analyses, Opinions, Témoignages

« Gaspard », nouvel accessoire connecté anti-viol : le drame de l’indifférence.

En France, certaines études avancent qu’il n’y aurait pas moins d’une victime de viol, toutes les 8 minutes. Pas étonnant, dans ces conditions, que certains concepteurs voient en ce fléau un marché potentiel.

Dans mes mails hier, celui de Mr Desachy Nicolas, à l’origine de la création d’une nouvel objet connecté anti-agression, répondant au doux nom de « Gaspard ».

 

Il s’agit, donc, d’un petit gadget pouvant se fixer discrètement sur vos vêtements, votre sac à main, vos bijoux, ou même dans vos cheveux, de façon à être facilement accessible en cas d’agression. Connecté à votre téléphone, par simple pression, il permet de vous géolocaliser et de déclencher immédiatement l’alerte auprès de vos proches, de passants se trouvant autour, de la police ou de toute autre personne ayant téléchargé l’application. Ces derniers reçoivent également, en temps réel, un itinéraire pour venir vous secourir rapidement.

M’invitant tout d’abord à visionner la vidéo de présentation pour mieux en comprendre le fonctionnement, ce dernier m’exhorte ensuite à lui faire un « retour » objectif. Ce que je m’empresse de faire, par retour de mail et ici.

Rappelons d’abord, en postulat de départ, que même si ce sont avant tout les mentalités qu’il faut changer par un travail d’éducation, toute initiative susceptible de permettre d’éviter ne serait-ce qu’un viol, est, par essence, à saluer.

Ce qui, néanmoins, n’interdit pas d’émettre quelques réserves quant à la réelle efficacité de ce nouveau concept. Car derrière la vision idyllique proposée par la vidéo de démonstration, semble cependant subsister des problèmes techniques de taille.

Chacun sait qu’en France, toutes les zones géographiques ne sont pas égales du point de vue de la couverture du réseau de téléphonie mobile. Quid de l’intérêt d’une telle application en zone reculée Ardéchoise, par exemple ? Ou en cas de pannes de réseau (et Dieu sait si cette éventualité est fréquente chez certains opérateurs) ?

S’il faut reconnaître que cet objet est beaucoup plus confortable et discret à porter que d’autres accessoires anti-viols imaginés jusqu’ici (culottes, jean, soutiens-gorge, collants anti-viol, etc…), c’est aussi et surtout parce qu’il n’est pas destiné à éviter techniquement le viol, mais simplement à signaler que celui-ci est en train de se produire. Une nuance d’autant plus importante que le temps écoulé avant qu’une personne prévenue ne se porte au secours de la victime, peut parfois être très long (la majorité des femmes violées le sont en quelques minutes, voire quelques secondes).

Comment ne pas imaginer, également, puisqu’« qu’une simple pression suffit à déclencher » le processus d’alerte, les conséquences (non prévues) d’une possible fausse manip’. Il pourrait ainsi être particulièrement cocasse de voire débarquer Papa, un inconnu ou pire, Jules, alors que vous vous adonniez, à l’abri des regards, à des ébats (bien consentis) dans les bras de votre amant d’un soir…

Loin de remettre en question les intentions sincères des inventeurs de cet outil, je ne suis pour autant pas totalement convaincue lorsque ces derniers estiment que leur communication « joue sur un accessoire de mode, mais ne surfe pas sur le commerce de la peur ».

Parce qu’absolument tout dans leur vidéo évoque, au contraire, la peur : petits bonhommes effrayants représentant les agresseurs, femme prise au piège dans une cage transparente, représentation concrète d’armes de défense (pistolets, couteaux, etc…).

Mais, après tout, pourquoi éprouver une telle nécessité de s’en défendre ? Pourquoi, diable, une invention destinée à rassurer les femmes naîtrait forcément de mauvaises intentions, et devrait obligatoirement se priver d’avoir des ambitions commerciales ?

En réalité, cette invention « connectée » (qui s’appuie, donc, sur le concept de « réseaux sociaux »), surfe plus sur le marché de la solitude, de l’indifférence générale et de l’égocentrisme, généré par notre triste société. En concluant sa démonstration par un « You’ll never be alone again » (« tu ne seras plus jamais seule »), les concepteurs semblent exploiter les mêmes faux-semblants et miroirs aux alouettes que les Facebook, Twitter and Co, donnant à leurs usagers l’illusion d’être « entourés », d’appartenir à une grande communauté.

Mais en vérité, combien, parmi leurs contacts virtuels (et même réels) accourront vraiment, en cas de danger?

Il est permis de douter, lorsqu’on voit qu’aujourd’hui, on peut se faire agresser en plein métro à Lille, sous le regard indifférent, imperturbable de ses semblables.

Plus encore, je trouve aussi particulièrement malsaine, l’idée de relayer, quasi en direct, les pseudo-sauvetages sur les réseaux sociaux. Mettre ainsi à l’honneur les « héros » du jour à grands coups de « like » (le site pousse même la mise en scène jusqu’à leur offrir des mugs, t-shirts et autres trophées à son effigie) revient, au final, à rendre « exceptionnel » un geste qui, au fond, devrait être banal.

Un simple acte de civisme. Un réflexe de savoir-vivre.

