Lol, Témoignages, Uncategorized

« Presque Dieu » et …désir d’enfant.

[Article publié le 27/09/13, sur Bas geek instinct, Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/09/27/presque-dieu-et-desir-denfant/]

Çà y est, je crois que je l’ai rencontré. Pas Dieu, non… Presque. LE bipède de sexe masculin aux qualités incommensurables (que je tairai moins par souci de protéger son anonymat que celui de le protéger des assauts de la concurrence féminine).

Quand je me suis trouvée devant lui pour la première fois, ça a été comme une décharge électrique qui me traversait de part et d’autre. Et depuis, à son contact, c’est comme si j’avais en permanence les deux doigts dans la prise : peau électrisée, fibrillation ovarienne, libido en surchauffe et cerveau disjoncté. Oui. Rien que ça. De plus – bonus providentiel – PresqueDieu cuisine comme un chef étoilé et a su donner un second souffle à mon vieux four électrique.

Et – magie – passés 6 mois de cette épreuve du feu, ça ne sent toujours pas le cramé entre nous. Pire, un soir, après un dîner bien arrosé, nous avons même évoqué en riant, l’éventualité de respirer un jour, ensemble, une odeur toute autre. Celle du lait 1er âge, du Mustela et du biscuit à la cuillère mouillé. Vous avez bien compris, je ne vais pas vous faire un dessin.

Puis, il en a reparlé une autre fois. C’était un matin, comme çà, sur l’oreiller. Cette même odeur fût, à nouveau, le fil conducteur d’une discussion branchée sur du 220 volts émotionnel. Les plumes de l’oreiller avaient presque fondu.

Effectivement, si l’on fait abstraction du fait que :

– j’ai déjà un gamin de mon côté

– PresqueDieu en a déjà un aussi du sien.

– je rechigne un peu à m’infliger une hygiène de vie monastique (haro fortement conseillé par le corps médical sur les clopes, alcool et autres substances toxiques)

– j’émets quelques réserves sur le fait d’être condamnée à dormir debout le jour et assise la nuit (rapport aux brûlures d’estomac)

– j’ai quelques freins à l’idée de livrer mes états d’âme à la merci des fluctuations d’hormones capricieuses et volatiles, ainsi qu’à la perspective de voir mon  humeur épouser la courbe sinusoïdale d’un courant alternatif.

– je me refuse catégoriquement à porter djellaba de fakir et autres toges de vieux sages grecs, qu’on ose nous vendre comme vêtements pour femmes enceintes

– je m’oppose fermement à devenir la réplique féminine de Iz (kilos en plus, mobilité  réduite et ralentie en prime)

– j’ai enfin quelques réticences à bousiller tous mes plans de carrière (je viens juste de refaire surface socialement)

C’est sûr, si on fait abstraction de tout çà, l’idée de « fusionner » avec PresqueDieu me paraît presque bonne :

– je retrouverai la peau de pêche et le teint frais et rosé de mon enfance (ce qui est un minimum, au vu des lourds sacrifices consentis évoqués plus haut) et -indispensable- de beaux ongles [Sauf que dans la vraie vie, de beaux ongles ne servent strictement à rien, à part peut-être à gratter le bandeau poudré gris des Bancos et éventuellement essayer de décoller (sans jamais y parvenir complètement) cette fichue étiquette-prix orange de l’emballage du CD qu’on veut offrir].

– j’aurai également une poitrine de rêve* (*bémol tout de même : une poitrine de rêve CONSIGNEE, puisqu’il faudra rendre les gros seins à la fin du contrat).

– de surcroît (et ce, en dépit d’une opulence mammaire provisoire, donc), il faut reconnaître que la grossesse reste, malgré-tout, une parenthèse dans la vie d’une femme, propice à l’amitié. C’est un fait, enceinte, on se fait beaucoup plus de copines. Tout simplement parce que, vous voyant ainsi « neutralisée » sur le plan du potentiel érotique, les autres femmes vous regardent d’un air complice et attendri, et non plus comme une rivale à abattre (essayez vous verrez).

