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Culture du viol dans les médias : Quand le Point conseille aux femmes d' »accepter la brutalité de leur amant».

Le « Rape culture » (« culture du viol »), terme utilisé pour la première fois par les féministes dans les années 1970, semble décidément plus que jamais au goût du jour, tant le concept apparaît omniprésent dans nos médias.

Si par « culture du viol », on entend tout un appareil de pensée, de représentation, de pratiques et de discours qui excusent, banalisent, érotisent voire encouragent la violence sexuelle, alors c’est bien le magazine Le Point qui, sur son site, nous offre cette semaine, le plus beau cas d’école.

Traitement médiatique inapproprié de la violence sexuelle

Dans cette chronique pourrie et teintée d’humour graveleux, intitulée « Les conseils avisés de nos amies les bêtes de sexe(1) : pratiquer avec modération l’amour sado-maso », deux journalistes du Point (Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos) s’improvisent, pour l’occasion, experts en relations conjugales et se croient obligés de distiller leurs « bons » conseils, afin de booster notre libido.

Le tout, bien-sûr, vidéo à l’appui :

Cette vidéo, donc, montre un accouplement de tortues Hermann (Testudo Hermanni), au cours duquel le mâle s’efforce maladroitement de monter sur la femelle, après l’avoir au préalable immobilisée, au moyen de légers mordillements et autres petits coups sur sa carapace.

Accumulation de préjugés sexistes

Il n’en fallait pas plus à ces 2 journalistes, pour nous proposer sur un ton rigolard, une grotesque mise en abyme du comportement sexuel humain, à travers celui de l’espèce animale. Et de nous expliquer, via une consternante énumération de clichés et préjugés sexistes relatifs à la culture du viol, comment la tortue Hermann prend son pied en morflant.

Chacun l’aura compris, le débat ne se situe pas dans l’opportunité même d’un tel parallélisme, mais bien dans la façon dont celui ci est traité, en opérant insidieusement un report de la culpabilité du viol sur la victime.

L’article s’appuie, en effet, sur 6 points clés de la culture du viol :

* La banalisation

« La tortue de Hermann mâle cogne sa partenaire. C’est du reste, un comportement fréquent dans le monde animal. »

Et voici comment, en guise d’entrée en matière, les journalistes nous présentent donc la violence sexuelle comme une norme.

* La justification

« La violence conjugale est une façon commode pour le mâle de montrer sa virilité aux femelles de rencontre »

« Que demande une femelle, au fond ? Que le père de ses enfants soit un gagnant, un mec à la redresse suffisamment fort pour survivre et donc susceptible de leur transmettre les meilleurs gènes. »

«  Chez beaucoup d’espèces, le mâle apporte la preuve de sa combativité en affrontant d’autres mâles. Chez la tortue d’Hermann, les populations sont trop faibles pour que plusieurs concurrents se retrouvent autour d’une femelle. Du coup, la seule façon de prouver sa force (…) c’est de battre sa partenaire. »

En clair, le mâle cogne, mais il a une bonne excuse qui tient en ce que la Nature l’oblige à affirmer sa virilité. Autrement dit, l’agresseur, soumis à des « pulsions naturelles », à des « instincts incontrôlables », n’est pas en mesure de prendre en compte le refus de sa victime. C’est donc à cette dernière de prendre en charge la faiblesse de l’agresseur, en adoptant une tenue et un comportement adéquat ( =non provocant).

* La mise en doute du refus de la victime

« Est-ce un viol ? […] la femelle pourrait tout simplement l’éviter en avançant »

« Et soyez sûr que si la femelle n’aimait pas être cognée, elle saurait s’enfermer dans son coffre-fort de carapace. »

Qui ne se défend pas, consent. Mieux, tant que la victime n’a pas un pistolet sur la tempe, elle peut se débattre, sinon c’est, qu’au fond, elle le voulait bien. On retrouve dans ces propos, cette notion de « viol gris », décrite par le magazine Cosmopolitan comme une relation sexuelle qui se situerait « quelque part entre le consentement et le refus », et où « les deux personnes ne sont pas sures de qui voulait quoi »

* L’érotisation de la violence sexuelle

« Chéri, chéri, fais-moi mal! »

« Plus il la brutalise, plus elle aime »

« Elle en redemande, la vicieuse »

Ici, les journalistes jouent sans complexe avec le concept du « No means yes », (un non qui signifie oui) que l’on retrouve également dans le langage BDSM, ou encore dans le fameux mythe du fantasme féminin du viol, (par lequel le fait d’être violentée ou forcée ou violentée constituerait un facteur d’excitation chez la femme).