 

[ Retrouvez également ce billet sur Cheek Magazine ]

Par défaut
Lol, Témoignages, Uncategorized

Brevet des Collèges : Une formalité?

Ce matin – fait rarissime – j’étais réveillée bien avant la sonnerie de mon réveil.
Je l’avais pourtant programmé plus tôt que d’habitude. Courroie qui lâche inopinément, chute de météorites qui barrent la route, pluie diluvienne sur le pare-brise, empêchant de rouler à plus de 2km/ heure, opération « escargot » surprise… On n’est jamais trop prudent.

Je me lève  et ressens comme une légère oppression, à la limite de la nausée. J’ai une sorte de boule au ventre et un nœud dans la gorge… À moins que ce ne soit l’inverse. [ « Peut-être une angine ? Tap tap ta la la la… »]

Et puis soudain, me revient la raison de mon mini-émoi : Ce matin il y a « BEPC ».

Des semaines que mon ado de fils révise d’arrache-pied (Okay… 3 jours, en fait).

Des semaines qu’il se concentre sur l’ordi, faisant chauffer le disque dur plusieurs heures d’affilée, l’air concentré, casque aux oreilles.
« Legend of legend », « Battle Field », « Call of Duty »… Comprenez, en section européenne, tous ses cours doivent être traduits en anglais.

Des semaines qu’il se stresse démesurément, parce qu’avec le nouveau système de points acquis tout au long de l’année, on a beau retourner le calcul dans tous les sens – et à moins d’une crise de tétanie qui l’empêcherait de tenir son stylo – il est sûr de l’avoir.

Je me lève presto, toute pleine de mon rôle crucial de mère à l’écoute et rassurante (de mère-taxi, donc), à qui incombe l’énorme responsabilité logistique d’arriver à l’heure à ce fichu centre d’examen.

J’entre dans la chambre du valeureux candidat, m’attendant à le trouver au garde-à-vous. Le bien-heureux dort encore comme un loir. Le pauvre… J’impute naturellement ce lymphatisme aux effets de la « redescente » après le pic d’adrénaline, lui-même dû au stress post-révision.

Je m’approche doucement et lui souffle à l’oreille, d’une voix délicate et bienveillante :

«  Mon bébé, il y a « BEPC » ce matin. Ca va aller ? Tu vas tenir le choc? ».

Dans un premier temps, « Bébé » ne répond pas.
Oups j’avais oublié… Bébé fait la gueule. Hier soir, il y avait France-Equateur à 22h et Bébé a du s’asseoir sur la deuxième mi-temps.

Dans un second temps, « Bébé » m’indique, l’air mi-désabusé mi dogmatique, que çà fait depuis 1977 qu’on ne dit plus « BEPC » ( Brevet d’Etudes du Premier Cycle), mais DNB (Diplôme National du Brevet) ».

Enfin, quelques minutes plus tard, nous sommes prêts. C’est le moment d’y aller. On est hyper zen, mon fils et moi. (Enfin surtout moi). Je me contiens pour ne pas lui demander pour la douzième fois s’il a bien sa carte d’identité, sa convocation à l’exam, sa calculatrice, son compas, son rapporteur, ses kleenex, ses barres de céréales… et le numéro du Samu en cas d’urgence.

« Bon, on y va Maman ? Mais, j’y crois pas, tu pars où, là ? »

« Aux toilettes »

« Bah ça fait pas déjà 3 fois ? »

« … ».
[On ne peut se contenir sur tout, hein. Et puis oh, ça va, je vous vois venir : rien à voir avec le stress… juste l’omelette mexicaine d’hier soir qui ne passe pas]

Finalement, on est arrivés au centre d’examen complètement dans le timing et parfaitement détendus.
Comme quoi, faut vraiment qu’on arrête de nous pomper l’air avec ces histoires de Brevet des collèges. Tout le monde le sait : ce n’est qu’une formalité…

 

 

Par défaut
Témoignages, Uncategorized

L’aventure extra-con.

On ne te le fait pas, à toi, le coup de l’aventure extra-conjugale. Non.

Comme tout le monde, tu as appris à te méfier de cette foutue maladie, qui terrasse sans prévenir et dévaste tout sur son passage. De ce mal honteux et silencieux, qui dévore en cachette la raison et les entrailles.

Tu te demandes même comment tant de cons consentants ferment les yeux, bravent le danger et finissent par sauter dedans à pieds joints.

Parce que tu en es absolument certaine : Toi , tu ne l’attraperas jamais, non. Pas toi.

Il y a 3 ans c’est ta meilleure amie Valérie, que cette pourriture d’AEC a choisi de faucher en plein vol. Il faut dire que la bécasse n’était pas vaccinée contre l’aventure extra-con. Et n’ayant jamais côtoyé le mal de près, la naïve n’avait  développé aucune immunité « naturelle ».

Val était ce que l’on appelle une rescapée, une miraculée de l’aventure extra-con. Tu avais suivi avec bienveillance son histoire, accompagné gentiment sa déroute. Sa double-vie d’abord, ton amie transcendée. Puis sa chute… Puis, plus de vie du tout.

En deux dîners, trois parties de jambes en l’air, tu as vu la plus rigolote de tes copines devenir un zombie, une morte-vivante que seuls l’amour de ses enfants et votre amitié étaient parvenus, péniblement, à faire renaître.

