Opinions, analyses

Culture du viol dans les médias : Quand le Point conseille aux femmes d' »accepter la brutalité de leur amant».

Le « Rape culture » (« culture du viol »), terme utilisé pour la première fois par les féministes dans les années 1970, semble décidément plus que jamais au goût du jour, tant le concept apparaît omniprésent dans nos médias.

Si par « culture du viol », on entend tout un appareil de pensée, de représentation, de pratiques et de discours qui excusent, banalisent, érotisent voire encouragent la violence sexuelle, alors c’est bien le magazine Le Point qui, sur son site, nous offre cette semaine, le plus beau cas d’école.

Traitement médiatique inapproprié de la violence sexuelle

Dans cette chronique pourrie et teintée d’humour graveleux, intitulée « Les conseils avisés de nos amies les bêtes de sexe(1) : pratiquer avec modération l’amour sado-maso », deux journalistes du Point (Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos) s’improvisent, pour l’occasion, experts en relations conjugales et se croient obligés de distiller leurs « bons » conseils, afin de booster notre libido.

Le tout, bien-sûr, vidéo à l’appui :

Cette vidéo, donc, montre un accouplement de tortues Hermann (Testudo Hermanni), au cours duquel le mâle s’efforce maladroitement de monter sur la femelle, après l’avoir au préalable immobilisée, au moyen de légers mordillements et autres petits coups sur sa carapace.

Accumulation de préjugés sexistes

Il n’en fallait pas plus à ces 2 journalistes, pour nous proposer sur un ton rigolard, une grotesque mise en abyme du comportement sexuel humain, à travers celui de l’espèce animale. Et de nous expliquer, via une consternante énumération de clichés et préjugés sexistes relatifs à la culture du viol, comment la tortue Hermann prend son pied en morflant.

Chacun l’aura compris, le débat ne se situe pas dans l’opportunité même d’un tel parallélisme, mais bien dans la façon dont celui ci est traité, en opérant insidieusement un report de la culpabilité du viol sur la victime.

L’article s’appuie, en effet, sur 6 points clés de la culture du viol :

* La banalisation

« La tortue de Hermann mâle cogne sa partenaire. C’est du reste, un comportement fréquent dans le monde animal. »

Et voici comment, en guise d’entrée en matière, les journalistes nous présentent donc la violence sexuelle comme une norme.

* La justification

« La violence conjugale est une façon commode pour le mâle de montrer sa virilité aux femelles de rencontre »

« Que demande une femelle, au fond ? Que le père de ses enfants soit un gagnant, un mec à la redresse suffisamment fort pour survivre et donc susceptible de leur transmettre les meilleurs gènes. »

«  Chez beaucoup d’espèces, le mâle apporte la preuve de sa combativité en affrontant d’autres mâles. Chez la tortue d’Hermann, les populations sont trop faibles pour que plusieurs concurrents se retrouvent autour d’une femelle. Du coup, la seule façon de prouver sa force (…) c’est de battre sa partenaire. »

En clair, le mâle cogne, mais il a une bonne excuse qui tient en ce que la Nature l’oblige à affirmer sa virilité. Autrement dit, l’agresseur, soumis à des « pulsions naturelles », à des « instincts incontrôlables », n’est pas en mesure de prendre en compte le refus de sa victime. C’est donc à cette dernière de prendre en charge la faiblesse de l’agresseur, en adoptant une tenue et un comportement adéquat ( =non provocant).

* La mise en doute du refus de la victime

« Est-ce un viol ? […] la femelle pourrait tout simplement l’éviter en avançant »

« Et soyez sûr que si la femelle n’aimait pas être cognée, elle saurait s’enfermer dans son coffre-fort de carapace. »

Qui ne se défend pas, consent. Mieux, tant que la victime n’a pas un pistolet sur la tempe, elle peut se débattre, sinon c’est, qu’au fond, elle le voulait bien. On retrouve dans ces propos, cette notion de « viol gris », décrite par le magazine Cosmopolitan comme une relation sexuelle qui se situerait « quelque part entre le consentement et le refus », et où « les deux personnes ne sont pas sures de qui voulait quoi »

* L’érotisation de la violence sexuelle

« Chéri, chéri, fais-moi mal! »

« Plus il la brutalise, plus elle aime »

« Elle en redemande, la vicieuse »

Ici, les journalistes jouent sans complexe avec le concept du « No means yes », (un non qui signifie oui) que l’on retrouve également dans le langage BDSM, ou encore dans le fameux mythe du fantasme féminin du viol, (par lequel le fait d’être violentée ou forcée ou violentée constituerait un facteur d’excitation chez la femme).

* Le transfert de la responsabilité du viol

Ce transfert a lieu lorsque l’on insinue, en multipliant les reproches faits à la victime, que celle-ci l’ « avait bien cherché » (« Que faisait-elle toute seule, à telle heure, à tel endroit? « Elle avait trop bu », « portait une tenue aguichante ») ; ou encore lorsque les médias se focalisent sur la personnalité de la victime (« Elle était réputée avoir des mœurs légères » (cf la récente affaire du viol aux 36, Quai des Orfèvres à Paris)

Dans l’article du Point, notre pauvre tortue, quant à elle, « multiplie durant toute la saison les rapports sado-maso » et « en redemande, la vicieuse ».

Parfois, ces critiques – proférées non pas à l’encontre du violeur, mais à celle de la victime – tournent même au « slut shaming »(« humilation de salopes »), ce phénomène odieux qui consiste à blâmer publiquement (via les réseaux sociaux, par exemple) une femme pour ses rapports sexuels, même non consentis. Comme cela est arrivé à cette jeune femme, qui, après avoir été violée, a été ridiculisée sur internet.

Le viol n’est alors plus abordé comme une violence à l’égard des femmes, mais comme une atteinte aux bonnes moeurs et à l’honneur de l’homme.

* l’incitation, encouragement au viol

Inciter au viol, c’est par exemple, conseiller à un homme d’« insister un peu » si sa partenaire ne veut pas, comme l’avait fait allégrement ce pédiatre, lors d’un entretien dans Elle. C’est aussi lorsque la violence sexuelle est directement prescrite, même sur le ton de la blague, à l’instar de cet article du Point qui s’emploie à promouvoir des pratiques sexuelles brutales envers les femmes, sans se soucier d’une éventuelle absence de consentement.

