour-du-pediatre-aldo-naouri-et-la-complaisance-de-elle.html)

Le 29 mars 2013, le site internet du magazine « Elle » a publié un entretien avec Aldo Naouri, dans le cadre de la promotion de son dernier livre « Prendre la vie à pleines mains ». Le pédiatre et écrivain y a tenu des propos ambigus et malheureux, pouvant être interprétés comme une véritable apologie du viol, en particulier du viol conjugal.

Ces propos consternants et d’un autre âge ont provoqué l’indignation générale dans la blogosphère et sur les réseaux sociaux. Beaucoup de féministes, mais aussi de nombreux internautes de tous sexes, de tous âges et de toutes CSP se sont ainsi mobilisés, comme en témoigne, par exemple, cette pétition en ligne, qui demande le retrait de ces propos ainsi que des excuses conjointes du pédiatre et du magazine féminin.

Voici un extrait de cette interview controversée :

« ELLE. Dans votre livre, vous évoquez ces mères entièrement dévouées et qui ne font plus l’amour après la naissance de leur bébé. Vous parlez d’une consultation où vous dites à un père devant sa femme : ‘Violez-la !’ C’est choquant : le viol, y compris conjugal, est un crime condamné par le Code pénal.

Aldo Naouri. C’est évidemment une provocation ! J’étais devant un homme qui me disait : ‘J’en crève d’envie mais j’attends qu’elle veuille.’ Sa femme le regardait sans rien dire. J’ai dit en exagérant : ‘Violez-la !’ C’était excessif mais c’était une manière de dire : ‘Allez-y, foncez, ça viendra bien !’ D’ailleurs, à ces mots, le visage de la femme s’est illuminé ! »

Un pédiatre sacrément perspicace…

Ah, d’accord. « Violez-là », c’était de l’humour en fait. Heureusement qu’Aldo Naouri l’explique à « Elle », parce que là (hihi), vraiment, on a failli mal le prendre. D’autant que nous, les femmes – enfin, surtout les post-accouchées –, de l’humour, on n’en a pas des masses.

Faudrait peut-être même voir, les filles, à ne pas trop tirer une gueule de 10 mètres de long après l’arrivée de bébé, hein ? Parce que faut pas charrier : masque, fatigue, pâleur, cernes, tout ça, c’est inesthétique, pas très engageant et, au final, pas très bon pour la « bonne marche » de votre relation conjugale.

Allons, allons, les filles, rions de bon cœur avec les journalistes de « Elle » d’avoir été ainsi démasquées par un pédiatre perspicace qui connaît si bien les femmes.

Eh oui ! On est bien obligées d’avouer maintenant : en fait, si on tarde ainsi à renouer avec une vie sexuelle débridée, juste après une grossesse épuisante et un accouchement éprouvant, c’est qu’on le fait exprès. Un des meilleurs moyens que l’on ait trouvé, petites coquines, pour nous venger de nos compagnons – qui, eux, n’ont partagé l’expérience que de loin – est de les obliger sadiquement à mettre le braquemart sur pause.

Non, parce que, honnêtement, il nous a bien vu venir le monsieur : décliner une offre de chevauchée fantastique en invoquant des prétextes bidons, ça pue quand même la mauvaise foi à plein nez, non ?

Une cicatrice d’épisiotomie ou de césarienne vous fait souffrir ? Une petite baisse de forme physique, liée à des hémorragies ou un retour de couche qui vous a laissée exsangue ? Une légère inflexion de la libido due à la chute d’hormones ? Qu’à cela ne tienne, arrêtez vos simagrées : rien de tel qu’une bonne levrette pour vous remettre d’équerre.

Les toujours très bons tuyaux de « Elle »

Vous vous sentez un peu chamboulée avec votre nouveau corps, vous vous trouvez laide avec votre ventre tout vide qui pendouille ? Vous ne vous sentez pas « sexe » avec vos seins douloureux qui pissent le lait non-stop et auréolent vos tuniques XXL ? Rassurez-vous, monsieur fera preuve de mansuétude à votre égard et fermera les yeux sur tous ces petits détails qui vous chagrinent.

Car monsieur, à vrai dire, s’en contrecarre. Comprenez, chères lectrices de « Elle », après toutes ces longues semaines de jachère forcée, il « en crève d’envie », lui, de vous débroussailler le jardin. Et vous verrez, une fois défrichée, votre visage terne s' »illuminera » comme rose au petit matin.

Et si vraiment, après tous ces bons conseils glanés dans votre magazine féminin, et malgré toute votre bonne volonté, vous ne sentez toujours pas le « pilonnage » salvateur, en bonne et due forme, préconisé par monsieur Naouri, il vous reste toujours une dernière carte à abattre : celle que votre même magazine vous avait judicieusement dévoilée, dans un dossier pédagogique et édifiant intitulé « La fellation, ciment du couple ». Voyez ?