Tout cela avait pris de longs mois avant que – 8 kg en moins mais 10 ans de plus au coin des yeux – ton amie, guérie, ne sorte enfin la tête de l’eau.

Alors toi, t’as tout fait pour te protéger. T’as mis des col-roulés, des oeillères à tes yeux et un verrou sur ta conscience.

Mais cela n’a pas suffi ; Cela ne suffit jamais.

Toi non plus, ton verrou n’a pas tenu.

Toi aussi, t’as trop voulu te voir belle dans son regard à lui,  lorsqu’un autre sur toi ne se posait plus. Ou « pas pareil ».

Alors, t’as pas réfléchi : T’as mis du rouge sur ta bouche, du pourpre dans tes nuits et fait la nique à tes premiers cheveux gris .

Tu n’as plus voulu voir qu’en rose, pour oublier tes bleus.

C’est pas vraiment ta faute, t’as cru que t’allais pouvoir échanger tes points d’interrogations contre des points d’exclamation.

Mais les points d’exclamation s’usent aussi et deviennent vite point final. Et bien pâle, te paraît soudain le marchand de couleurs,  qui n’a rien d’autre à offrir que le noir crasseux et le gris sordide de son propre ennui.

Tu ne rêvais que de ta tête posée au creux de son épaule, lui, de sa paume sur tes fesses. Il t’a fait miroiter les étoiles mais ne t’a offert que la lune.

T’as bien insisté un peu, oui. Cherché à lui négocier un petit bout de soleil. Outré, il t’a renvoyé la nuit.

Mais toi, TOI, tu ne peux pas dire que tu ne savais pas. Tu étais prévenue : Valérie, l’aventure extra-con, tout ça.

Tu le savais, toi, que l’aventure extra-con se conjugue mieux au passé.

Par défaut
Lol, Opinions, analyses, Témoignages

Clara Dupont-Monod, le féminisme et France Inter : une interview déconcertante

[Article paru le 27/08/13, sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/926470-clara-dupont-monod-le-feminisme-et-france-inter-une-interview-deconcertante.html]

Pour sa rentrée sur France Inter, la journaliste Clara Dupont-Monod (qui remplace Pascale Clark pour l’Invité de de 7h50) avait convié ce lundi Anne-Cécile Mailfert, porte-parole d’Osez le féminisme. Le propos initial de cette rencontre était d’évoquer l’initiative lancée par le collectif, visant à faire entrer des femmes au Panthéon, aux côtés de Marie Curie et de Sophie Berthelot (qui doivent, il est vrai, s’y sentir bien seules).

La colère des féministes

Seulement voilà, la nouvelle recrue de France Inter – débordant de zèle – a déroulé un questionnaire pétri de poncifs nauséabonds et condescendants sur le féminisme : l’interview tourne rapidement en véritable procès d’intention, provoquant l’ire interloquée de nombreuses militantes.

http://http://www.dailymotion.com/video/x13o5vs_anne-cecile-mailfert-les-heureuses-elues-au-pantheon-sont-o-de-gouges-l-michel-g-tillion-s-de-beauvo_news?start=6

Voici les réactions indignées de quelques unes d’entre-elles, sur twitter, suite à ce moment de radio surréaliste.

Caroline De Haas@carolinedehaas

16 Retweets   6 favoris
Les Martiennes@lesmartiennes

2 Retweets   1 favori
Alice Coffin@alicecoffin

« C est un  qui ne compte pas emasculer les hommes? »festival de poncifs et ignorance dans questions de clara dupont-monod @f_inter

22 Retweets   2 favoris
CrêpeGeorgette@valerieCG

c’est ce qu’on appelle une interview de fond. Passionnant. peut-être un peu complaisante, bête, racoleuse et cliché mais intéressante hein.

1 Retweet

D’autres féministes ont répondu à Clara Dupont-Monod sur leurs blogs ici ou .

Un moment de radio déconcertant

Mais quelle mouche (ou abeille devrions-nous dire, pour les raisons évoquées plus loin dans ce billet) a donc pu piquer notre amie Clara Dupont-Monod ? Car il faut bien admettre que les questions de la nouvelle intervieweuse politique de France Inter sont pour le moins orientées.

Jugez-en par vous-mêmes :

– « Vous ne pensez pas que les nouveaux féministes, ce sont en fait les hommes ? »

Ben voyons ! Attribuons tout le mérite des combats féministes aux hommes… Cela s’appelle du « men hangin' » et c’est pas très glorieux comme procédé de racolage.

 « Osez le féminisme, c’est un féminisme qui est contre les hommes ou tout contre les hommes ? »

Comprenez ici qu’il n’y a nulle autre alternative possible dans les rapports hommes-femmes : ou bien on déteste les hommes ou bien on les suce. Est-ce clair ? Un poil binaire, comme analyse journalistique.

– « Donc c’est un féminisme qui ne compte pas émasculer les hommes ? C’est une bonne nouvelle, je vois tout le monde qui se détend dans le studio. »

C’est qui tout le monde ? Peut-être Clara Dupont-Monod évoque t-elle le personnel réputé quasi-exclusivement masculin de France Inter ? Je croyais pourtant qu’une grosse prise de conscience concernant l’absence de parité au sein de l’équipe dirigeante de cette radio, avait eu lieu, notamment lors de cet événement tragique d’invasion de leurs locaux par les « Barbues ».

