Opinions, analyses

Caroline Fourest seins nus : les limites du topless en tant qu’outil de communication

(Article publié le 07/04/13, sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/812184-caroline-fourest-seins-nus-les-limites-du-topless-en-tant-qu-outil-de-communication.html)

Ces dernières semaines, de nombreuses femmes ont posté une photo de leur poitrine sur la page Facebook du mouvement Femen. Des clichés topless tantôt pro, tantôt improvisés, mais tous destinés à exprimer leur solidarité avec Amina, la jeune militante tunisienne.

À l’instar de toutes ces femmes, c’est l’essayiste Caroline Fourest, cette semaine, qui a décidé de s’y coller sur son propre compte Facebook, afin de dénoncer les atteintes aux droits des femmes dans les pays arabo-musulmans.

Une photo plutôt esthétique, et somme toute assez pudique au regard de ce que l’on peut voir habituellement sur les murs du célèbre réseau social. On y aperçoit la journaliste, lunettes noires, visage à demi-coupé, poitrine barrée d’un « Free Amina » (libérez Amina en anglais), le tout dans un clair-obscur délicat. Ni plus, ni moins. Pas de quoi fouetter un chat. Du moins le pensais-je.

De curieuses réactions

Amusée par le relatif buzz médiatique occasionné par cette photo, et surtout curieuse de voir les réactions suscitées, je décide d’aller voir les commentaires qui arrivent en rafales sur sa page Facebook.

Malheureusement, aucune (bonne) surprise n’est venue infirmer ce à quoi je m’attendais : la violence des commentaires est inouïe. Et si la journaliste française, contrairement à Amina, ne s’expose pas à des poursuites pour « atteinte aux bonnes moeurs » – délit passible de 6 mois de prison en Tunisie – je découvre qu’elle s’expose néanmoins aux jugements moraux réprobateurs et donc à une peine « psychologique » des plus brutales.

Certains commentaires à connotation idéologique, religieuse, et même homophobe me glacent le sang, tant ils incitent à la haine. Mais, laissons-les de côté, ce n’est pas le propos que je veux développer ici.

La sexualisation systématique des seins

En posant ainsi seins nus, Caroline Fourest pointe non seulement ses attributs, mais aussi – à dessein ou non d’ailleurs – un phénomène insupportable contre lequel les féministes n’ont eu de cesse de militer : la sexualisation systématique des seins.

En témoignent les dizaines (et bientôt centaines) de commentaires dont j’ai sélectionné les plus révélateurs.

Florilège :

Sonia Amina : « Que Amina soit libérée de l’esprit démoniaque qui vous hante toutes ! »

JF Cemoi : « Oulala, en tenue d ‘Eve ! C’est osé. »

Paul Criner : « Ya des burkas qui se perdent ! »

Angela Cupaiolo : « Pas indispensable, mais jolie photo ! »

Simon Lonni : « prochaine étape le calendrier »

Jean-Michel Toulon : « Vive Fourest ! cette Femme est belle comme telle, j’adore Fourest et ses jumelles »

Jerome Prost : « On ne voit rien !!! Ce n’est pas drôle… »

Nicolas Rodriguez : « C’est pas en montrant ses seins qu’on se crédibilise, au contraire… ce moyen est celui de celles qui n’en n’ont pas assez dans la tête pour faire avancer les choses… Vive l’égalité. »

Faousi Djeffal femen : « création de la CIA,en tous les cas merci Caroline de nous rincer l’œil gratis ! »

Jean-Marc Dupain : « Allez jusqu’au bout… montrez tout »

Eric Bouvier : « mignone »

Isabelle Lo Russo : Très belle photo. Mais : le parti pris volontairement esthétique de cette image n’est à mon avis pas en accord avec le message des Femen « nos seins nos armes ». Ici je lis plutôt « mes seins, mon charme ». Image très plaisante certes, mais elle semble être davantage l’expression d’une volonté de séduction que celle d’un combat. Vous me direz, l’un n’empêche pas l’autre… »

Jean-francois Letier : « on ne voit rien ou presque. »

Dylan Ldj : « salope am israel hai »

Lafree Pouille : « Tu parais rockeuse Caro mais à poil ou bien vêtue tu es une tocarde sans vertu. »

De toute évidence, lutter contre la discrimination du corps féminin, dans une société qui est restée manifestement très archaïque et patriarcale, n’est pas chose aisée. Et quiconque tente de désexualiser les seins se heurte à de bons vieux arguments (et objectivement contestables) comme:

– l’argument culturel : « ce qui est caché (par un vêtement) est sexuel »;

– l’argument fondé sur l’instinct animal : « ce qui a trait à la reproduction (allaitement) est sexuel »;

– l’argument scientifique ou hormonal : « ce qui secrète l’hormone de l’attachement maternel (ocytocine) est sexuel »;

– l’argument physiologique : « ce qui est érogène est sexuel ».