* Le transfert de la responsabilité du viol

Ce transfert a lieu lorsque l’on insinue, en multipliant les reproches faits à la victime, que celle-ci l’ « avait bien cherché » (« Que faisait-elle toute seule, à telle heure, à tel endroit? « Elle avait trop bu », « portait une tenue aguichante ») ; ou encore lorsque les médias se focalisent sur la personnalité de la victime (« Elle était réputée avoir des mœurs légères » (cf la récente affaire du viol aux 36, Quai des Orfèvres à Paris)

Dans l’article du Point, notre pauvre tortue, quant à elle, « multiplie durant toute la saison les rapports sado-maso » et « en redemande, la vicieuse ».

Parfois, ces critiques – proférées non pas à l’encontre du violeur, mais à celle de la victime – tournent même au « slut shaming »(« humilation de salopes »), ce phénomène odieux qui consiste à blâmer publiquement (via les réseaux sociaux, par exemple) une femme pour ses rapports sexuels, même non consentis. Comme cela est arrivé à cette jeune femme, qui, après avoir été violée, a été ridiculisée sur internet.

Le viol n’est alors plus abordé comme une violence à l’égard des femmes, mais comme une atteinte aux bonnes moeurs et à l’honneur de l’homme.

* l’incitation, encouragement au viol

Inciter au viol, c’est par exemple, conseiller à un homme d’« insister un peu » si sa partenaire ne veut pas, comme l’avait fait allégrement ce pédiatre, lors d’un entretien dans Elle. C’est aussi lorsque la violence sexuelle est directement prescrite, même sur le ton de la blague, à l’instar de cet article du Point qui s’emploie à promouvoir des pratiques sexuelles brutales envers les femmes, sans se soucier d’une éventuelle absence de consentement.

Si ce genre d’écart journalistique est évidement indigne d’un journal comme Le point, il n’en demeure pas moins, hélas, récurrent. Dans la même veine sexiste, on se souvient entre autre de ce tweet nauséabond, à l’occasion de la mort de l’actrice Jayne Mansfield :

Accompagné de cette prose ignoble, de même acabit, et signée de ce même tandem Lewino/Dos Santos, épinglée dans le site Tout à l’ego :

« La voiture de Jayne Mansfield, 163 de QI et 115 de tour de poitrine – et pas l’inverse, malheureusement -, s’encastre dans un camion »

« L’autopsie précise que la mort est due à « l’écrasement du crâne avec extirpation du cerveau ». Au moins cette blonde en avait-elle un ! »

« Pour compléter ses talents, elle est également exhibitionniste et nymphomane. 

Bref, la femme parfaite. »

Et combien d’autres inélégances de la part de journalistes masculins du Point, à l’égard de leurs consoeurs (L’une d’entre-elles dénoncée ici, sur le site ArrêtsurImages,net )

 

Peut-on vraiment rire de tout ?

Comme le souligne Lindy West de Jezebel, les blagues sur la violence sexuelle restent généralement assez malsaines, dans la mesure où elles « ont pour effet d’affirmer le pouvoir de l’homme sur la femme (,,,) et ne font que perpétuer une dynamique qui rend l’agression sexuelle normale et acceptable ».

Car, en réalité, ces blagues sont rarement anodines et n’ont pas le caractère spontané et franchouillard qu’on voudrait bien leur prêter. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai voulu linker cet article du Point dans ce billet ! Le titre attaché au lien n’est pas celui de l’article mais :

http://mobile.lepoint.fr/sciences-nature/les-conseils-avises-de-nos-amis-les-betes-de-sexe-1-accepter-une-petite-dose-de-brutalite-de-la-part-de-son-amant-21-07-2014-1847708_1924.php

 Tout est dit…

Y aurait-il lieu de penser que le titre initial de l’article – et l’on comprend fort bien pourquoi – aurait été légèrement retoqué après « modération » de la rédaction ?

Vraiment, on ne saurait que trop conseiller à certains journalistes du Point, de cesser de vouloir faire du clic à tout prix, en prodiguant leurs conseils sexistes en matière de libido et de retourner, bien vite, à des sujets qu’ils maîtrisent mieux. 

Manifestement, il reste du boulot pour combattre et déconstruire tous les stéréotypes sexistes qui alimentent la culture du viol. Mais malheureusement, force est de constater que les médias représentent, aujourd’hui encore, un vecteur privilégié de la transmission de cette culture.

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Un détaillant japonais lance une ligne de lingerie Disney : drôle ou ringard ?

Petite « révolution » dans le monde de la lingerie féminine : Un détaillant japonais vient tout juste de créer une ligne de sous-vêtements, inspirée directement des robes portées par les princesses Disney.