– « La parité, ça veut dire que si on doit choisir entre une femme incompétente (au hasard) et un homme compétent (encore au hasard), ça sera toujours la femme incompétente, non ? »

Réfléchis un peu, Clara… Si le féminisme dont tu parles existait vraiment, France Inter t’aurait alors choisie pour d’autres raisons (besoin d’une potiche ?) que celles inhérentes à ton supposé talent. On ne va quand même pas t’expliquer que la parité, c’est un truc qui s’applique à compétence égale, et uniquement à compétence égale.

Et enfin (le meilleur ayant été gardé pour la fin) :

– « Est-ce que les féministes ont de l’humour ? Oui ? Cela mérite une dépêche AFP ! »

Possible que les féministes n’aient pas plus d’humour que la moyenne, mais ne vaut-il pas mieux en avoir peu – et même ne pas en avoir du tout – qu’en avoir un vaseux ?

Victime du syndrome de la reine des abeilles ?

Second degré, excès de zèle ou ignorance ? Allez savoir… Je me garderais bien, moi-même, de tacler cette journaliste qui ne fait, après tout, que son métier (de « gratte-poils », pour laquelle on la paie, vraisemblablement).

Je lui ferais tout au plus remarquer que la liste des clichés méphitiques qu’elle énumère sur le féminisme n’est pas exhaustive. Elle oublie en effet celui sur le syndrome de la reine des abeilles – syndrome dont il se pourrait bien qu’elle souffre elle-même, sans le savoir.

Le « Queen Bee Syndrome » (dans sa version anglophone), donc, serait ainsi un syndrome psychique et/ou social, selon lequel une femme arrivée au pouvoir n’aide pas ses collègues et subalternes féminines et essaie même plutôt de les écraser.

Dans les années 1970, des chercheurs américains (Toby Epstein Jayaratne et Carol Travis) auraient en effet « découvert » que les femmes étaient loin d’être solidaires entre-elles, au travail en particulier. Leurs études auraient ainsi montré que « les femmes qui réussissaient dans des secteurs d’habitude dominés par les hommes, étaient obsédées par l’envie de conserver leur pouvoir et s’opposaient très souvent aux succès d’autres femmes ».

De même, une autre étude, réalisée en 2011 par le Workplace Bullying Institute, montre quant à elle que les « femmes qui tyrannisent les autres salariés au bureau dirigeraient directement leur haine contre leurs pairs 80 % du temps quand les hommes sont plus équitables et s’en prennent aussi bien aux messieurs qu’aux dames ».

Moi-même, lorsque j’ai débuté ma vie active, j’ai dû me frotter à de vilaines « Queen Bees ». Assez bien diplômée et pas trop repoussante, je me suis sentie comme un loup qui entre dans la bergerie. Mes collègues féminines me tournaient cruellement le dos à la machine à café, pendant que les collègues masculins, eux, s’empressaient de glisser un jeton dans la fente du distributeur à café pour me l’offrir.

Ainsi va la vie. Il arrive, de temps à autre, que les femmes se tirent dans les pattes entre-elles, donnant ainsi raison à l’adage voulant que la femme soit, finalement, son propre ennemi. C’est sans doute la leçon que les féministes semblent devoir tirer de cette affaire : ne jamais oublier que le diable s’habille aussi, parfois, en Prada.

Par défaut
Opinions, analyses, Témoignages

« Nouvel Obs », « Causette » et la pédophilie : je me réjouis de cette polémique salvatrice

[Article paru le 07/07/13 sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/897149-nouvel-obs-causette-et-la-pedophilie-je-me-rejouis-de-cette-polemique-salvatrice.html]

Comme beaucoup d’entre nous, j’ai pu suivre sur le web les réactions très vives suscitées par la récente publication de deux articles traitant d’un même fait divers : une professeure d’anglais qui a eu des relations sexuelles avec une de ses élèves âgée de 12 ans. « Récit d’une passion interdite » et « Une liaison particulière« , respectivement dans le « Nouvel Observateur » et « Causette« .

Deux articles dont la seule évocation du titre suffit à comprendre la polémique qui les a copieusement accueillis dans la blogosphère et sur les réseaux sociaux.

Comme beaucoup, également, je suppose, j’ai été étonnée de voir que de tels traitements de l’info aient pu ainsi passer à travers le filtre éditorial de rédactions ayant pignon sur rue et notoirement reconnues comme « sérieuses ». J’ai ensuite été soulagée de constater qu’il existait néanmoins un second « filet » en cas d' »accident » ou « maladresse » éditoriale.

Voyez, ce précieux filet, tendu juste au-dessous de la pensée unique, par ce qu’on peut appeler la « conscience collective », représentée à la fois par les autres journalistes, les blogueurs et les lecteurs.

Non, ce n’est pas une question de « liberté de penser »

Mais je dois avouer que la déception me gagne, lorsque j’entends des voix s’élever pour dénoncer ce contre-poids (pourtant indispensable) et s’offusquer de ce genre de polémiques (pourtant très saine), au nom de la « liberté de penser ». Un principe noble et respectable, que ces même voix détournent cependant, aux détours d’un argumentaire bancal et pernicieux.