Si ce genre d’écart journalistique est évidement indigne d’un journal comme Le point, il n’en demeure pas moins, hélas, récurrent. Dans la même veine sexiste, on se souvient entre autre de ce tweet nauséabond, à l’occasion de la mort de l’actrice Jayne Mansfield :

Accompagné de cette prose ignoble, de même acabit, et signée de ce même tandem Lewino/Dos Santos, épinglée dans le site Tout à l’ego :

« La voiture de Jayne Mansfield, 163 de QI et 115 de tour de poitrine – et pas l’inverse, malheureusement -, s’encastre dans un camion »

« L’autopsie précise que la mort est due à « l’écrasement du crâne avec extirpation du cerveau ». Au moins cette blonde en avait-elle un ! »

« Pour compléter ses talents, elle est également exhibitionniste et nymphomane. 

Bref, la femme parfaite. »

Et combien d’autres inélégances de la part de journalistes masculins du Point, à l’égard de leurs consoeurs (L’une d’entre-elles dénoncée ici, sur le site ArrêtsurImages,net )

 

Peut-on vraiment rire de tout ?

Comme le souligne Lindy West de Jezebel, les blagues sur la violence sexuelle restent généralement assez malsaines, dans la mesure où elles « ont pour effet d’affirmer le pouvoir de l’homme sur la femme (,,,) et ne font que perpétuer une dynamique qui rend l’agression sexuelle normale et acceptable ».

Car, en réalité, ces blagues sont rarement anodines et n’ont pas le caractère spontané et franchouillard qu’on voudrait bien leur prêter. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai voulu linker cet article du Point dans ce billet ! Le titre attaché au lien n’est pas celui de l’article mais :

http://mobile.lepoint.fr/sciences-nature/les-conseils-avises-de-nos-amis-les-betes-de-sexe-1-accepter-une-petite-dose-de-brutalite-de-la-part-de-son-amant-21-07-2014-1847708_1924.php

 Tout est dit…

Y aurait-il lieu de penser que le titre initial de l’article – et l’on comprend fort bien pourquoi – aurait été légèrement retoqué après « modération » de la rédaction ?

Vraiment, on ne saurait que trop conseiller à certains journalistes du Point, de cesser de vouloir faire du clic à tout prix, en prodiguant leurs conseils sexistes en matière de libido et de retourner, bien vite, à des sujets qu’ils maîtrisent mieux. 

Manifestement, il reste du boulot pour combattre et déconstruire tous les stéréotypes sexistes qui alimentent la culture du viol. Mais malheureusement, force est de constater que les médias représentent, aujourd’hui encore, un vecteur privilégié de la transmission de cette culture.

Publicités
Par défaut
Lol, Opinions, analyses, Témoignages

Clara Dupont-Monod, le féminisme et France Inter : une interview déconcertante

[Article paru le 27/08/13, sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/926470-clara-dupont-monod-le-feminisme-et-france-inter-une-interview-deconcertante.html]

Pour sa rentrée sur France Inter, la journaliste Clara Dupont-Monod (qui remplace Pascale Clark pour l’Invité de de 7h50) avait convié ce lundi Anne-Cécile Mailfert, porte-parole d’Osez le féminisme. Le propos initial de cette rencontre était d’évoquer l’initiative lancée par le collectif, visant à faire entrer des femmes au Panthéon, aux côtés de Marie Curie et de Sophie Berthelot (qui doivent, il est vrai, s’y sentir bien seules).

La colère des féministes

Seulement voilà, la nouvelle recrue de France Inter – débordant de zèle – a déroulé un questionnaire pétri de poncifs nauséabonds et condescendants sur le féminisme : l’interview tourne rapidement en véritable procès d’intention, provoquant l’ire interloquée de nombreuses militantes.

http://http://www.dailymotion.com/video/x13o5vs_anne-cecile-mailfert-les-heureuses-elues-au-pantheon-sont-o-de-gouges-l-michel-g-tillion-s-de-beauvo_news?start=6

Voici les réactions indignées de quelques unes d’entre-elles, sur twitter, suite à ce moment de radio surréaliste.

Caroline De Haas@carolinedehaas

16 Retweets   6 favoris
Les Martiennes@lesmartiennes

2 Retweets   1 favori
Alice Coffin@alicecoffin

« C est un  qui ne compte pas emasculer les hommes? »festival de poncifs et ignorance dans questions de clara dupont-monod @f_inter

22 Retweets   2 favoris
CrêpeGeorgette@valerieCG

c’est ce qu’on appelle une interview de fond. Passionnant. peut-être un peu complaisante, bête, racoleuse et cliché mais intéressante hein.

1 Retweet

D’autres féministes ont répondu à Clara Dupont-Monod sur leurs blogs ici ou .

Un moment de radio déconcertant

Mais quelle mouche (ou abeille devrions-nous dire, pour les raisons évoquées plus loin dans ce billet) a donc pu piquer notre amie Clara Dupont-Monod ? Car il faut bien admettre que les questions de la nouvelle intervieweuse politique de France Inter sont pour le moins orientées.

Jugez-en par vous-mêmes :

– « Vous ne pensez pas que les nouveaux féministes, ce sont en fait les hommes ? »

Ben voyons ! Attribuons tout le mérite des combats féministes aux hommes… Cela s’appelle du « men hangin' » et c’est pas très glorieux comme procédé de racolage.

 « Osez le féminisme, c’est un féminisme qui est contre les hommes ou tout contre les hommes ? »

Comprenez ici qu’il n’y a nulle autre alternative possible dans les rapports hommes-femmes : ou bien on déteste les hommes ou bien on les suce. Est-ce clair ? Un poil binaire, comme analyse journalistique.

– « Donc c’est un féminisme qui ne compte pas émasculer les hommes ? C’est une bonne nouvelle, je vois tout le monde qui se détend dans le studio. »

C’est qui tout le monde ? Peut-être Clara Dupont-Monod évoque t-elle le personnel réputé quasi-exclusivement masculin de France Inter ? Je croyais pourtant qu’une grosse prise de conscience concernant l’absence de parité au sein de l’équipe dirigeante de cette radio, avait eu lieu, notamment lors de cet événement tragique d’invasion de leurs locaux par les « Barbues ».

– « La parité, ça veut dire que si on doit choisir entre une femme incompétente (au hasard) et un homme compétent (encore au hasard), ça sera toujours la femme incompétente, non ? »

Réfléchis un peu, Clara… Si le féminisme dont tu parles existait vraiment, France Inter t’aurait alors choisie pour d’autres raisons (besoin d’une potiche ?) que celles inhérentes à ton supposé talent. On ne va quand même pas t’expliquer que la parité, c’est un truc qui s’applique à compétence égale, et uniquement à compétence égale.