J’en passe et des meilleurs.

Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que certaines féministes – les « sextremistes » en première loge –, aient eu l’idée de profiter du système et utiliser ce que L’Express désignait récemment comme « l’arme du sexe », pour la retourner contre l’agresseur.

Les limites de ce procédé

Ce procédé efficace à première vue, puisqu’il agit comme un véritable catalyseur de visibilité médiatique, possède ses propres limites. Car la visibilité ainsi obtenue reste une visibilité de forme(s) et non de fond.

À vrai dire, si la « méthode » Femen a indéniablement contribué à les placer sur la sellette médiatique, il n’y a pourtant que les images d’elles, seins-nus, qui ont largement été diffusées dans la presse. La liste de leurs revendications semble, quant à elle, n’a voir pas bénéficié du même relais médiatique. Comme l’explique Alice Coffin, membre active du collectif féministe La Barbe, à France 24.

Et si Caroline Fourest, en posant topless, avait souhaité élever le niveau du débat (du moins le hisser de la ceinture jusqu’au poitrail), c’est raté. Elle pourra, certes, se flatter d’avoir réalisé un « coup » médiatique, mais ne pourra, en revanche, que déplorer le flop militant subséquent.

Un inévitable procès d’intention

À en croire la teneur des commentaires, en effet, une femme nue serait uniquement faite pour être regardée, pas pour être écoutée. Du sein, dans les médias, on en veut bien, oui… mais uniquement pour faire vendre du papier, du reportage, de la bagnole, du gel douche ou du DVD « récréatif » pour adulte.

En outrepassant ce cadre préétabli du sein nu « autorisé », la femme s’expose, ainsi, à un inévitable procès d’intention. Le geste symbolique de Caroline Fourest aura au moins eu le mérite de prouver qu’en France non plus, une femme ne dispose pas de son corps (ni même de l’image de son corps) comme elle l’entend. La démonstration des seins – fut-elle un acte engagé – est fatalement ramenée à un caractère obscène, émanant non pas du sujet observateur, mais – tant qu’à faire – du sujet montreur.

Pourtant c’est bien cela, au fond, que veulent les femmes : que cesse enfin la sexualisation et la discrimination de leur corps, dont découle leur discrimination tout court. Mais l’affaire « Fourest topless » l’a tristement rappelé : si en France, la discrimination du corps féminin n’est pas explicitement inscrite dans les textes de loi, elle n’en demeure pas moins, hélas, bien réelle.

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Les Femen seins nus à Notre-Dame : le déchaînement médiatique est écoeurant

[Article paru le 15/02/13, sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/783642-les-femen-seins-nus-a-notre-dame-le-dechainement-mediatique-est-ecoeurant.html]

Vade retro, Satanas. Les Femen ne sont décidément plus en odeur de sainteté. Ce groupuscule féministe d’origine ukrainienne, connu pour ses actions basées sur la provocation et le plus souvent illégales aurait, semble-t-il, inventé à lui seul, le 8e péché capital.

Quel fait est à l’origine de ce drame ? Un happening « topless », organisé en la cathédrale Notre-Dame de Paris, et qui a provoqué cette avalanche de réactions outrées, au sein de la bien-pensance de droite comme de gauche.

Des causes trop diverses

De façon générale, j’éprouve une certaine méfiance vis à vis des groupes de féministes radicales et agressives qui, tirant trop la couverture médiatique à elles, prennent la parole des autres femmes en otage, et imposent ipso facto (et parfois manu militari) leur propre conception du féminisme. Je l’avais d’ailleurs formulé dans ce billet. Un déferlement de commentaires rageux m’avait alors enseigné que, même à notre époque, on ne balance pas une volée de bois vert dans le bûcher des féministes sans se prendre un juste retour de flammes.