Je réponds donc aujourd’hui, en particulier, à Peggy Sastre (dont j’apprécie par ailleurs, habituellement, énormément les chroniques). Je lui réponds puisqu’elle a étonnement choisi, au travers de sa tribune intitulée « Pédophilie partout, liberté de penser nulle part« , de se faire la porte-parole de tous ceux qui – par leurs propos ou leurs écrits – s’appliquent à minimiser la portée, la gravité de raisonnements, de comportements ou d’actes pathologiques et/ou répréhensibles.

Je réponds également, à travers elle, à tous ceux qui contribuent, à leur manière, à ce qu’on peut appeler la « culture du viol » et, par extension, à la banalisation de toutes les formes de violence ou d’abus perpétrés à l’encontre de personnes en situation de faiblesse.

À en croire la chroniqueuse invitée du Plus, il y aurait ainsi, d’un côté, les « pieux chevaliers », ardents défenseurs de la liberté de penser, progressistes et agitateurs d’idées. De l’autre, les étriqués, les obtus, les conservateurs, les coincés. En simple, des empêcheurs de tourner en rond qui entravent la bonne marche vers une société moderne, où le sacro-saint droit à jouir de quelques individus supplanterait le droit à la protection de l’intégrité de chacun.

Une société a besoin de barrières

Or une société digne de ce nom ne tire sa légitimité, son existence et sa pérennité qu’à travers les barrières qu’elle s’est construites, les codes de conduites qu’elle s’impose pour en protéger chaque membre.

Peggy Sastre regrette ainsi qu' »à cause de la peur des procès, des vindictes, les têtes un tant soit peu remplies différemment évitent de déverser ce qu’elles ont à l’intérieur, ou prennent d’énormes précautions […] mais le résultat est le même : des idées (pédophiles ?) meurent ou pire, ne voient jamais le jour ». (Est-ce vraiment si grave ? On croit rêver !)

Et de surenchérir plus loin : « Je ne crois pas connaître de sentiment plus désagréable que celui-là, le catalogue de toutes les idées avortées pour cause de prohibition socialement majoritaire. »

Eh bien, moi, si, je connais sentiment plus désagréable (du moins, je le devine) : la solitude, la honte, la culpabilité, l’horreur ou la colère que peut ressentir un enfant qui a été abusé par un adulte.

« Pourquoi faudrait-il que la sexualité soit une activité jugée comme immédiatement et absolument nocive quand elle se déroule entre un adulte et un enfant ? » s’interroge encore la chroniqueuse. « La sexualité n’est pas un domaine du général, du commun, de l’obligatoire et de l’absolu. Elle est un terrain de diversité, de complexité et d’individualités », ajoute-t-elle.

Certes…

Les « sens interdits », des protections

Mais si notre sexualité (qui, rappelons-le, relève de l’intime) est un terrain de singularités, notre société, quant à elle, est un terrain « collectif » et doit le rester. Elle s’est même, ne vous en déplaise, construite sur ce principe : la liberté (sexuelle) de chacun s’arrête là où commence celle des autres. Les « sens interdits » que notre société s’est créés consistent moins à entraver la liberté sexuelle de certains que de permettre à d’autres de protéger la leur. Et c’est faire preuve d’une grande malhonnêteté intellectuelle que de laisser entendre le contraire.

Peggy Sastre se lance dans un hommage vibrant à l’écrivain Tony Duvert, « qui n’a jamais caché ses penchants pédophiles » mais qui « n’a jamais été poursuivi ni condamné pour des actes de pédophilie. Il s’est contenté d’en écrire, d’en représenter ». La chroniqueuse s’extasie longuement sur les qualités littéraires de l’homme, s’indigne du traitement réservé à son idole par ses congénères et achève son éloge funèbre sur un pathétique couplet, relatant sa solitude aux derniers moments de sa vie.

Un bien curieux appel à la compassion, destiné à servir un argumentaire pour le moins incongru et déplacé. Oui, un pédophile reste un être humain. Qui a dit le contraire ? Oui, il peut avoir des qualités. Encore oui, on peut être bourreau et être aimé (les enfants battus ont toujours une attache affective très forte vis-à-vis du parent qui les bat et la femme battue aime également le mari violent). Et alors ? Cela n’atténue en rien la sordidité de la pensée ou des actes du bourreau. Cela sous-entend encore moins un hypothétique « consentement » de la victime.

J’ajouterais – si l’on va par là – qu’on peut même aussi être bourreau et avoir des sentiments pour sa victime. C’est même fréquent.

Le crime passionnel n’est plus une circonstance atténuante

Les auditions, dans les affaires de viols, de violence et autres crimes « passionnels », regorgent de « j’ai frappé mon gamin mais je vous assure que je l’aime et que je ferais tout pour lui » ou bien « je l’ai violée parce que j’étais trop amoureux et je n’ai pas su me contrôler » ou encore « j’ai tué ma femme, parce que je l’aimais trop ». Même si cela l’a longtemps été pour les tribunaux, ce n’est pas une circonstance atténuante, non plus.

Puis, la chroniqueuse du Plus fait référence à son « passé de petite fille ayant connu bien avant la puberté cette sexualité-là ». Je suis triste pour elle.