Et bien-sûr, à peine l’annonce du lancement effectuée, les médias s’interrogent déjà sur la façon d’appréhender une telle collection.

A en juger sur la forme, d’abord, il faut bien se rendre à l’évidence : le monde de la lingerie Disney est un monde « désenchanté » plus qu´un monde « enchanteur »… Car avec une telle ligne de sous-vêtements (pardon pour celles qui l’auraient déjà acheté sur un coup de tête), c’est à coup sûr le désenchantement qui guette Monsieur « Prince ».

Lingerie ringarde, pas sexy

Là où l’on attendait le rêve, les paillettes, la féérie Disney, le Styliste-Designer Japonnais casse tout. Formes ringardes et pas sexy pour un sou, lignes très sages voire déprimantes ; Pas de string, tanga ni balconnets affriolants, mais culottes et soutiens-gorge « gentille fifille » à petits noeuds et froufrous.

Gros « fail », également, au niveau deu choix des couleurs : point de coloris chatoyants tendances, mais au contraire des teintes pastel blafardes et rétrogrades : vieux bordeaux délavé de grand-mère pour Aurore, mauve fadasse cafardant pour Raiponce, jaune moutarde à refiler la nausée pour Belle, et enfin, bleu glaciaire qui refroidirait un âne en rut pour Cendrillon.

Une collection de lingerie Disney pas aussi sexy qu’on voudrait bien nous la présenter, donc, mais disons tout au plus « romantique », pour ne pas dire mièvre. Le genre de sous-vêtements qui pourraient convenir [admettons] pour de (très) jeunes filles [éventuellement], adulte attardée [à la rigueur], vierge neurasthénique [pourquoi pas] ou bien pour une blague d’un soir [exceptionnellement]. Admettons…

Si l’on s’attarde sur le fond, à présent. Peut-on considérer cette nouvelle ligne de lingerie comme cliché? Drôle? Ou bien choquante?

Cliché?

On pourrait ainsi concevoir que certaines féministes y voient un cliché genré de plus.

Les 4 princesses égéries de la marque japonaise de sous-vêtements n’ont, en effet, pas été choisies par hasard : toutes, à la fin de l’histoire, finissent par « choper ». Le message principal véhiculé étant qu’on n’attrape pas ce gros relou de prince avec du vinaigre mais avec de la lingerie « sexy »…

Drôle?

Il faut tout de même concéder que le concept est assez original. Certaines y verront peut-être une bonne occasion de jouer l’effet « surprise », afin de ravir le coeur du Prince. Rigolote ou sexy, certes, il faudra choisir. MAIS étant donné que « homme qui rit à moitié dans ton lit.. » Si monsieur adhère à ce genre d’humour, tout espoir (charnel) est encore permis.

Choquant ?

Ce n’est pas la première, et ce ne sera sans doute pas la dernière fois que des vêtements ou objets sont ainsi estampillés Disney. On trouve bien des serviettes de bain Disney, des pyjamas, des tongues, des montres Dysney, alors pourquoi pas des sous-vêtements Disney? A fortiori si ces derniers n’ont vraiment rien de trash et relèvent même plus du kitsh que du sexy.

Ce qui aurait été beaucoup plus dérangeant, c’est de voir commercialisés des objets à réelle connotation sexuelle – et donc à destination d’un public « adulte » – sous un label qui, lui, a au contraire une visée « enfants » ou « jeune public ». On verrait mal, par exemple, un préservatif ou encore un vibro Disney.

Cette nouvelle collection de lingerie est donc, à mon sens, plus anecdotique que révolutionnaire ou même choquante. Et pour ma part, je crois que je vais m’abstenir de porter cette tenue de princesse prout-prout, même si je revendique avoir toujours gardé une âme d’enfant.

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Fêtes de fin d’année : Quand La Foir’Fouille « brade » l’image des femmes…

« A la Foir’Fouille, tu trouves de tout si t’es malin… ». Le slogan de l’enseigne déco/bibelots/articles festifs n’a jamais été aussi aussi vrai…

On n’y trouve de tout, oui. Mais surtout, en page 6 du catalogue spécial fêtes de fin d’années, une bonne flanquée de clichés sexistes nauséabonds et surannés.

Alors que je me demandais, comme chaque année à l’approche des fêtes, ce que j’allais bien pouvoir me mettre sur le dos, un petit miracle s’est produit. Il n’en fallut pas plus qu’un simple tour de clé dans ma boite aux lettres, ainsi qu’un rapide coup d’oeil sur le nouveau catalogue La Foir’Fouille, pour avoir LA révélation.