L’angoisse, c’est que je me demande si PresqueDieu saura se comporter en héros et se montrer capable de gérer l’«Autre ». C’est à dire la personne légèrement chamboulée et un poil casse-c……. que je deviendrai inexorablement sous l’effet des oestrogènes. Tantôt exaltée, tantôt désespérée, submergée d’envies contradictoires, impossibles à satisfaire :

« j’ai la nausée mais je pense que j’ai faim quand-même »,

« j’ai chaud ou j’ai froid, j’en sais rien en fait »,

« chéri, fais-moi l’amour, mais pas trop », etc…etc…

A vrai dire, je m’inquiète aussi de ne pas savoir comment réagira  PresqueDieu lorsque je l’enverrai, en pleine nuit, me chercher un verre de jus de goyave du Nigeria (à boire absolument avec une paille) ou une tasse de lait de chèvre de Patagonie, aromatisé aux véritables gousses de vanille de Madagascar ?

Bref, me voilà donc les deux doigts dans la prise, en train rêver à ce petit être qui serait mon point faible et mon point fort à la fois, mon doux point de dérivation. Une sorte de « raccord » de fil, de soudure indestructible entre PresqueDieu et moi. Oui, c’est vrai ça au fond, il faut se détendre un peu : avoir un enfant avec un bipède de sexe masculin, ce n’est jamais rien d’autre qu’une histoire d’accepter ou non, le risque de grimper de quelques ampères avec lui, ce, sans installer aucun fusible.

Finalement, un auto-blogging-debriefing, c’est toujours utile… On n’est jamais à l’abri d’une envie soudaine de lait de chèvre de Patagonie aromatisé aux véritables gousses de vanille de Madagascar… d’autant que … oups ! : sonate n°17 en ré majeur de Franz Schubert [la sonnerie de mon portable]

Ah… Ce doit être PresqueDieu…

Je vous laisse… On s’tient au jus.

Publicités
Par défaut
Lol

Dimanche : Tous à la piscine !

[Article paru le 12/05/12, sur mon blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/05/12/dimanche-tous-a-la-piscine/]

Eduquer, nourrir, soigner, consoler ses enfants ne suffit pas toujours à faire de vous un bon parent. Il faut en plus parfois accomplir des choses que l’on a pas naturellement envie de faire, voire que l’on exècre par dessus tout, juste pour faire plaisir à sa progéniture: on appelle cela le masochisme (bon?) parental. Parmi les sacrifices consentis communément observés: la virée piscine dominicale.

C’est dimanche, il pleut. Les enfants s’ennuient atrocement. Très vite gagnée par la culpabilité et, saisie d’une irrépressible crise de masochisme bonparental, je finis par lâcher: « Bon les enfants, vu le temps qu’il fait dehors, je vous emmène à la piscine! » Annonce pour le moins auto-flagellatoire, certes, mais accueillie dans un enthousiasme fébrile touchant.

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les sacs sont prêts, chargés dans la voiture, et le convoi en route. A l’entrée de la piscine, en apercevant cette queue immense, je réalise que c’est bien lors des dimanches pluvieux, que le masochisme parental sévit le plus durement, au point de tourner à l’épizootie.

« Bonjour, 3 tickets enfants et 1 ticket maso… euh… adulte, s’il vous plaît. »

« Les enfants dites bonjour à la Dame… euh… au Monsieur. »

Mais enfin ! A-t’on idée, aussi, de placer à l’accueil un être dont on ne peut déduire le genre, ni par la silhouette [asexuée], ni par la voix [inqualifiable], ni par la coupe de cheveux [improbable].

Après avoir manqué de perdre un de mes gosses, coincé à vie avec son sac entre les barrières de sécurité défaillantes, passé avec succès l’épreuve du pédiluve dégoûtant et glacé, je me félicite d’avoir réussi à faire tenir les sacs de quatre personnes dans un seul minuscule casier (oui, j’ai oublié de demander à la Madame-Monsieur de l’accueil de me faire l’appoint en pièce de 1 euro…). Tour de clef jouissif et…

« Mamaaaaan! »

« Oui poussin? »

« J’ai oublié mes lunettes de plongée dans mon saaaac… » > fin du monde.