Quand bien même cette dernière déclare n’en retirer aucune souffrance, allant même, au contraire, jusqu’à affirmer : « Sans elle, j’aurais connu la solennité de la sexualité, le sérieux de l »intime’ et tous les rites de passages entre vie non sexuée et vie sexuée […] que je considère comme un beau gros tas de merde. » Reste que la relation adulte-enfant est intrinsèquement déséquilibrée.

Un enfant n’est jamais consentant

Une fillette n’est pas armée, n’a pas la maturité psychique lui permettant d’avoir la conscience libre et éclairée de ce qu’un adulte manipulateur lui fait subir. La douce transition dont parle Peggy Sastre existe, mais pas comme ça. Jamais. L’enfant, dans ce genre de contexte, n’est pas consentant. Jamais. Il est abusé. Point.

J’ai moi-même un enfant de 12 ans. Un ENFANT. Dans sa tête et dans son corps. Dans ses jeux, dans ses rires et dans ses rêves. Cette vérité-là ne souffre aucun bémol. C’est son droit. Le plus basique. Le plus absolu aussi. Je serais dévastée, en tant que mère, de n’avoir su ou pu le lui préserver.

Et il découvrira, je l’espère, à son rythme – et non pas au rythme d’un adulte désorienté – ses propres désirs. Son cheminement intime, je le souhaite très fort aussi, sera libre et uniquement guidé par les envies et attentes de son âge.

Mais revenons en maintenant plus précisément au débat qui nous intéresse. Soit on on se contente de faire du journalisme d’information pure, c’est-à-dire un travail de restitution la plus exacte et objective possible de faits, soit on fait du journalisme d’opinion. Et dans ce cas, il appartient aux rédactions d’assumer, a minima, les remarques, débats et éventuelles polémiques qui en découlent. La liberté de penser vaut dans les deux sens.

Je me réjouis des polémiques

Or, on s’aperçoit que la pratique de certains journaux et magazines, sous la pression d’un lectorat indigné, suppriment des articles, offrent leurs plus plates excuses (partielles ou totales), pour leur « maladresse sans nom« . D’autres assignent en justice les vilains diffamateurs (souvent des blogueurs ou chroniqueurs indépendants). Certains, défiant toute logique, s’excusent et assignent en même temps, remettant sérieusement en cause la sincérité de leur repentance.

Grégory Lassus-Debat@GregGLD

@LaPeste « un magazine pro-pedo » ? Je vous donne rendez-vous bientôt… Dans un tribunal.

 

Cependant, il faut bien le dire, une rédaction qui assigne en diffamation, cela sonne comme un aveu d’impuissance. Une impuissance à argumenter, justifier et finalement assumer ses choix. Brandir la menace de l’action en justice est le dernier et minable recours pour rompre un dialogue embarrassant et faire taire les détracteurs gênants.

Pour toutes ces raisons donc, et contrairement à Peggy Sastre, je me réjouis pleinement de ces polémiques qui, comme autant de garde-fous contre la pensée unique, opposent un indispensable contre-pouvoir à la toute puissante machine médiatique. Et je ne suis pas loin de penser que ce travail d' »observation » réalisé en aval par d’autres journalistes, blogueurs ou simples lecteurs ne vient pas à l’encontre, mais en complément de celui réalisé en amont par les rédactions.

La liberté de penser est un principe facile à revendiquer, beaucoup moins à laisser appliquer.

Par défaut
Opinions, analyses, Témoignages

« Amenez des sous-vêtements sexy » : j’ai postulé à Z Maid, le site de soubrettes coquines

[Article paru le 27/05/13, sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/874928-amenez-des-sous-vetements-sexy-j-ai-postule-a-z-maid-le-site-de-soubrettes-coquines.html]

Z Maid, ce site belge ouvert il y a seulement trois mois, crée la polémique. La particularité de ce site controversé est de proposer à ses clients les services de femmes de ménage sexy et coquines. Un simple clic et l’on peut ainsi réserver en ligne l’une des « maids » (bonne ou servante en anglais) du catalogue de l’agence, laquelle viendra accomplir des tâches domestiques chez vous et dans la tenue de votre choix.

Je décide de postuler par curiosité

Le concept pour le moins insolite de cette agence un peu spéciale éveille ma curiosité et suscite chez moi quelques interrogations. Notamment sur les motivations qui peuvent bien pousser des femmes à travailler sur ce site. Le font-elles par pure nécessité financière ? (« L’avantage, c’est que vous pouvez travailler très peu d’heures par semaine car la rémunération est élevée », précise le site). Agissent-elles par cynisme ? Ou encore par plaisir ?

En parcourant un peu le site, je m’aperçois que l’agence recrute et qu’il est même possible de postuler en ligne. Afin d’obtenir quelques réponses à mes interrogations, je décide (après m’être créé une nouvelle adresse e-mail et sous une fausse identité) de me porter candidate, juste pour voir. Je remplis donc le formulaire et profite de l’espace réservé aux commentaires pour demander des précisions sur le statut juridique des Z maids et sur la part de rémunération qui leur revient. J’y évoque également mes craintes concernant l’aspect sécurité et demande comment l’agence s’y prend pour assurer ce dernier aux femmes de ménages.