Pour ce qui est des Femen en particulier, je ne partage pas la totalité des revendications de ce groupe qui ouvre, à mon goût, un éventail de « compétences » trop large pour être efficace (le champ d’action des Femen porte non-exhaustivement sur la promotion de la démocratie, de la liberté de la presse, des droits des femmes, de la protection de l’environnement, et milite contre la corruption, la prostitution, le tourisme sexuel, le sexisme, la violence conjugale, le racisme, la pauvreté, les religions). Il me semble qu’à trop vouloir diversifier ses causes, on finit par se disperser et au final moins bien les servir.

Montrer ses seins, un non-sens

Je ne suis pas non plus particulièrement adepte de leur principale méthode de sensibilisation : le sein nu. Je persiste à croire que montrer ses seins en guise d’action militante est un non-sens. Ces femmes ne veulent pas être « chosifiées » et luttent pour que leur corps ne soit pas « objetisé », mais instrumentalisent pourtant ce dernier, en se servant de leur nudité comme d’une arme revendicative.

Mais il faut bien reconnaître que les médias obéissent à des codes et que les Femen en ont parfaitement compris les rouages : pour se faire entendre, il faut provoquer, faire un coup d’éclat. Et il semblerait qu’une formule paradoxale toute bête fasse particulièrement mouche auprès des journalistes : « découvrir ses nichons = couverture médiatique assurée ».

Alors à qui faut-il jeter la pierre en premier ? À celles qui profitent d’un système ou à ceux qui créent le système ?

Mais pourquoi ce déchaînement ?

Je ne comprends pas bien ce véritable séïsme de protestations et même d’injures dont les Femen font aujourd’hui l’objet. Comme le souligne Caroline Fourest dans son billet intitulé « les Femen et les vierges effarouchée« , en investissant une église (lieu sensé être ouvert à tous, faut-il le rappeler) seins nus, les féministes n’ont pas commis un attentat.

Il n’y a eu ni mort d’homme, ni dégradation matérielle d’un patrimoine religieux et historique. Les Femen avaient d’ailleurs pris soin d’entourer le bout de leurs marteaux de mousses protectrices, pour ne pas abîmer les cloches sacrées qu’elles ont eu l’impénitence de faire retentir.

Certains s’offusquent et crient au blasphème. Mais qu’ils nous disent où se situe, selon eux, exactement, le caractère blasphématoire de l’action menée par les Femen. Dans l’ostentation de leur poitrine ? Dans le contenu jugé agressif de leurs slogans ? « Pope no more », « bye bye Benoit », « no homophobe », « crise de la foi » (soit dit en passant, les pancartes brandies à l’occasion d’autres récentes manifestations en contenaient de bien pires…).

Par ailleurs, lorsque, dernièrement, Charlie Hebdo a caricaturé Mahomet, de nombreuses personnalités politiques et figures du monde des médias n’ont-elles pas soutenu le journal – au nom de la liberté d’expression – réfutant en bloc un quelconque caractère offensant ou blasphématoire à l’endroit des islamistes ? La même attitude de soutien total n’a-t-elle pas été adoptée envers les Pussy Riots, lorsqu’en août 2012, les trois jeunes femmes étaient montées sur l’autel de la cathédrale orthodoxe du Christ-Sauveur à Moscou, pour une « prière punk » invitant la Vierge Marie à chasser du pouvoir le président Vladimir Poutine ?

L’inteligencia française ne tolèrerait-elle que les blasphèmes perpétrés à l’encontre d’autres religions que la sienne et/ou en dehors de ses frontières ?

Relents de sexisme primaire

Mais le pire reste à venir car, outre le fait d’avoir exacerbé de vieux réflexes patriotico-dogmatico-réac, cette nouvelle action des Femen a également contribué à faire remonter de bien nauséabonds relents de sexisme primaire. Quand ce ne sont pas, à proprement parler des injures directement sexistes et/ou racistes (« hystériques », « poufiasses », « dehors les ukrainiennes en slip »…), ce sont aussi, hélas, de nombreux dérapages, plus subtils et insidieux certes, mais non moins écœurants.