La mort dans l’âme, déchirée, j’ai laissé mon smartphone dans le casier. En revanche, j’ai pris avec moi ce livre qu’on m’avait offert à Noël, et que je n’ai toujours pas ouvert : Petit traité de vie intérieure, de F. Lenoir. Personnellement, j’aurais plutôt choisi Grand traité de vie intérieure, car pour tenir assise 3 heures sur une chaise de jardin au bord d’un bac a microbes, il va en falloir une sacrée, dose de vie intérieure…

Du plus loin qu’il me souvienne,  j’ai toujours detesté les gens qui fréquentaient les piscines.

Il y a tout d’abord ces « morchous » effrontés qui te fixent et t’éclaboussent sciemment. C’est qu’ils visent bien en plus, ces apprentis tortionnaires: ils t’envoient au premier essai LA goutte qui attérrit pile-poil dans le conduit de l’oreille, ou encore dans l’oeil (que t’as pas eu le réflexe de fermer) et qui menace de faire tomber ta lentille de contact au fond du grand bassin.

Puis il y a ces vieux auto-centrés qui vont à la piscine parce que la Sécu ne prend en charge que deux cures thermales par an. Considérant que ce lieu public de baignade leur appartient exclusivement, ils nagent, ou plutôt stagnent sur le dos, à contre-sens, sans visibilité aucune, attendant du reste du monde qu’il les évite et les laisse passer.

La piscine est aussi l’univers de prédilection des jeunes couples d’ados timides qui recherchent une certaine contenance pour leurs premières rencontres. Au delà de l’aspect ludico-érotique inédit, résultant de l’immersion des corps, il faut admettre que le ticket d’entrée de piscine grève beaucoup moins le budget « argent de poche » qu’une place de cinéma, de bowling ou même de patinoire.

ll y a également les « légitimes »: les sportifs, les vrais. Ces nageurs de « compète », nez pincé, lunettés, qui enchaînent les longueurs de bassin, enfilant des kilomètres de crawl, avec des airs supérieurs de « chui pas là pour m’marrer ». Mieux vaut éviter de se trouver sur leur passage… un bras ou un mollet, lancé en pleine vitesse sur la figure, on a beau être masochiste, çà fait mal!

On y croise enfin les nouveaux parents « popots », qui se passent Bébé de bras en bras, le sourire niais et la larme à l’oeil. Maman est déjà inscrite au cours « bébé-nageur » en semaine, mais comme Maman et Papa ont enterré leur vie de couple à la naissance de la 8ème merveille du monde, l’éveil de cette dernière est devenue leur unique préoccupation, du lundi au dimanche inclus non-stop.

Mais parmi ces archétypes d’abonnés dominicaux aux piscines, on peut malgré tout parfois tomber sur des pépites. Exemple: le jeune père ténébreux sexy aux yeux noirs. Et bam, le ciel sombre et pluvieux de mon après-midi bagne s’éclaircit d’un coup. Mieux, un début de vie extérieure se profile même à l’horizon. C’est dingue comme l’imaginaire peut s’emballer lorsqu’on s’ennuie ferme. Je me repasse les scènes du film La Piscine, et me retrouve plongée malgré moi dans une atmosphère torrido-dramatique, face à un simili Alain Delon qui me jette des regards de braise entre deux… hum… crachats.

« Veux faire pipi ! »

J’accompagne Arthur aux toilettes, mais au retour, je m’aperçois que j’ai non seulement perdu la page de mon Petit traité de vie intérieure, mais surtout la trace d’Alain Delon… Pas grave! tout arrive à point à qui sait attendre : une place dans le jacuzzi (que je surveille depuis mon arrivée) se libère enfin. Je me précipite et me jette dans le bain bouillonnant. Au paroxysme du bien-être, je ferme les yeux…

« J’ai froid ! »

Magnifique… Arthur m’oblige à m’extirper de ces eaux remuantes délicieuses, MAIS en même temps, il met un point final providentiel au douloureux chapître : « Le bagne, fin ! »

Sur le trajet du retour, apercevant mon reflet dans le rétro -cheveux frisottants, mascara dégoulinant, et empestant le chlore pour plusieurs jours-, je me dis que l’abnégation totale, finalement, n’est pas un concept si abstrait que ça… C’est super moche, en fait, l’abnégation totale.

Mais mes pensées sont brutalement interrompues par l’annonce du bulletin météo à la radio: « Retour de conditions anticycloniques à partir du week-end prochain… »

Soit… De toute façon, il n’était pas question que je m’abnègue deux dimanches d’affilée.

Par défaut