Pour le réveillon de la Saint- Sylvestre, sous le thème « Soirée sexy », le magasin discount propose, en effet, aux femmes en mal d’idée de tenue vestimentaire, trois déguisements complets à prix modique. La consommatrice maligne et férue de bonnes affaires que je suis, pourra donc « choisir » entre un classique « déguisement soubrette », un plus original « déguisement de pirate sexy », à moins qu’elle n’opte finalement pour une valeur sûre : le « déguisement infirmière ».

Possible que cela vienne de moi et de ma fichue propension à voir le mal partout. Peut-être devrais je me contenter de m’administrer un bon coup de pied aux fesses et accepter, de bonne grâce, de revêtir la panoplie « secrétaire sévère » afin que la fête soit plus folle…

Sans doute arriverai je à m’auto-persuader en me disant que,  « d’une pierre deux coups », je n’aurai plus besoin de courir les traiteurs, à la recherche d’amuses-gueule : j’en serai un géant à moi toute seule.

Allez, c’est décidé : Cette année j’irai au bout de la nuit ! (dernière de 2013, donc) mais, désolée… PAS EN SOUBRETTE.

Mon sens festif peu développé me joue probablement encore un vilain tour, mais – outre le mauvais goût caractérisé de ces accoutrements ultra « cheap » – il semblerait que le directeur (ou la directrice) marketing des magasins La Foir’Fouille ait quelque peu « foiré » au niveau de la com’.

Il /elle ne pouvait, en effet, « ignorer » la connotation sexiste que ce catalogue publicitaire véhicule à l’égard des femmes. Il doit être, certes, très vendeur d’y faire figurer des potiches déguisées en gourdes béâtes, mais tout de même !

On notera aussi, tout particulièrement, les grands absents de cette croustillante rubrique « soirée sexy » : les hommes. Pourquoi aucun mannequin masculin n’a t-il été sollicité pour poser en costume de même acabit ?

Faut-il en conclure que dans le « monde des bonnes affaires », les fantasmes sont réservés exclusivement à la gent masculine et que la femme est réduite à la condition d’article festif, destiné à agrémenter les réveillons de ces messieurs ?

Décidément, à la Foir’Fouille, il n’y a pas que les prix qui sont tirés au ras des pâquerettes… Leur vision des femmes aussi !

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« Elle » et les femmes qui se forcent à faire l’amour : un dossier bâclé et sexiste

[Article paru le 29/09/13, sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/946065-elle-et-les-femmes-qui-se-forcent-a-faire-l-amour-un-dossier-bacle-et-sexiste.html]

Cette semaine sur son site web, le magazine « Elle » a sorti du placard, dépoussiéré et publié un vieux dossier (paru une première fois en mars 2008), intitulé « Faut-il se forcer à faire l’amour ?« .

A la rédac’ « Sexo » du Plus, cet étrange déterrage n’est pas passé entre les mailles de la revue de presse. Comment appréhender un tel article en 2013 ?

L’article de « Elle » n’y va pas par quatre chemins et annonce la couleur dès les premières lignes : « Pour une (vraie) ‘migraine’, combien de fois les femmes prennent-elles sur elles et se forcent à faire l’amour ? » « Assez fréquemment », répond le Dr J.-D. Nasio, psychiatre.

Puis, au gré des témoignages qui se succèdent, le magazine féminin dresse la liste de toute une pléiade de (bonnes ?) raisons qui pousseraient les femmes à accepter de « passer à la casserole », ce même quand le cœur n’y est pas tout à fait.   En voici, le substrat :

1. Par naïveté : « Je pensais que le sexe faisait partie des choses que les couples se doivent de faire » (Lucie).

2. Par résignation : « Mais au final, ça ne me dérange pas, parce que le désir n’est jamais très loin » (toujours Lucie).

3. Pour la paix : « Tant que les sentiments sont là, se forcer fait partie des petits gestes que l’on consent à faire pour rendre le quotidien plus facile » ou « parce que le fait de dire non très clairement peut souvent dégénérer en une dispute qui n’a rien à voir » (Judith).

4. Par gentillesse : « pour ne pas décevoir un partenaire que l’on aime et que l’on ne veut pas blesser […] par tendresse, pour rassurer son partenaire » (la rédaction de Elle).

5. Par calcul : « Par peur qu’il n’aille voir ailleurs, par calcul, pour éviter la rupture » (la rédaction de Elle).

6. Par philosophie et/ou optimisme : « Au final, je sais que faire l’amour me fait du bien. Donc le faire alors que je ne suis pas particulièrement d’humeur libidineuse, c’est à la fois une manière de ne pas vexer mon fiancé et de me détendre » (Laure, 32 ans)

7. Par faiblesse : « Et quand je ne suis vraiment pas très partante, je concède une petite fellation et, ni vu ni connu, tout le monde est content ! » (Marianne 43 ans).