À mon grand étonnement, le site se montre très réactif. Moins de 20 minutes auront suffi pour recevoir cet e-mail :

E-mail envoyé par Z Maid en réponse à la candidature de notre contributrice.

Est-ce le gérant lui même ou bien un salarié de l’agence qui me répond ? Impossible de le savoir puisque l’e-mail est signé Z Maid. Toujours est-il que mon interlocuteur élude complètement ma question sur la sécurité, préférant m’appâter avec l’argument financier. Il m’encourage en me faisant miroiter des gains importants et me rassure (ou pas) en m’indiquant que la seule « compétence » requise se résume à « aimer être regardée ». En gros, je serai payée en me faisant plaisir. Enfin, la fin du message est sans équivoque : l’interlocuteur me fait comprendre gentiment que, pour les autres questions, on verra ça sur place, hein.

« Puis-je être nu devant la femme de ménage ? »

Méfiant le monsieur ? Je comprends dès lors que, à moins de payer physiquement de ma personne, je n’aurai d’autres réponses que celles figurant sur l’espace « foire aux questions » du site. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est que celles-ci sont essentiellement ciblées sur les aspects « techniques ».

En voici un florilège :

« Puis-je être nu devant la femme de ménage ?

– Oui. »

« La femme de ménage peut-elle nettoyer la salle de bain pendant que je prends une douche ?

– Bien sûr. »

« Que se passe-t-il si j’ai une érection ? – C’est la nature. »

« Arrive-t-il que les femmes de ménage se retrouvent face à deux personnes échangeant un moment de tendresse ? – Cela arrive. »

Et si le site n’offre que peu (voire pas) de précisions sur le statut juridique des maids, le type de contrats et la rémunération, la carte des forfaits et services proposés est, quant à elle, très détaillée.

Show érotique : une mise en scène sexuelle qui n’a rien d’illégal

Pourtant, même si ce site peut heurter la bonne morale ou le puritanisme de certains, il n’en demeure pas moins totalement légal. Son gérant Pascal Milquant n’a de ce fait, au plan juridique, que très peu de chances d’être inquiété. Ce dernier a d’ailleurs indiqué avoir pris les devants en consultant un avocat, avant de lancer son site internet. « Tant que cela reste du voyeurisme, ce n’est pas condamnable », affirme-t-il, sûr de lui, sur le site de la « Dépêche du Midi ».

Nul besoin d’être un spécialiste du droit pour s’apercevoir que les « conditions d’utilisation des services Z Maid », disponibles sur le site, sont bétonnées. L’agence prévient d’emblée qu’il est question de « prestations artistiques » et non de prostitution :

« Z Maid ne fournit aucun service sexuel, il ne s’agit pas d’un service d’escort. […] Tout rapport sexuel manuel ou contact physique est strictement interdit, toute tentative entraînera automatiquement la fin de la prestation. »

« Il n’y a aucun service ou rapport sexuel ni contact physique, il suffit de faire le ménage dans la tenue souhaitée par le client. Soit une tenue habillée normalement ou bien coquine, sexy, en tablier, soit partiellement ou totalement dévêtue », peut-on lire encore dans la note adressée aux candidates potentielles.

Le site ne pourra pas, non plus, se voir reprocher de porter atteinte aux bonnes mœurs puisque les prestations ont lieu au domicile du client et non sur la voie publique (« Cela doit rester discret et ne peut se faire en présence de personnes qui ne seraient pas informées ou mineures », est-il précisé dans la foire aux questions. Quant à la question du respect du droit social, le site précise que les femmes de ménage « sont toutes déclarées » et ont « un contrat ».

Cela étant, le concept mis en avant par l’agence Z Maid n’a rien de nouveau. Certes, l’ambiguïté autour de la nature de la prestation est volontairement maintenue, laissant croire qu’il s’agit de ménage « érotisé ». Mais en réalité, il s’agit ni plus ni moins d’un show érotique où les femmes ne font que mimer des tâches ménagères. En somme, c’est la mise en scène sexuelle de leurs corps qui fait l’objet d’une vente (et non le ménage). Comme c’est également le cas pour une « gogo » danseuse, un mannequin posant nu pour une publicité ou encore une actrice X. Et ce sans que cela ne pose le moindre problème d’un point de vue juridique.

« Ajouter au panier » une soubrette à poil

« Votre femme ne le saura pas. » Cette phrase qui saute aux yeux en page d’accueil du site ne laisse guère de place au doute : Z Maid est un site exclusivement dédié au plaisir masculin. Un site conçu par l’homme pour l’homme et qui, en outre, offre une image dégradante de la femme. Reléguée au rang d’objet, celle-ci se voit monnayée sur la toile, telle une vulgaire marchandise. Et l’utilisation du langage e-commerce (« ajouter au panier », « commander », « réserver ») ne fait qu’accroître le malaise. Il suffit d’entrer les coordonnées de sa carte bancaire et, hop, on « achète » sa soubrette, à poil et à quatre pattes.

Le forfait Maid Nature comprend une Z Maid à domicile pendant une heure, en tenue habillée, en tablier ou en tenue sexy, soit topless soit entièrement nue (capture d'écran).