Et enfin (le meilleur ayant été gardé pour la fin) :

– « Est-ce que les féministes ont de l’humour ? Oui ? Cela mérite une dépêche AFP ! »

Possible que les féministes n’aient pas plus d’humour que la moyenne, mais ne vaut-il pas mieux en avoir peu – et même ne pas en avoir du tout – qu’en avoir un vaseux ?

Victime du syndrome de la reine des abeilles ?

Second degré, excès de zèle ou ignorance ? Allez savoir… Je me garderais bien, moi-même, de tacler cette journaliste qui ne fait, après tout, que son métier (de « gratte-poils », pour laquelle on la paie, vraisemblablement).

Je lui ferais tout au plus remarquer que la liste des clichés méphitiques qu’elle énumère sur le féminisme n’est pas exhaustive. Elle oublie en effet celui sur le syndrome de la reine des abeilles – syndrome dont il se pourrait bien qu’elle souffre elle-même, sans le savoir.

Le « Queen Bee Syndrome » (dans sa version anglophone), donc, serait ainsi un syndrome psychique et/ou social, selon lequel une femme arrivée au pouvoir n’aide pas ses collègues et subalternes féminines et essaie même plutôt de les écraser.

Dans les années 1970, des chercheurs américains (Toby Epstein Jayaratne et Carol Travis) auraient en effet « découvert » que les femmes étaient loin d’être solidaires entre-elles, au travail en particulier. Leurs études auraient ainsi montré que « les femmes qui réussissaient dans des secteurs d’habitude dominés par les hommes, étaient obsédées par l’envie de conserver leur pouvoir et s’opposaient très souvent aux succès d’autres femmes ».

De même, une autre étude, réalisée en 2011 par le Workplace Bullying Institute, montre quant à elle que les « femmes qui tyrannisent les autres salariés au bureau dirigeraient directement leur haine contre leurs pairs 80 % du temps quand les hommes sont plus équitables et s’en prennent aussi bien aux messieurs qu’aux dames ».

Moi-même, lorsque j’ai débuté ma vie active, j’ai dû me frotter à de vilaines « Queen Bees ». Assez bien diplômée et pas trop repoussante, je me suis sentie comme un loup qui entre dans la bergerie. Mes collègues féminines me tournaient cruellement le dos à la machine à café, pendant que les collègues masculins, eux, s’empressaient de glisser un jeton dans la fente du distributeur à café pour me l’offrir.

Ainsi va la vie. Il arrive, de temps à autre, que les femmes se tirent dans les pattes entre-elles, donnant ainsi raison à l’adage voulant que la femme soit, finalement, son propre ennemi. C’est sans doute la leçon que les féministes semblent devoir tirer de cette affaire : ne jamais oublier que le diable s’habille aussi, parfois, en Prada.

Par défaut
Opinions, analyses

Les Femen perturbent Eropolis : une méthode controversée au service d’une cause juste

[Article publié le 28/03/13, sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/807464-les-femen-perturbent-eropolis-une-methode-controversee-au-service-d-une-cause-juste.html]

Ces derniers temps, les actions « choc » des Femen se sont multipliées et ont contribué à offrir à ce groupe féministe, une place de premier ordre sur la scène médiatique.

Hier encore, ces femmes incarnaient un symbole de la liberté féminine et officiaient sous les vivas de l’intelligentsia politico-médiatique. Mais cette intelligentsia les décrie aujourd’hui, semblant même prendre un certain plaisir à participer à leur mise à mort médiatique. Tel est le paradoxe médiatique qui consiste à lyncher ce que l’on a contribué à mettre en lumière (et vice-versa).

Les Femen ne sont pas là par hasard

Il est vrai que la forme de leurs actions coup de poing (visant à créer la surprise, en faisant irruption topless dans des manifestations et/ou lieux symboliques) peut prêter à controverse. Il est vrai aussi que leur omniprésence médiatique peut également agacer et donner à penser qu’elle finit par occulter les causes défendues par d’autres associations féministes, beaucoup moins relayées dans les médias.

Mais de là à réduire l’action des Femen à de simples caprices de décérébrées hystériques et incultes, arrêtons cinq minutes : ces femmes ne sont pas là par hasard.

S’il fallait encore s’en convaincre, de nombreux documentaires, comme par exemple le vertigineux : « Aliaa la révolutionnaire nue« , offrent un petit rappel indispensable, sur les motivations – un  peu trop souvent et facilement éludées – de ces femmes qui militent pour préserver leurs droits et leur dignité.

Notamment Aliaa, la jeune féministe soutenue dans son combat par les Femen, qui avait posté une photo d’elle nue sur son blog, non par perversité, mais bien pour dénoncer l’oppression des femmes en Egypte.

Cette convergence de nudité, observée entre militantes de tous pays, de tous âges, de toutes cultures et de toutes religions, n’est pas un hasard non plus. Elle reflète, au contraire, un véritable élan collectif et solidaire. Les Femen ne sont donc pas des activistes singulières, isolées dans leur propre combat.

L’action des Femen à Eropolis avait un sens

En cela, il est désolant de voir certains balayer ce nécessaire et noble combat, d’un seul revers de main, au prétexte que celui-ci vienne bousculer leur petit train-train quotidien. Comme le fait, par exemple, l’auteur de ce billet, affairé à « couvrir » l’évènement  Eropolis, salon de l’érotisme et de la pornographie qui se tenait le week-end du 23 et 24 mars au Bourget, et qui s’offusque de ce que l’intrusion des Femen ait complètement « gâché la fête ».

Mais si l’action des Femen a troublé votre fête des sens, Mr Géniole, c’est navrant, certes, mais c’est que, précisément, cette action avait… un sens. Pardon. Tout occupé que vous étiez à savourer le déroulement de ce salon de l’érotisme branché et bobo, du porno chic et policé, vous n’avez pas vu le rapport avec les slogans scandés par les fauteuses de trouble : « Rape culture », « Porno Mafia »  et « autres clichés du genre ».

Et bien ! Soit vous êtes du genre naïf, à vous laisser abuser par les paillettes et les dorures de façades qui cachent la misère, soit vous feignez d’ignorer l’envers du décor et sa triste réalité : trop souvent, la pornographie met en scène la femme, de façon dégradante. Et dans l’univers pornographique très machiste – quoi qu’on en dise – la femme est encore trop systématiquement humiliée et réduite à une condition d’objet sexuel.