Un article pauvre, stéréotypé et sexiste

C’est article est sexiste, d’abord parce qu’à travers tous ces témoignages – exclusivement de femmes, d’ailleurs – seul le cas de figure où ce sont elles qui se forcent pour le plaisir des hommes est envisagé.   Rien de bien nouveau dans ce constat, puisqu’avec « la pipe, ciment du couple » et l’interview du pédiatre Aldo Naouri, « Elle » nous avait déjà habitué à ce genre de farce.

Stéréotypé, ensuite, parce qu’à la question « est-il bon ou pas pour le couple de s’obliger aux ébats ? », « Elle » laisse entendre que oui et que cette obligation concerne les seules femmes.   Mais pire encore, l’article explique que ne pas vouloir se forcer au nom d’une liberté sexuelle acquise en 1968 serait dépassé. Les femmes ne seraient ainsi plus contraintes et le fait de se forcer serait vécu par la plupart d’entre-elles comme un « acte de tendresse et d’affection », et non comme une « soumission ou une abnégation ».

Pourquoi ne pas avoir interrogé d’hommes ?!

Cet article est d’autant plus pauvre que que le sujet, bien que très intéressant, est appréhendé de manière extrêmement réductrice. À mon sens, il manque à ce dossier un pendant non négligeable : le pendant masculin. Car une chose est certaine : hommes et femmes sont aujourd’hui bien égaux devant l’éventuelle absence de désir.

Les deux sexes sont également équitablement confrontés à la pression ambiante, générée par une société hypersexualisée et injonctive, dans laquelle l’épanouissement de l’individu passe forcément par la performance sexuelle.

Diktat du sexe

Pour autant, si le titre du dossier (« Faut-il se forcer ? ») est racoleur et trompeur (le lecteur, s’attend en effet à trouver une réponse : oui ou non), le fait de se poser cette question ne me paraît pas, en soi, choquant. En vertu du principe de la liberté individuelle, ce choix appartient en effet à chacun et ne souffre, pour cette raison, aucun jugement de valeur.

D’une part, nous avons tous un rapport à la sexualité différent. Là où certains y verront un acte sacré et lourd de sens, d’autres verront en l’acte sexuel ni plus ni moins qu’un langage, un moyen de communiquer avec quelqu’un qui nous plaît.

Par ailleurs, notre degré d’aptitude à faire semblant, notre seuil de tolérance face à l’hypocrisie et notre niveau d’acceptation devant le compromis, varie suivant notre personnalité. Tout est affaire de circonstances, dépend de la propre histoire de chacun et, surtout, de celle qu’il souhaite engager avec son partenaire. Que ce soit au boulot, dans notre vie sociale ou affective, on ment tous. À des degrés différents, certes, mais on ment. On se ment parfois à soi-même, aussi.

Une pause s’impose

Ce qui me choque le plus, à vrai dire, c’est qu’en 2013, des magazines qui se veulent ouverts et progressistes en soient toujours réduits à titrer de la sorte. Il me semble qu’ils ne risqueraient pas la peine de mort en osant de temps en temps une une du style : « 10 bonnes raisons de ne pas faire l’amour ».

Et puis, faut-il encore le rappeler, ne pas faire l’amour ne signifie pas ne pas avoir de vie sexuelle. Une abstinence volontaire ou subie peut, au contraire l’exacerber en favorisant l’auto-érotisme (tellement plus joli que le terme de masturbation), les fantasmes la sensibilité à d’autres sources de plaisir. Tout ceci apporte aussi une grande satisfaction. Et presque jamais de déception (à moins d’avoir deux mains gauches et une imagination sacrément indigente).

Rompre avec le sexe permettrait ainsi de mieux se redécouvrir, de réveiller ses désirs en se donnant le temps de les (ré)identifier et se les (ré)approprier.

Consommer moins pour consommer mieux

En ces temps de crise (crise du sexe ?) où l’on nous donne à « consommer » du sexe jusqu’à l’overdose, ne serait-il pas préférable de consommer moins, pour consommer mieux ?

Certains auteurs ou écrivains, d’ailleurs, ont à leur manière amorcé une douce résistance face à cette normalisation moralisatrice et injonctive du sexe. La réflexion menée par Peggy Sastre dans son ouvrage « No sex » ne manque pas d’intérêt. Les confidences de Sophie Fontanel, femme intelligente, séduisante et abstinente (oui c’est possible) sont touchantes et interpellent dans son livre « L’Envie ». « L’amour sans le faire », roman de Serge Joncour nous indique, par ailleurs, qu’il peut être salutaire parfois de savoir s’arrêter pour « réapprendre la patience et la sauvagerie ». On ne donne pas à manger à quelqu’un qui a soif… Et si ceux qui ne font pas ou plus l’amour avaient simplement soif d’autre chose ?