Dans tous les cas, vous l’aurez compris, le message est clair : il y a urgence à pratiquer le sexe (et obligation), sitôt après votre accouchement, quitte, pour cela, à ce qu’on vous force un peu, voire beaucoup. Ce qui, en l’occurrence, ne devrait pas poser problème puisque le viol – paraît-il – figure parmi les fantasmes féminins les plus fréquents (après le coup du lieu insolite et du parfait inconnu…).

Le viol conjugal banalisé

Il y va de la pérennité de votre couple d’une part, mais aussi de la santé psychologique de votre enfant, que vous pourriez être tentée d' »étouffer » si vous ne contentez pas suffisamment votre appétit sexuel.

Peu importe, d’ailleurs, la « qualification » officielle de votre partenaire :

« L’important est que la femme soit distraite (sexuellement) de son enfant, qu’elle recouvre quelque chose de sa féminité. Il m’est arrivé de dire à une femme seule de prendre un amant », affirme le pédiatre.

Les plus fute-fute d’entre nous approchant dangereusement la quarantaine et n’ayant toujours pas eu d’expérience lesbienne pourront même faire coup double… et préférer une amante (cf. les récents conseils de « Elle » pour ne pas rater sa vie sexuelle).

Alors, sous couvert de « second degré », peut-on rire de tout ? Je ne crois pas. Les propos malheureux tenus par Aldo Naouri sont choquants dans la mesure où ils contribuent à banaliser le viol, et en particulier le viol conjugal.

Mais le plus choquant, dans cette affaire, n’est pas tant la teneur des propos tenus par l’interviewé, mais l’étonnante complaisance de l’intervieweur, qui – se contentant tout juste de rappeler mollement que le viol, y compris conjugal, est un crime condamné par le Code pénal – s’en fait le bien triste relais.

Certes, relayer une information n’est pas forcément la cautionner. Mais en tant que magazine culturel et d’information, « Elle » avait un devoir de réserve vis-à-vis de propos qu’elle a cependant choisi de retranscrire, purement et simplement, sans filtre ni bémol. Un travail auquel est pourtant supposée s’astreindre toute rédaction… et qu’on appelle aussi le choix éditorial.

Un choix éditorial pour le moins scabreux et malvenu (ou peut-être tout simplement inexistant) de la part de « Elle », un grand titre de presse féminine qui se prétend pourtant féministe.

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Une jupe… courte que coûte!

[Article paru le 11/04/13 sur mon blog « Bas geek instinct – Les Inrocks » : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/04/11/une-jupe-courte-que-coute/]

« Rétines et pupilles, les garçons ont les yeux qui brillent »… Dès l’arrivée des beaux jours , on les voit réapparaître comme les primevères dans les fossés. Tandis qu’Alain Souchon, ne rêve plus que d’aller voir dessous, Jacques Dutronc quant à lui, avoue en chanson les préférer « mini, mini, mini… ».

Symbole de la féminité, la jupe est aujourd’hui le bout de tissu le plus controversé de la planète, et s’inscrit dans un débat plus général : celui sur les rapports hommes-femmes.

La jupe sous toutes ses coutures

De l’arabe joubba pour long vêtement de laine, force est de constater que l’origine éthymologique de la jupe ne fait pas rêver, et qu’à l’époque visiblement, cette dernière avait été pensée fonctionnelle, mais pas vraiment glamour.

Aujourd’hui, tout a changé. Suivant la mode et les tendances, la jupe s’est plus ou moins « érotisée ». L’habit fonctionnel a fait place à un vêtement d’apparat, voué à sublimer (tant qu’à faire) les courbes féminines. Ainsi, rien que dans notre culture occidentale, il est possible de répertorier, façon « Jupasutra », de nombreux types et variantes de jupes : de la jupe « droite » (ou jupe « tailleur ») à la jupe « parapluie » (ou jupe « soleil »), en passant par la jupe « culotte », sans oublier la jupe « plissée », ou bien encore la jupe « portefeuille »…

La jupe dans tous ses Etats

Hélas, sans parler des tristes contrées, où le simple fait pour une femme, de dévoiler un centimètre carré de peau, la place en danger de mort, il existe de nombreux Etats où  le port de la jupe (à fortiori courte) est remis en cause, quand il n’est pas purement et simplement interdit.

En début d’année par exemple, les gouvernements indonésien et sri-lankais ont annoncé  leur intention d’interdire la mini-jupe, respectivement au Parlement et dans les lieux publics.

Plus éloquent encore : en Irak, c’est la ministre d’Etat pour la Femme elle-même qui a décrété l’interdiction du port de la mini-jupe au gouvernement, précisant au passage  qu’elle n’était pas favorable à l’égalité des sexes (!)