Il est d’ailleurs amusant de noter qu’il semblait – à vous lire – n’y avoir dans ce salon, que des intervenants féminins (actrices X, stripteaseuses, vendeuses de littératures érotiques). Comme si les acteurs (au sens large du terme) de la pornographie ne pouvaient être que des femmes, et les spectateurs, que des hommes.

Coïncidence ou non, également, on ne pouvait trouver meilleure photo en illustration de votre billet, que ces deux femmes collées l’une à l’autre, évocatrices coquines d’un fantasme typiquement masculin.

J’ai même frôlé l’asphyxie

L’utilisation de fumigènes par les Femen vous a choqué ? Soit. Les stades de foot en sont remplis, brandis par des supporters particulièrement engagés, non pas pour défendre des droits fondamentaux, mais pour une simple victoire, parfois un simple point, au sujet de ce qui reste un jeu.

Je dois vous avouer que, moi, ce n’est pas un fumigène des Femen, qui a failli m’étouffer. C’est votre billet. Pour tout dire, j’ai même frôlé l’asphyxie, rien qu’à la lecture de son titre : « Odeur de sexe, violence des Femen et charme d’une actrice X ».

Plus qu’une odeur de sexe, je dirais plutôt qu’il plane comme un relent de néo-conservatisme, sous des dehors modernes et progressistes. Car avouons-le, la « violence » des Femen, ainsi opposée au « charme » d’une actrice X, c’est un peu le « Je ne suis pas raciste, j’ai une amie tchadienne plus noire qu’une Arabe » de Nadine Morano. Autrement dit : « Je casse de la Femen, oui, mais attention j’aime les femmes, regardez, je suis capable de m’émoustiller devant une actrice porno ».

Aucune trace, d’ailleurs, dans votre billet, d’un début de « retranscription » des propos « intelligents » et « réfléchis » de cette actrice X, dont vous faîtes pourtant mention avec une habile démagogie qui masque à peine votre condescendance. Non. Vous avez jugé plus utile (vendeur) de nous narrer le caractère excitant de son parfum, d’insister sur la beauté de son corps et réduire cette personne à son apparence, plutôt que de mettre en avant ses idées.

L’allusion à votre érection est déplacée

Quant à votre allusion finale, sur l’érection que cette « chanceuse » a déclenchée chez vous… Elle est non seulement déplacée, mais elle en dit long sur ce que vous semblez avoir retenu de votre entretien « intelligent » avec cette femme.

Cela étant dit, on peut aisément concevoir que recueillir les confidences (à « quelques centimètres seulement de son visage » et confortablement « installé sur un canapé », vous précisez bien) d’une actrice porno sexy, épanouie et heureuse de son sort – et surtout qui ne se plaint pas, elle – soit effectivement plus propice à un début d’érection, que l’attaque de femmes qui pourrissent votre libido, à coup de revendications « superflues ».

On peut concevoir enfin, que les Femen puissent diviser, quant à leur méthode. Mais il est inconcevable, en revanche, de céder à la facilité du discrédit et du déni de leur combat, et par là-même de celui de tant d’autres femmes, qui militent – ne vous en déplaise – pour sauvegarder leur intégrité physique et morale, et bien plus encore : pour leur droit à exister en tant que telles.

Par défaut
Opinions, analyses

Pilule de 3ème génération : De la liberté à la contrainte contraceptive.

[Article publié le 08/01/13 sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/755672-pilule-de-3e-generation-on-est-passe-de-la-liberte-a-la-contrainte-contraceptive.html]

Apparues en 1960, les pilules contraceptives restent parmi les moyens les plus efficaces pour prévenir les grossesses. Si la pilule se place aujourd’hui comme le moyen de contraception favori des Françaises, avec près de 5 millions d’utilisatrices, seulement 1,5 à 2 millions d’entre elles utilisent une pilule de 3e ou 4e génération. Mais ce mode de contraception n’est pas sans danger, comme en témoignent les drames humains récents et très (voire sur-) médiatisés.

L’inquiétude monte, se matérialisant, entre autres, par une explosion des procédures judiciaires ainsi que le déremboursement programmé des pilules dites de 3e génération.

À terme, cette prise de conscience collective brutale pourrait changer notre vision « classique » de la distribution des rôles homme/femme en matière de contraception.

Image de la pilule écornée

Certes, la polémique actuelle concerne uniquement les pilules de 3e génération. Mais, dans l’esprit collectif, le mal est fait. Le doute est installé et demeurera : ce battage médiatique aura bien eu pour effet de jeter la suspicion sur l’ensemble des pilules existant sur le marché – toutes générations confondues – et, par ricochet, sur la contraception hormonale en général (les œstroprogestatifs en patchs, anneaux vaginaux ou stérilets hormonaux sont aussi concernés).

Ce qui était traditionnellement perçu comme un droit des femmes à disposer de leur corps (« avoir un enfant si je veux, quand je veux ») tend, de plus en plus, à prendre un goût de servitude. Il est en effet bien loin le temps où l’accès à la contraception représentait une révolution sexuelle et était synonyme d’affranchissement et de liberté du corps pour les femmes

Effets secondaires

Il suffit de mentionner les contraintes liées, bien sûr, à la prise quotidienne obligatoire de la pilule (pour certaine type de pilule, à heure fixe même) pour s’en convaincre. Mais aussi les contraintes de suivi gynécologique imposées par la nécessaire prescription de ce type de contraception – ce qui en réalité peut également être perçu comme une opportunité, pour la femme, de prendre soin de son capital santé, via un contrôle régulier.

Les effets secondaires « physiques » liés à la prise de la pilule sont, par ailleurs, nombreux et non négligeables : saignements, nausées, douleurs mammaires, migraine, prise de poids, baisse de la libido, changement d’humeur… Sans compter – et ce peut-être une contrainte majeure pour une fumeuse invétérée – la nécessité d’une diminution de sa consommation tabagique, voire d’un sevrage complet, l’association tabac-pilule augmentant le risque d’accidents cardio-vasculaires.

Contrainte financière

La liberté pour la femme de ne pas subir une grossesse non désirée a donc bien un coût en terme de risque pour sa santé. Mais ce qu’il y a de nouveau, c’est que le coût pourra désormais être également financier. Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales et de la Santé, a annoncé sa décision d’avancer au 31 mars le déremboursement de ces contraceptifs oraux de 3e générationun choix expliqué par les doutes croissants sur les risques de phlébites provoqués par la prise de ces pilules contraceptives et par un service médical jugé « insuffisant » par les autorités de santé.