Et après tout, nous serrer un peu la ceinture de temps en temps, ne pourrait-il pas nous faire du bien ? Ne serait-ce que pour voir – au moins une fois – ce qui se passe légèrement au dessus.

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Les hommes infidèles à cause de leur testicules : La science au service du sexisme.

[Article publié le 26/10/12, sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/672241-les-hommes-infideles-a-cause-de-leurs-testicules-la-science-au-service-du-sexisme.html]

SEXISME. Voici, une fois de plus, la science prise en flagrant délit de sexisme caractérisé.

C’est fâcheux de voir comme on nous sert régulièrement à la table des lobbying sexistes, et façon « scoop populaire », des pseudos découvertes scientifiques qui font le buzz mais n’ont, en réalité, de scientifique que le nom.

Où/Quand/Comment ça ? Dans le magazine de France 2, « Infrarouge », diffusé mardi dernier. Selon des professeurs à la réputation établie [drôle, quand même, de constater que la majorité des spécialistes interrogés était des hommes : hasard, coïncidence?], l’une des principales causes de l’infidélité masculine pourrait être la taille des testicules.

Une étude menée sur des singes aurait en effet démontré que, plus les testicules de ces derniers étaient volumineuses, plus ils étaient polygames. Alléluia. Mais quelles cruches faisons-nous ! Et dire que nous pensions que l’infidélité de nos partenaires masculins résultait d’un acte conscient et éclairé de leur part ! Dire que nous étions même à la limite de leur en vouloir lorsque nous étions trompées ! Tout ça, c’est bien fini : ce n’étaient pas eux, c’étaient leurs testicules. C’est prouvé scientifiquement.

Deux mariages sur trois finissent en divorce. Nous n’en serions pas là aujourd’hui si la science avait fait cette découverte plus tôt : une simple soupesée des bourses de notre prétendant (plutôt que de l’habituel « pour ou contre »), avant de lui dire « oui », aurait suffi à nous éviter bien des écueils conjugaux.

Le sexisme des médias et de la science

C’est vrai, ce n’est pas la première fois que la science verse dans le bon vieux sexisme de base, se faisant l’avocat du diable. Les médias font pareil : du même acabit, il y avait eu aussi ce magazine de « Zone interdite », consacré au sujet « Amour, sexe et pouvoir : de la séduction au harcèlement », diffusé le 5 juin 2011.

Dans ce documentaire où sont largement évoquées les libidos, aussi fascinantes que démesurées, de Dominique Strauss-Kahn, mais aussi d’autres hommes politiques tel Patrick Balkany (maire de Levallois-Perret), on nous explique, force d’arguments scientifiques, que l’appétit sexuel serait étroitement lié au pouvoir. Amen.

L’ennui, c’est que dans ce reportage, il n’est question que d’hommes. Doit-on en conclure que cette théorie scientifique n’a pas été validée en ce qui concerne la femme ? Ou bien les réalisateurs auraient-ils peiné à trouver des femmes occupant des postes à haute responsabilité afin d’étayer leur propos ?

Il est vrai qu’il ne vaut peut-être mieux pas miser sur d’éventuelles frasques sexuelles d’Angela Merkel, ni attendre que Laurence Parisot se déchaîne sexuellement sur un pauvre pigeon sans défense, pour faire grimper l’audimètre.

L’infidélité masculine, une théorie scientifique

Finalement, toutes ces révélations sur l’infidélité masculine tombent à point et ne viennent donc que corroborer ce que nous savions déjà depuis l’après-guerre : « Les hommes sont tous infidèles, c’est génétique ». Une conclusion pour le moins extrapolée et hasardeuse à laquelle s’était scientifiquement risqué le généticien Angus John Bateman en 1948, après avoir longuement observé le comportement des mouches lors de la reproduction (étude parue dans « Nature »).

Ainsi s’était tranquillement installé dans les esprits le précepte incontestable par lequel la gent masculine serait programmée pour chercher à multiplier les partenaires. Les femmes, au contraire, seraient adaptées à la fidélité et la monogamie. Ces conclusions ont, évidemment, très largement contribué à modeler notre vision des rapports homme-femme.