Mais dans nos cultures occidentales aussi, la jupe dérange. Après avoir tout d’abord  imposé une longueur minimum à respecter, des centaines d’établissements scolaires Britanniques ont banni les jupes des uniformes féminins.  Et pour ce qui est de la France, on ne compte même plus les incidents et faits divers liés au port de la jupe. On se souvient notamment du 8 mars dernier, où une trentaine d’adolescentes scolarisées au collège Roger-Vailland de Poncin dans l’Ain, qui s’étaient mises en jupe à l’occasion de la  Journée Internationale de la Femme, avaient été sommées de changer de tenue par le directeur du collège, « en raison des agressions verbales dont certaines avaient été victimes ».

Mini jupe, maxi provoc’ ?

« Jupe de femme est lange du diable ». Comme l’indique ce proverbe roumain,  le phénomène de sexualisation-diabolisation de la jupe ne date pas d’hier.

Haut lieu de tous les fantasmes, mais aussi… de toutes les erreurs d’appréciation, la jupe pour certains hommes,  véhicule un message lubrique clair. Et plus la jupe est raccourcie plus le raisonnement est raccourci lui aussi : femme en jupe = disponible sexuellement.  Une « logique » que l’on qualifiera d’onirique, et qui relègue la femme au rang de morceau de viande.

Le procès d’intention

Or, lorsque le mécanisme de « sexualisation » de la jupe est en marche, le procès d’intention  n’est souvent pas loin. Le processus de culpabilisation non plus. Nombreuses sont  celles qui renoncent à la jupe, au profit du plus consensuel pantalon, juste par crainte de « provoquer » ou pire, de se voir reprocher l’agression dont elles pourraient être victimes. Le renversement de la responsabilité (ce n’est pas à l’homme de se maîtriser, de respecter, mais à la femme de ne pas provoquer, ni susciter de pulsions) s’invitant malheureusement  trop souvent dans l’esprit collectif.

Dans ces conditions, porter une jupe relève presque de l’acte de bravoure, voire de l’acte militant.

Un signe extérieur de maturité ?

Sans pour autant tomber dans l’éceuil de l »hypersexualisation », le caractère sensuel de la jupe est en revanche communément admis. Et bien que cette dernière n’ait pas le monopole de la féminité, nombreuses sont les femmes qui se sentent plus sexy en jupe. Dans cet esprit, porter la jupe leur permet d’exprimer librement leur féminité, d’assumer leur  propre  désir et celui des hommes, en acceptant publiquement le fait d’être potentiellement désirable.

La jupe revolver

La femme n’est pas un être fondamentalement masochiste. Si la jupe n’avait aucune vertu, elle n’en porterait pas.

Il arrive parfois, que ce qui est perçu au départ comme un handicap, devienne un atout, sinon une arme. La jupe peut être source d’avantages providentiels, dont on peut user et abuser à souhait.

Ainsi, l’homme  le plus frustre du monde, pourra grâce à l’effet « jupe », se transformer  en un être excessivement dévoué et attentif. De la même façon qu’un employeur potentiel, lors d’un entretien d’embauche, sera plus apte à apprécier vos qualités et compétences pour  le  poste convoité, si vous vous présentez à lui en jupe.

L’arroseur arrosé

Pour celles qui ne seraient pas encore définitivement convaincues par les avantages de la jupe, une douce consolation peut encore être trouvée dans le fait que les hommes aussi souffrent, quand l’idée les pique de mettre la jupe.

Contrairement à certains pays comme l’Indonésie et l’Ecosse, où sarong et kilt font partie intégrante de la garde-robe masculine, dans nos sociétés occidentales, le port de la jupe par les hommes est aujourd’hui encore source de préjugés et synonyme d’ homosexualité latente, de travestisme, de penchants fétichistes ou de perversité.

De fait, on ne peut que s’incliner devant la réactivité des délégations masculines concernées, qui ont su organiser leur résistance de façon très précoce : l’association « HeJ » (Homme en Jupe) a vu le jour dès juin 2007, c’est à dire bien avant notre « Journée de la Jupe », dont la 1ère édition n’a eu lieu que le 25 novembre 2010.

On ne saurait donc que trop encourager les femmes à prendre exemple sur ces hommes qui militent eux aussi courageusement pour le port de la jupe.  Certains couturiers, par exemple, qui se battent pour un retour en force de la jupe dans la garde-robe masculine, en la réintégrant progressivement dans leurs collections masculines (Jean-Paul Gaultier, Vivienne Westwood, Agnès b., etc…). Applaudissons également chaleureusement David Beckam, qui, en fashion-victim mutin et désinvolte, ose défier les paparazzi en sarong. Mais réservons toutefois la palme au chorégraphe Kamel Ouali, dont les danseurs un brin téméraires, excellent en sauts de biches et pas chassés, sous leurs jupes à frou-frous.

Alain Souchon avait donc vu juste. Sous la jupe se cache un véritable « jeu de dupe ».

Reflet d’une attitude subversive saine, face au poids des regards et du politiquement correct, le port de la jupe n’est donc pas qu’une affaire de choix vestimentaire. C’est parfois aussi une façon de dépasser les préjugés, en tâquinant les (dress)codes  préétablis, et en tâclant au passage le  puritarisme hypocrite ambiant.

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