Enfin, prendre en charge la contraception, pour la femme, signifie également prendre, de façon individuelle, la responsabilité de la fonction reproductive. C’est à elle seule que revient alors la charge de la maîtrise de la procréation dans le couple. Or si l’on plaisante souvent sur le fait qu' »on fait un enfant à deux », il paraît aussi légitime de vouloir ne pas faire d’enfant à deux.

Contrainte contraceptive pour tous

De la « liberté contraceptive » à la « contrainte contraceptive », il n’y avait donc qu’un pas que la pilule de 3e génération semble avoir irrémédiablement franchi. À l’ère de la parité, il apparaît équitable que les risques et inconvénients associés à la contraception hormonale ainsi que le poids de la « responsabilité reproductive » soient partagés entre hommes et femmes. Une thématique épineuse dont le lobby féministe pourrait bien faire son  prochain fer de lance.

Et puisque la pilule pour homme est, semble-t-il, sur le point de voir le jour (lire mon billet de blog sur le sujet), la pression sur le partage homme/femme de la « charge » contraceptive risque considérablement de s’accentuer. L’homme doit donc plus que jamais se préparer à l’idée de devoir y participer, « physiquement » aussi.

Par défaut
Opinions, analyses, Témoignages

Topfreedom : pour ou contre les seins nus dans la rue?

[Article publié le 03/06/13, sur mon blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/06/03/topfreedom-pour-ou-contre-les-seins-nus-dans-la-rue/]

« Vade retro satané hiver qui n’en finit pas! ». Avec un retard substantiel dans le timing, les belles journées estivales sont enfin là. Mais à peine ai-je eu le temps, pauvre petite française naïve, de déballer jupes courtes et robes légères des cartons, qu’apprends-je ?

Que nos collègues new-yorkaises avant-gardistes ont déjà placé la barre très haut…

Ainsi, comme chaque été depuis une vingtaine d’années maintenant, des militantes féministes du mouvement américain « Topfreedom », se mobiliseraient pour revendiquer le droit de se balader seins nus? Mieux, elles ne bouderaient pas leur plaisir en défiant policiers décontenancés et passants incrédules, en sortant dans la rue seins à l’air, au nom de l’égalité des sexes. Et pour couronner le tout, ce « déballage » mammaire serait tout à fait légal, puisque la loi américaine ne punit que l’ « exhibition des seules parties génitales » (ce qui exclut, ipso-facto, la poitrine féminine qui n’est pas considérée comme telle). Et, oh génie : une New-Yorkaise en 2007, aurait même empoché un magot de 29 000 dollars, en guise de dédommagement de la ville, après avoir été interpellée et placée en garde-à-vue deux ans plus tôt, alors qu’elle se promenait seins nus dans la rue.

La curiosité piquée, je me précipite sur Google pour évaluer où nous en sommes, nous, en France, niveau seins. En trois clics, je tombe sur l’article 222-32 du code pénal français qui dispose que seule « l’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende ». Ce qui signifie que – sauf si de nombreuses municipalités ont pris des arrêtés  interdisant localement cette pratique – il est juridiquement tout à fait légal de se promener seins à l’air.

A vrai dire cette découverte me laisse perplexe et je sens poindre en moi la question qui dérange : suis-je pour ou contre le « topfreedom »? Je comprends vite que ce ne sont pas les hommes de mon entourage, dont j’ai sollicité l’avis, qui m’aideront à trancher. Car, salive au coin de la bouche et pupille dilatée, ils étaient, à priori, tous pour. Certains d’entre-eux s’inquiétant même de la vitesse à laquelle ce phénomène, essentiellement américain pour l’instant, traverserait l’Atlantique pour gagner la France. Mais, dans un second temps, lorsque je leur ai demandé quelle serait leur réaction si leur propre compagne se promenait elle-même seins nus, leur bel enthousiasme spontané fit place à une angoisse visible et leurs nobles convictions sur la liberté des femmes, comme châteaux de cartes, s’effondrèrent. Dépitée et considérant qu’ « on ne peut être juge et partie », je décide finalement de ne pas tenir compte de l’avis masculin et de rester pragmatique, en me tenant aux faits, rien qu’aux faits : dans « topfreedom », il y a « freedom ». Il m’apparaît  alors évident qu’il y a gros danger à passer pour une réac’, en déclarant être contre quelque chose qui touche au « freedom ». Mais sincèrement, même si je sais que je ne risque pas la prison pour çà, la promenade en « topless », là, tout de suite, maintenant, perso çà me dit moyen…

Je serai donc pour, question de principe. Principe par lequel il est rassurant d’avoir des droits dont nous savons pourtant pertinemment que nous ne ferons pas usage : je sais par exemple que je peux traverser Paris en sauts de biche, me rouler par terre dans une galerie commerciale, ou encore aller au bureau avec une louche autour du cou, çà suffit en soi à mon bonheur.

Bien que non considérés comme des organes génitaux, les seins ont toutefois une dimension sexuelle indéniable. « Cachez ce sein que je ne saurais voir », cette phrase célèbre montre que depuis longtemps la bienséance nous a encouragé à cacher le sein. Objet de désir masculin universel, presque toutes les civilisations qui ont fait le choix du vêtement ont d’ailleurs choisi de le couvrir. Je conçois dès lors le « malaise » ressenti par certaines féministes, qui ne comprennent pas pourquoi le corps de la femme serait plus sexualisé que celui de l’homme. Si les hommes sont autorisés à déambuler torse-nu (ce qui en pratique reste assez anecdotique), les femmes devraient pouvoir le faire aussi, au nom de l’égalité des sexes.

D’ailleurs, certains hommes eux-mêmes, s’interrogent sur le caractère relatif du pouvoir d’attraction sexuel du sein-nu, abondant ainsi sans le savoir, dans le sens des féministes « pro-topless ». A leurs yeux, la vision d’un top moulant et décolleté serait par exemple dix fois plus excitante que celle d’une poitrine « de Madame Tout-le-monde* », toute nue soit elle [*poitrine non calquée sur le modèle Rihanna].