Mais c’était sans compter sur cette nouvelle recherche menée à UCLA par le professeur de biologie Adair Gowaty, qui est venue ébranler les fondations de cette théorie. Ce professeur de biologie a en effet reproduit l’expérience, mais cette fois-ci avec des outils d’analyse ADN modernes, bien plus précis. Les résultats (publiés dans « Proceedings of the National Academy of Sciences » cet été) sont formels : les femmes pourraient bien être aussi frivoles que les hommes.

Un vieux cliché s’effondre donc. Grand bien nous fasse : enfin la parité !

L’homme, un être capable de dépasser ses pulsions

Mais pourquoi cette tendance, voire cet acharnement de l’homme à vouloir expliquer les tenants et aboutissants de sa propre libido par la science ? A-t-il réellement besoin d’un alibi scientifique pour justifier ce qu’il considère comme ses « faiblesses » ou « fautes morales »? (termes exacts utilisés par DSK, au cours de son interview du 18 septembre 2011, dans le journal de Claire Chazal).

L’homme est justement réputé se distinguer du monde animal par le fait qu’il est capable de « dépasser »son instinct. Alors, pourquoi chercher à tout prix à démystifier cette douce et incroyable alchimie pouvant se produire entre deux êtres de sexe opposé (ou pas) ? Pourquoi devrait-on, nécessairement, dépoétiser la relation sexuelle, déromantiser nos pulsions, décérébraliser nos élans amoureux ; en un mot, rationaliser la passion?

Chercherait-on à nous faire prendre des testicules pour des lanternes qu’on ne s’y prendrait pas autrement…

Mais que la science nous laisse donc rêver un peu, que diantre !

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Une jupe… courte que coûte!

[Article paru le 11/04/13 sur mon blog « Bas geek instinct – Les Inrocks » : http://blogs.lesinrocks.com/basgeekinstinct/2012/04/11/une-jupe-courte-que-coute/]

« Rétines et pupilles, les garçons ont les yeux qui brillent »… Dès l’arrivée des beaux jours , on les voit réapparaître comme les primevères dans les fossés. Tandis qu’Alain Souchon, ne rêve plus que d’aller voir dessous, Jacques Dutronc quant à lui, avoue en chanson les préférer « mini, mini, mini… ».

Symbole de la féminité, la jupe est aujourd’hui le bout de tissu le plus controversé de la planète, et s’inscrit dans un débat plus général : celui sur les rapports hommes-femmes.

La jupe sous toutes ses coutures

De l’arabe joubba pour long vêtement de laine, force est de constater que l’origine éthymologique de la jupe ne fait pas rêver, et qu’à l’époque visiblement, cette dernière avait été pensée fonctionnelle, mais pas vraiment glamour.

Aujourd’hui, tout a changé. Suivant la mode et les tendances, la jupe s’est plus ou moins « érotisée ». L’habit fonctionnel a fait place à un vêtement d’apparat, voué à sublimer (tant qu’à faire) les courbes féminines. Ainsi, rien que dans notre culture occidentale, il est possible de répertorier, façon « Jupasutra », de nombreux types et variantes de jupes : de la jupe « droite » (ou jupe « tailleur ») à la jupe « parapluie » (ou jupe « soleil »), en passant par la jupe « culotte », sans oublier la jupe « plissée », ou bien encore la jupe « portefeuille »…

La jupe dans tous ses Etats

Hélas, sans parler des tristes contrées, où le simple fait pour une femme, de dévoiler un centimètre carré de peau, la place en danger de mort, il existe de nombreux Etats où  le port de la jupe (à fortiori courte) est remis en cause, quand il n’est pas purement et simplement interdit.

En début d’année par exemple, les gouvernements indonésien et sri-lankais ont annoncé  leur intention d’interdire la mini-jupe, respectivement au Parlement et dans les lieux publics.

Plus éloquent encore : en Irak, c’est la ministre d’Etat pour la Femme elle-même qui a décrété l’interdiction du port de la mini-jupe au gouvernement, précisant au passage  qu’elle n’était pas favorable à l’égalité des sexes (!)

Mais dans nos cultures occidentales aussi, la jupe dérange. Après avoir tout d’abord  imposé une longueur minimum à respecter, des centaines d’établissements scolaires Britanniques ont banni les jupes des uniformes féminins.  Et pour ce qui est de la France, on ne compte même plus les incidents et faits divers liés au port de la jupe. On se souvient notamment du 8 mars dernier, où une trentaine d’adolescentes scolarisées au collège Roger-Vailland de Poncin dans l’Ain, qui s’étaient mises en jupe à l’occasion de la  Journée Internationale de la Femme, avaient été sommées de changer de tenue par le directeur du collège, « en raison des agressions verbales dont certaines avaient été victimes ».