Car avant tout, outre le fait d’avoir voulu célébrer le vote de la loi sur le mariage pour tous, il ne faut pas oublier un autre message revendiqué par les Femen : la plupart des grandes religions ne méritent pas la palme en matière de considération de la femme. Et en première ligne, quoi qu’on en dise, l' »univers » religieux catholique où seuls les hommes peuvent être prêtres et où ces mêmes prêtres ne peuvent se marier, en est la triste et parfaite illustration. La cause défendue par les Femen est donc juste, si ce n’est noble. Leur combat recevable, si ce n’est indispensable.

Mise au pilori choquante

Il est, dès lors, méprisant, humiliant et inacceptable de réduire ces femmes à leur seule condition d’objet sexuel, et de rabaisser leur action à une piètre performance érotique comme le fait l’auteur de ce billet, un poil sentencieux et misogyne qui qualifient les Femen « d’amatrices, (…) un peu coincées dans le rapport des choses au sexe ».

Alors oui, on peut trouver la dernière prestation des Femen provocante, inutile ou d’un goût douteux, mais non, elles ne méritent pas d’être ainsi clouées au pilori médiatique. Le blasphème est parfois nécessaire et les empêcheurs de tourner en rond indispensables, pour contrebalancer les intégrismes en tout genre. Qu’ils soient sexistes ou religieux.

(Article paru sur Le Plus Nouvel Observateur : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/783642-les-femen-seins-nus-a-notre-dame-le-dechainement-mediatique-est-ecoeurant.html)

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Topfreedom : pour ou contre les seins nus dans la rue?

[Article publié le 03/06/13, sur mon blog Bas geek instinct – Les Inrocks : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/06/03/topfreedom-pour-ou-contre-les-seins-nus-dans-la-rue/]

« Vade retro satané hiver qui n’en finit pas! ». Avec un retard substantiel dans le timing, les belles journées estivales sont enfin là. Mais à peine ai-je eu le temps, pauvre petite française naïve, de déballer jupes courtes et robes légères des cartons, qu’apprends-je ?

Que nos collègues new-yorkaises avant-gardistes ont déjà placé la barre très haut…

Ainsi, comme chaque été depuis une vingtaine d’années maintenant, des militantes féministes du mouvement américain « Topfreedom », se mobiliseraient pour revendiquer le droit de se balader seins nus? Mieux, elles ne bouderaient pas leur plaisir en défiant policiers décontenancés et passants incrédules, en sortant dans la rue seins à l’air, au nom de l’égalité des sexes. Et pour couronner le tout, ce « déballage » mammaire serait tout à fait légal, puisque la loi américaine ne punit que l’ « exhibition des seules parties génitales » (ce qui exclut, ipso-facto, la poitrine féminine qui n’est pas considérée comme telle). Et, oh génie : une New-Yorkaise en 2007, aurait même empoché un magot de 29 000 dollars, en guise de dédommagement de la ville, après avoir été interpellée et placée en garde-à-vue deux ans plus tôt, alors qu’elle se promenait seins nus dans la rue.

La curiosité piquée, je me précipite sur Google pour évaluer où nous en sommes, nous, en France, niveau seins. En trois clics, je tombe sur l’article 222-32 du code pénal français qui dispose que seule « l’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende ». Ce qui signifie que – sauf si de nombreuses municipalités ont pris des arrêtés  interdisant localement cette pratique – il est juridiquement tout à fait légal de se promener seins à l’air.

A vrai dire cette découverte me laisse perplexe et je sens poindre en moi la question qui dérange : suis-je pour ou contre le « topfreedom »? Je comprends vite que ce ne sont pas les hommes de mon entourage, dont j’ai sollicité l’avis, qui m’aideront à trancher. Car, salive au coin de la bouche et pupille dilatée, ils étaient, à priori, tous pour. Certains d’entre-eux s’inquiétant même de la vitesse à laquelle ce phénomène, essentiellement américain pour l’instant, traverserait l’Atlantique pour gagner la France. Mais, dans un second temps, lorsque je leur ai demandé quelle serait leur réaction si leur propre compagne se promenait elle-même seins nus, leur bel enthousiasme spontané fit place à une angoisse visible et leurs nobles convictions sur la liberté des femmes, comme châteaux de cartes, s’effondrèrent. Dépitée et considérant qu’ « on ne peut être juge et partie », je décide finalement de ne pas tenir compte de l’avis masculin et de rester pragmatique, en me tenant aux faits, rien qu’aux faits : dans « topfreedom », il y a « freedom ». Il m’apparaît  alors évident qu’il y a gros danger à passer pour une réac’, en déclarant être contre quelque chose qui touche au « freedom ». Mais sincèrement, même si je sais que je ne risque pas la prison pour çà, la promenade en « topless », là, tout de suite, maintenant, perso çà me dit moyen…