De toute façon, en France, le problème s’est en quelque sorte naturellement résolu : après une période de libération de la femme vers les années 70, où le sein s’est montré beaucoup plus, notament sur les plages, ce n’est plus le cas aujourd’hui : il n’est plus de bon ton d’exposer sa poitrine à la brise marine. Un retour manifeste à la pudibonderie, que les plus naïfs d’entre-nous attribueront à la prise de conscience des dangers liés à l’exposition au soleil, et les plus réalistes, à un simple effet de mode, affublant celles qui continuent à s’adonner au « topless » d’une image  « cheap », limite vulgaire, difficile à assumer. Cependant, quitte à jeter une volée de bois vert dans le bûcher des féministes activistes, on peut toutefois s’interroger sur le côté fantaisiste, incongru et provocant d’une telle revendication, visant à obtenir le droit de se promener seins nus. D’un point de vue strictement vestimentaire, beaucoup de femmes se battent depuis longtemps pour avoir le droit de s’habiller comme elles le souhaitent, sans avoir jamais gagné leur combat. Nous sommes encore trop souvent, au mieux victimes de procès d’intention, au pire molestées dans la rue ou même au bureau, lorsque nous arborons jupes, talons et tout autre vêtement mettant en avant nos atouts féminins … Alors, revendiquer le « sein-nu », peut paraître presque un luxe.

Concernant le droit des femmes, au sens plus général, beaucoup d’entre-elles, tout juste amusées par cette revendication, estimeront qu’il y a plus urgent à faire en matière de discriminations sexistes ( harcèlement sexuel au travail, salaires inégaux, parité dans les postes à responsabilité non respectée, etc…). Mais paradoxalement, cela n’empêchera pas ces mêmes femmes sceptiques, d’espérer au fond d’elles, que la médiatisation de ce mouvement suscite une réflexion plus profonde et constructive sur l’égalité homme-femme.

Reste que, si le mouvement venait à trouver écho en France, la justice devrait à son tour trancher, si oui ou non, le « sein-nu » est de nature à atteindre la pudeur, et résoudre ainsi les problèmes d’interprétation soulevés par l’ambiguïté de son code pénal, au risque de ne plus savoir  bientôt à quel sein juridique se vouer.

Par défaut
Lol

Ex femme au foyer : comment j’ai signé mon contrat d’invisibilité sociale

[Article paru le 22/05/12, sur mon blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/05/22/ex-femme-au-foyer-comment-jai-signe-mon-contrat-dinvisibilite-sociale-temporaire/]

Il y a les stats inutiles du style : « 3 % de personnes de plus que l’an dernier sont nues quand le livreur de pizza sonne à leur porte. »

Ou encore : « 24% des Français considèrent comme « grave » le fait de se masturber avec un concombre. »

Les stats « démago » : « 75 % des hommes préfèrent les grosses. »

Et puis, il y a les stats qui irritent : « 80 % des femmes françaises entre 25 et 55 ans travailleraient. La France compterait donc 2,5 millions de mères au foyer, soit 2,5 millions d’ »inactives ». »

« Inactives », c’est-à-dire exclues de la population active, mais pas non plus considérées comme chômeuses. En clair, des « non-valeurs » économiques. Quand on lit ça, on s’étouffe.

Pis, quand on lance « femmes au foyer » dans le moteur de recherche Google, on pleure :  Wikipédia vous livre une définition vertigineuse et pathétique, douloureusement révélatrice de la façon dont sont perçues ces 20% de malheureuses par le reste de la société (y compris par leurs propres congénères) :

Femme qui réalise la majeure partie des tâches du foyer : entretien domestique, achats, préparation des repas, surveillance et éducation des enfants […] au sein d’un couple.

C’est vrai que la femme au foyer ne passe pas ses journées à se balancer sur un rocking-chair au coin du feu, et qu’elle assume quantité de tâches ménagères… Mais pas que.

Entre deux salves de sanglots, on se demande bien ce que font les féministes ? Ah ça, elles sont là quand il s’agit de  lutter pour le droit des working-girls, mais on dirait bien que la « corpo » a bel et bien laissé sur le carreau ses con(nes)soeurs housewives qui pourtant subissent, elles aussi, et de façon notoire, injustices et humiliations quotidiennes…

La plupart du temps transitoire (congé maternité, parental, chômage), le statut de housewife est rarement une vocation : il est souvent subi, ou, du moins, choisi par défaut. Explications : soyons honnêtes, un travail en général, c’est intéressant quand tu as des horaires incompatibles avec une vie de famille « normale ». C’est pas obligatoire-obligatoire, mais ça aide…

Or, quand on est deux à prétendre à un travail intéressant et à se retrancher derrières des horaires « incompatibles », l’équation se résoud nécessairement à trois : il faut embaucher une tierce personne pour élever ses gosses et faire tourner la boutique : c’est ce qu’on appelle le service à la personne. Jackpot, puisque cette tierce personne rend également service à ton porte-monnaie, étant donné qu’une partie de son salaire est déductible de tes impôts.

Mais, en dépit de ce dispositif alléchant, il reste encore des femelles anormalement constituées, pour « mettre leur carrière professionnelle entre parenthèses »… Joli euphémisme pour dire qu’elles renoncent à leur droit à l’ « éclate » professionnelle, pour pouvoir consacrer du temps à leur enfant, et repasser elles-mêmes leurs culottes, ainsi que celles de toute autre personne vivant sous leur toit.

A une période de ma vie, moi aussi j’ai fait le choix de l’ouvrir, cette parenthèse. Je m’en souviens bien, c’était le jour où j’ai ressorti ce vieil instinct de Mama, enfoui quelque part dans mon lobe gauche (lobe en forme de poire, qui héberge probablement l’aptitude « connerie ») et que j’ai décidé de  suivre… Ce jour là, j’ai signé sans sourciller mon contrat d’ « inactivité », ou plutôt d’invisibilité sociale temporaire.

Très vite, j’ai compris que ce nouveau statut, il me faudrait le cacher comme une maladie honteuse. Car dès que ça se sait à l’école, tu deviens la « chose » des enseignantes, qui t’exploitent comme du personnel gratos, et t’alpaguent dès qu’elles le peuvent, pour accompagner les sorties bibliothèque, piscine, etc…   [P # t # # n…!]

Même que si tu fais pas gaffe, tu te retrouves présidente d’assoc des parents d’élèves, c’est-à-dire officiellement en charge de recueillir les doléances des poufiasses qui travaillent.   [P # t # # n…!]

D’ailleurs les poufiasses qui travaillent, le matin a l’école, montées sur leurs stylettos et serrées dans leur tailleurs-pantalons, elles te disent même pas bonjour, tellement elles sont « supeeeeer à la bourre ». Mais quand leur môme est malade, elles viennent te le déposer a la maison « vite-fait » en te disant :

– Tu me sauves ! J’ai des rendez-vous hypeeeeer importants aujourd’hui…. Ce que tu as de la chance, toi, de ne pas être tout le temps en train  de courir !    [P # t # # n…!]