Mini jupe, maxi provoc’ ?

« Jupe de femme est lange du diable ». Comme l’indique ce proverbe roumain,  le phénomène de sexualisation-diabolisation de la jupe ne date pas d’hier.

Haut lieu de tous les fantasmes, mais aussi… de toutes les erreurs d’appréciation, la jupe pour certains hommes,  véhicule un message lubrique clair. Et plus la jupe est raccourcie plus le raisonnement est raccourci lui aussi : femme en jupe = disponible sexuellement.  Une « logique » que l’on qualifiera d’onirique, et qui relègue la femme au rang de morceau de viande.

Le procès d’intention

Or, lorsque le mécanisme de « sexualisation » de la jupe est en marche, le procès d’intention  n’est souvent pas loin. Le processus de culpabilisation non plus. Nombreuses sont  celles qui renoncent à la jupe, au profit du plus consensuel pantalon, juste par crainte de « provoquer » ou pire, de se voir reprocher l’agression dont elles pourraient être victimes. Le renversement de la responsabilité (ce n’est pas à l’homme de se maîtriser, de respecter, mais à la femme de ne pas provoquer, ni susciter de pulsions) s’invitant malheureusement  trop souvent dans l’esprit collectif.

Dans ces conditions, porter une jupe relève presque de l’acte de bravoure, voire de l’acte militant.

Un signe extérieur de maturité ?

Sans pour autant tomber dans l’éceuil de l »hypersexualisation », le caractère sensuel de la jupe est en revanche communément admis. Et bien que cette dernière n’ait pas le monopole de la féminité, nombreuses sont les femmes qui se sentent plus sexy en jupe. Dans cet esprit, porter la jupe leur permet d’exprimer librement leur féminité, d’assumer leur  propre  désir et celui des hommes, en acceptant publiquement le fait d’être potentiellement désirable.

La jupe revolver

La femme n’est pas un être fondamentalement masochiste. Si la jupe n’avait aucune vertu, elle n’en porterait pas.

Il arrive parfois, que ce qui est perçu au départ comme un handicap, devienne un atout, sinon une arme. La jupe peut être source d’avantages providentiels, dont on peut user et abuser à souhait.

Ainsi, l’homme  le plus frustre du monde, pourra grâce à l’effet « jupe », se transformer  en un être excessivement dévoué et attentif. De la même façon qu’un employeur potentiel, lors d’un entretien d’embauche, sera plus apte à apprécier vos qualités et compétences pour  le  poste convoité, si vous vous présentez à lui en jupe.

L’arroseur arrosé

Pour celles qui ne seraient pas encore définitivement convaincues par les avantages de la jupe, une douce consolation peut encore être trouvée dans le fait que les hommes aussi souffrent, quand l’idée les pique de mettre la jupe.

Contrairement à certains pays comme l’Indonésie et l’Ecosse, où sarong et kilt font partie intégrante de la garde-robe masculine, dans nos sociétés occidentales, le port de la jupe par les hommes est aujourd’hui encore source de préjugés et synonyme d’ homosexualité latente, de travestisme, de penchants fétichistes ou de perversité.

De fait, on ne peut que s’incliner devant la réactivité des délégations masculines concernées, qui ont su organiser leur résistance de façon très précoce : l’association « HeJ » (Homme en Jupe) a vu le jour dès juin 2007, c’est à dire bien avant notre « Journée de la Jupe », dont la 1ère édition n’a eu lieu que le 25 novembre 2010.

On ne saurait donc que trop encourager les femmes à prendre exemple sur ces hommes qui militent eux aussi courageusement pour le port de la jupe.  Certains couturiers, par exemple, qui se battent pour un retour en force de la jupe dans la garde-robe masculine, en la réintégrant progressivement dans leurs collections masculines (Jean-Paul Gaultier, Vivienne Westwood, Agnès b., etc…). Applaudissons également chaleureusement David Beckam, qui, en fashion-victim mutin et désinvolte, ose défier les paparazzi en sarong. Mais réservons toutefois la palme au chorégraphe Kamel Ouali, dont les danseurs un brin téméraires, excellent en sauts de biches et pas chassés, sous leurs jupes à frou-frous.

Alain Souchon avait donc vu juste. Sous la jupe se cache un véritable « jeu de dupe ».

Reflet d’une attitude subversive saine, face au poids des regards et du politiquement correct, le port de la jupe n’est donc pas qu’une affaire de choix vestimentaire. C’est parfois aussi une façon de dépasser les préjugés, en tâquinant les (dress)codes  préétablis, et en tâclant au passage le  puritarisme hypocrite ambiant.

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