Je serai donc pour, question de principe. Principe par lequel il est rassurant d’avoir des droits dont nous savons pourtant pertinemment que nous ne ferons pas usage : je sais par exemple que je peux traverser Paris en sauts de biche, me rouler par terre dans une galerie commerciale, ou encore aller au bureau avec une louche autour du cou, çà suffit en soi à mon bonheur.

Bien que non considérés comme des organes génitaux, les seins ont toutefois une dimension sexuelle indéniable. « Cachez ce sein que je ne saurais voir », cette phrase célèbre montre que depuis longtemps la bienséance nous a encouragé à cacher le sein. Objet de désir masculin universel, presque toutes les civilisations qui ont fait le choix du vêtement ont d’ailleurs choisi de le couvrir. Je conçois dès lors le « malaise » ressenti par certaines féministes, qui ne comprennent pas pourquoi le corps de la femme serait plus sexualisé que celui de l’homme. Si les hommes sont autorisés à déambuler torse-nu (ce qui en pratique reste assez anecdotique), les femmes devraient pouvoir le faire aussi, au nom de l’égalité des sexes.

D’ailleurs, certains hommes eux-mêmes, s’interrogent sur le caractère relatif du pouvoir d’attraction sexuel du sein-nu, abondant ainsi sans le savoir, dans le sens des féministes « pro-topless ». A leurs yeux, la vision d’un top moulant et décolleté serait par exemple dix fois plus excitante que celle d’une poitrine « de Madame Tout-le-monde* », toute nue soit elle [*poitrine non calquée sur le modèle Rihanna].

De toute façon, en France, le problème s’est en quelque sorte naturellement résolu : après une période de libération de la femme vers les années 70, où le sein s’est montré beaucoup plus, notament sur les plages, ce n’est plus le cas aujourd’hui : il n’est plus de bon ton d’exposer sa poitrine à la brise marine. Un retour manifeste à la pudibonderie, que les plus naïfs d’entre-nous attribueront à la prise de conscience des dangers liés à l’exposition au soleil, et les plus réalistes, à un simple effet de mode, affublant celles qui continuent à s’adonner au « topless » d’une image  « cheap », limite vulgaire, difficile à assumer. Cependant, quitte à jeter une volée de bois vert dans le bûcher des féministes activistes, on peut toutefois s’interroger sur le côté fantaisiste, incongru et provocant d’une telle revendication, visant à obtenir le droit de se promener seins nus. D’un point de vue strictement vestimentaire, beaucoup de femmes se battent depuis longtemps pour avoir le droit de s’habiller comme elles le souhaitent, sans avoir jamais gagné leur combat. Nous sommes encore trop souvent, au mieux victimes de procès d’intention, au pire molestées dans la rue ou même au bureau, lorsque nous arborons jupes, talons et tout autre vêtement mettant en avant nos atouts féminins … Alors, revendiquer le « sein-nu », peut paraître presque un luxe.

Concernant le droit des femmes, au sens plus général, beaucoup d’entre-elles, tout juste amusées par cette revendication, estimeront qu’il y a plus urgent à faire en matière de discriminations sexistes ( harcèlement sexuel au travail, salaires inégaux, parité dans les postes à responsabilité non respectée, etc…). Mais paradoxalement, cela n’empêchera pas ces mêmes femmes sceptiques, d’espérer au fond d’elles, que la médiatisation de ce mouvement suscite une réflexion plus profonde et constructive sur l’égalité homme-femme.

Reste que, si le mouvement venait à trouver écho en France, la justice devrait à son tour trancher, si oui ou non, le « sein-nu » est de nature à atteindre la pudeur, et résoudre ainsi les problèmes d’interprétation soulevés par l’ambiguïté de son code pénal, au risque de ne plus savoir  bientôt à quel sein juridique se vouer.

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