En bonne copine, tu as toujours été là quand unetelle n’avait pas le moral « parce que ça se passait pas bien au boulot » ou quand telle autre s’était fait virer. Tu t’es réjouie par procuration de les voir gravir un à un les échelons et, fidèle jusqu’au bout, tu n’as raté aucun de leurs pots de « promo »… Mais toi, dans tes moments de blues, quand t’avais besoin de parler à un adulte, et que tu les appelais en semaine, elles te répondaient :

– Quoi, en semaine? Mais t’es malade ma chérie ! Je bosse, moi…

Et quand, vraiment déprimée, tu retentais ta chance le week-end:

– Ah non, j’ai des semaines de malade en ce moment au boulot, alors tu comprends, le week-end c’est fait pour se poser en famille… [traduction : pas pour sortir boire un verre avec une copine qui bosse pas] .  [P # t # # n…!]

De toute façon, les copines, tu ne les intéresses plus vraiment… Faut dire que toi, t’as pas d’histoires de boss qui te harcèle, de collègues de bureau qui te draguent, ni d’embrouilles avec tes collègues femmes rivales. Pas non plus de « dèj », ni voyages d’affaires à raconter. Rien.  [P # t # # n…!]

Tu n’intéresses pas les mecs non plus. Tu ne peux même pas espérer te consoler ni te changer les idées en  prenant un amant. C’est bien connu : l’amant, on le rencontre et on le ferre essentiellement au boulot. Et puis l’amant, par définition, il recherche une aventure, de  l’exotisme, pas une pauvre fille qui lui rappelle bobonne. [P # t # # n…!]

Alors forcément, un jour, quand tu arrives régulièrement à ton quinzième [P # t # # n…!] prononcé dans ta journée, la question te taraude de repasser du côté des « vivants ». Ce n’est pas que les discussions du lundi matin, à la machine à café, te font fantasmer, mais bon Dieu, tu ne rêves plus que de palper du collègue et de sentir la chaleur du café dégueulasse couler dans ta gorge redoutablement déployée de working-girl

Mais ce que tu ne sais pas encore, c’est qu’à ce stade de ta vie, tu te prépares à vivre ta double peine. Les employeurs, pourris d’à priori, ne veulent pas de toi. Et quand, par miracle, tu réussis à décrocher un entretien, tu t’apercois que tu leur fais aussi peur que si tu sortais tout juste de tôle :

– Mais quel est donc ce « trou » dans votre CV?  Bac+5, excellent début de carrière, puis que vous est-il arrivé? Un « accident » de parcours?, un « accident » de…

– … ? Si si, je vous en prie, allez au bout de votre pensée : « accident » de… capote, vouliez-vous dire ?

– ….

– Pas du tout, c’était un suicide professionnel tout-à-fait désiré.

Sur cette entrée en matière constructive, mon futur employeur gêné se tait, mais, ne demandant qu’à être rassuré, me laisse anticiper ses préoccupations et développer en six points, pourquoi ce « trou » dans le CV, fait de moi LA candidate idéale.

(Bonne) Présentation

Après avoir porté pendant de longs mois des jeans « confort » homologués pour que les gosses puissent escalader vos jambes et s’aggriper à vos hanches, des Converse qui abaissent dangereusement votre centre de gravité pour rendre supportable les 10 kilos portés à bras levés toute la journée, et des t-shirts déformés – pour les mêmes raisons que les jeans cités ci-dessus – et dont les dessus d’épaules font office de bavoirs, c’est promis : je ne ferai pas ma Cécile Duflot, et me la jouerai plutôt à la Valérie Trierweiler (à ceci près que mon tailleur de femelle-qui-bosse ne sera pas signé YSL, mais d’un Z qui veut dire Zara…)

Autonomie

Telle Robinson sur son île, ne pouvant compter que sur moi-même, j’ai mené la barque familiale seule, et miracle : je n’ai pas (complètement) sombré dans la folie.

Organisation

Durant mon expérience précédente, j’ai appris à mener de front plusieurs projets, toujours en speed, et même en tenant des délais parfois très serrés : j’ai, par exemple, lancé des machines pendant que le Bourguignon mijotait, le téléphone calé entre l’oreille et l’épaule pour prendre un rendez-vous chez le pédiatre, le fer à repasser dans la main droite et le Netbook au creux du bras gauche pour rajouter in extremis un paquet de couches sur ma e-liste de courses Leclerc’drive.

Prétentions

Super modestes ! Quand t’as torché des culs pendant des années pour quedal, du coup, un smic pour ne t’occuper que du tien, ça te parait Byzance.

Disponibilité, investissement personnel et souplesse sur les horaires

J’envisage ce point très sereinement également : je n’ai pas d’heure quand le devoir m’appelle. J’ai passé des nuits à me relever toutes les demi-heures pour les biberons, câlins, cauchemars, otites et autres couacs nocturnes.

Cerise sur le gâteau : maîtrise de l’ « environnement » Mac

Plongée dans l’univers « bébé », j’ai su m’adapter rapidement au langage arheu-dodo-pipi-caca-popot, et me familiariser parfaitement à l’ « environnement » Légo, Playmo, Kapla… alors, pour ce qui est de l’acquisition de l’ « environnement » Mac, permettez-moi de me gausser : en une demi-journée, c’est réglé.

Alors , mec, je continue ou t’es convaincu ? »

Il a été convaincu… Il me la refilé, ce job aux horaires incompatibles.

Par défaut
Opinions, analyses

Une jupe… courte que coûte!

[Article paru le 11/04/13 sur mon blog « Bas geek instinct – Les Inrocks » : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/04/11/une-jupe-courte-que-coute/]

« Rétines et pupilles, les garçons ont les yeux qui brillent »… Dès l’arrivée des beaux jours , on les voit réapparaître comme les primevères dans les fossés. Tandis qu’Alain Souchon, ne rêve plus que d’aller voir dessous, Jacques Dutronc quant à lui, avoue en chanson les préférer « mini, mini, mini… ».

Symbole de la féminité, la jupe est aujourd’hui le bout de tissu le plus controversé de la planète, et s’inscrit dans un débat plus général : celui sur les rapports hommes-femmes.

La jupe sous toutes ses coutures

De l’arabe joubba pour long vêtement de laine, force est de constater que l’origine éthymologique de la jupe ne fait pas rêver, et qu’à l’époque visiblement, cette dernière avait été pensée fonctionnelle, mais pas vraiment glamour.

Aujourd’hui, tout a changé. Suivant la mode et les tendances, la jupe s’est plus ou moins « érotisée ». L’habit fonctionnel a fait place à un vêtement d’apparat, voué à sublimer (tant qu’à faire) les courbes féminines. Ainsi, rien que dans notre culture occidentale, il est possible de répertorier, façon « Jupasutra », de nombreux types et variantes de jupes : de la jupe « droite » (ou jupe « tailleur ») à la jupe « parapluie » (ou jupe « soleil »), en passant par la jupe « culotte », sans oublier la jupe « plissée », ou bien encore la jupe « portefeuille »…

La jupe dans tous ses Etats

Hélas, sans parler des tristes contrées, où le simple fait pour une femme, de dévoiler un centimètre carré de peau, la place en danger de mort, il existe de nombreux Etats où  le port de la jupe (à fortiori courte) est remis en cause, quand il n’est pas purement et simplement interdit.

En début d’année par exemple, les gouvernements indonésien et sri-lankais ont annoncé  leur intention d’interdire la mini-jupe, respectivement au Parlement et dans les lieux publics.

Plus éloquent encore : en Irak, c’est la ministre d’Etat pour la Femme elle-même qui a décrété l’interdiction du port de la mini-jupe au gouvernement, précisant au passage  qu’elle n’était pas favorable à l’égalité des sexes (!)

Mais dans nos cultures occidentales aussi, la jupe dérange. Après avoir tout d’abord  imposé une longueur minimum à respecter, des centaines d’établissements scolaires Britanniques ont banni les jupes des uniformes féminins.  Et pour ce qui est de la France, on ne compte même plus les incidents et faits divers liés au port de la jupe. On se souvient notamment du 8 mars dernier, où une trentaine d’adolescentes scolarisées au collège Roger-Vailland de Poncin dans l’Ain, qui s’étaient mises en jupe à l’occasion de la  Journée Internationale de la Femme, avaient été sommées de changer de tenue par le directeur du collège, « en raison des agressions verbales dont certaines avaient été victimes ».

Mini jupe, maxi provoc’ ?

« Jupe de femme est lange du diable ». Comme l’indique ce proverbe roumain,  le phénomène de sexualisation-diabolisation de la jupe ne date pas d’hier.

Haut lieu de tous les fantasmes, mais aussi… de toutes les erreurs d’appréciation, la jupe pour certains hommes,  véhicule un message lubrique clair. Et plus la jupe est raccourcie plus le raisonnement est raccourci lui aussi : femme en jupe = disponible sexuellement.  Une « logique » que l’on qualifiera d’onirique, et qui relègue la femme au rang de morceau de viande.

Le procès d’intention

Or, lorsque le mécanisme de « sexualisation » de la jupe est en marche, le procès d’intention  n’est souvent pas loin. Le processus de culpabilisation non plus. Nombreuses sont  celles qui renoncent à la jupe, au profit du plus consensuel pantalon, juste par crainte de « provoquer » ou pire, de se voir reprocher l’agression dont elles pourraient être victimes. Le renversement de la responsabilité (ce n’est pas à l’homme de se maîtriser, de respecter, mais à la femme de ne pas provoquer, ni susciter de pulsions) s’invitant malheureusement  trop souvent dans l’esprit collectif.

Dans ces conditions, porter une jupe relève presque de l’acte de bravoure, voire de l’acte militant.

Un signe extérieur de maturité ?

Sans pour autant tomber dans l’éceuil de l »hypersexualisation », le caractère sensuel de la jupe est en revanche communément admis. Et bien que cette dernière n’ait pas le monopole de la féminité, nombreuses sont les femmes qui se sentent plus sexy en jupe. Dans cet esprit, porter la jupe leur permet d’exprimer librement leur féminité, d’assumer leur  propre  désir et celui des hommes, en acceptant publiquement le fait d’être potentiellement désirable.

La jupe revolver

La femme n’est pas un être fondamentalement masochiste. Si la jupe n’avait aucune vertu, elle n’en porterait pas.

Il arrive parfois, que ce qui est perçu au départ comme un handicap, devienne un atout, sinon une arme. La jupe peut être source d’avantages providentiels, dont on peut user et abuser à souhait.

Ainsi, l’homme  le plus frustre du monde, pourra grâce à l’effet « jupe », se transformer  en un être excessivement dévoué et attentif. De la même façon qu’un employeur potentiel, lors d’un entretien d’embauche, sera plus apte à apprécier vos qualités et compétences pour  le  poste convoité, si vous vous présentez à lui en jupe.

L’arroseur arrosé

Pour celles qui ne seraient pas encore définitivement convaincues par les avantages de la jupe, une douce consolation peut encore être trouvée dans le fait que les hommes aussi souffrent, quand l’idée les pique de mettre la jupe.

Contrairement à certains pays comme l’Indonésie et l’Ecosse, où sarong et kilt font partie intégrante de la garde-robe masculine, dans nos sociétés occidentales, le port de la jupe par les hommes est aujourd’hui encore source de préjugés et synonyme d’ homosexualité latente, de travestisme, de penchants fétichistes ou de perversité.

De fait, on ne peut que s’incliner devant la réactivité des délégations masculines concernées, qui ont su organiser leur résistance de façon très précoce : l’association « HeJ » (Homme en Jupe) a vu le jour dès juin 2007, c’est à dire bien avant notre « Journée de la Jupe », dont la 1ère édition n’a eu lieu que le 25 novembre 2010.

On ne saurait donc que trop encourager les femmes à prendre exemple sur ces hommes qui militent eux aussi courageusement pour le port de la jupe.  Certains couturiers, par exemple, qui se battent pour un retour en force de la jupe dans la garde-robe masculine, en la réintégrant progressivement dans leurs collections masculines (Jean-Paul Gaultier, Vivienne Westwood, Agnès b., etc…). Applaudissons également chaleureusement David Beckam, qui, en fashion-victim mutin et désinvolte, ose défier les paparazzi en sarong. Mais réservons toutefois la palme au chorégraphe Kamel Ouali, dont les danseurs un brin téméraires, excellent en sauts de biches et pas chassés, sous leurs jupes à frou-frous.

Alain Souchon avait donc vu juste. Sous la jupe se cache un véritable « jeu de dupe ».

Reflet d’une attitude subversive saine, face au poids des regards et du politiquement correct, le port de la jupe n’est donc pas qu’une affaire de choix vestimentaire. C’est parfois aussi une façon de dépasser les préjugés, en tâquinant les (dress)codes  préétablis, et en tâclant au passage le  puritarisme hypocrite ambiant.

Par défaut