Le forfait « Maid Nature » comprend une Z Maid en tenue habillée (tablier ou tenue sexy), ou bien seins nus ou nue (capture d’écran).

Par ailleurs, le « jeu de rôle » proposé par le site, consiste purement et simplement à mettre en scène l’aliénation de la femme par l’homme. Le plus dégradant ne se situant pas dans le fait de se dévêtir mais dans celui d’accomplir des tâches avilissantes, de se trouver en position de soumission, d’infériorité par rapport à l’homme.

Certes, on peut être tenté de dédramatiser le concept, en arguant que la notion d’humiliation est relative et arbitraire. Certaines trouveront, en effet, moins avilissant de jouer du plumeau en tenue d’Ève devant un inconnu que d’être obligées de sortir ses poubelles, de récurer ses toilettes ou de laver son linge sale.

Certes, personne ne peut juger ni préjuger du ressenti d’autrui. Et disposer de son corps comme on l’entend relève de la liberté individuelle de chacun. Mais la création d’un climat de toute puissance masculine, fût-il imaginaire, n’est pas sans danger.

« Jouer » à DSK et Nafissatou Diallo n’est pas sans danger

Car dans ce jeu de rôle sordide où la femme se retrouve totalement à la merci de l’homme, où les hommes « jouent » à DSK et la femme à Nafissatou Diallo, la porte de tous les dangers est grande ouverte.

Entre l’imaginaire et la réalité, la frontière est parfois si trouble qu’il peut être terriblement tentant pour certains de déraper et franchir la ligne rouge. Et ce qui, à l’origine, devait être un jeu peut vite basculer dans le fait divers (insultes, attouchements, agression ou viol). Le site paraît, d’ailleurs, bien léger au regard de la sécurité de ses employées : n’importe qui peut réserver une Z Maid, il suffit juste de posséder une carte bancaire. Tout juste l’agence demande-t-elle aux filles d’envoyer un SMS avant et après la prestation « pour s’assurer que tout va bien ».

Reste qu’avec 1500 membres et plus de 12.000 visites (selon l’hébergeur) en trois mois, le site semble faire de nombreux adeptes et ne manque ni de clients, ni (encore plus surprenant) de candidates. Plus désolant encore, certains ne pourront s’empêcher d’élaborer de grandes théories sur les fantasmes féminins (du style « les femmes aiment se mettre en danger et être traitées comme des objets »), à l’instar du réalisateur François Ozon lors de la présentation à Cannes de son film sur la prostitution d’une jeune fille.

Et de généralités en raccourcis on finira même par en oublier le moteur principal : l’argent.

Par défaut
Opinions, analyses, Témoignages

Bernard Pivot et Katsuni au festival Livres en Tête : l’art de faire du porno un objet culturel.

[Article publié le 22/11/12, sur Le Plus Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/713324-bernard-pivot-et-katsuni-l-art-de-faire-du-porno-un-objet-culturel.html]

Qu’est-ce donc que le porno ? J’avoue ne m’être jamais posé la question « en profondeur » – oserais-je – avant samedi dernier, date à laquelle se tenait à Paris la soirée « Bal à la page » qui clôturait le Festival du livre en tête 2012. Cette soirée, placée sous le signe du libertinage, visait à récompenser les meilleurs nouvelles  des auteurs ayant participé au concours du prix « Livres en Tête », catégorie « libertin », cela s’entend.

Je vous raconte ?

Pivot et Katsuni ? Drôle de duo

Tombant par hasard sur cet évènement, il y a quelques semaines, je fus tout de suite intriguée par le fait que ce concours était présidé par le journaliste, écrivain et critique littéraire M. Bernard Pivot, et « marrainé » par l’actrice X et productrice Katsuni. Une association de deux figures médiatiques qui me sembla étrange, pour ne pas dire cocasse.

Amusée et motivée par la perspective de rencontrer ces deux « emblèmes » chacun dans leur domaine respectif, je décide de me prêter à l’exercice et de « mettre le paquet » (oserais-je à nouveau) en rédigeant un texte court très fortement suggestif (rapport à Katsuni) et en veillant à soigner particulièrement le style (rapport à B.Pivot). Quelques heures de labeur plus tard, il en ressort ce texte, qui au final devait être dans le ton, puisque quelques jours plus tard, je reçois ma nomination, autrement dit mon passeport pour la découverte du « neo-porn ».

Le « new porn », la nouvelle tendance ?

Comme tout le monde, j’ai été témoin de l’incroyable engouement médiatique pour le roman  » Fifty shades of grey » et j’ai vu fleurir, en rubrique sexo/psycho des magazines, des centaines d’articles prônant le visionnage de films pornos pour relancer les libidos essoufflées de couples embourbés dans leur inéluctable routine sexuelle. J’avais donc bien à l’esprit que le porno, plus précisément le « neo » ou le « new porn », est devenu un phénomène sociologico-culturel tendance.

Mais dans le métro qui me conduisait vers cette soirée « sex-chic », le mystère, dans ma tête, demeurait cependant entier : en vérité, où est le porno ? Qu’est-ce exactement que le porno ? Quelles nuances recouvre-t-il ? Quelle est la frontière exacte entre porno et érotisme ?

Le caractère porno de telle ou telle scène vidéo, image ou texte littéraire se juge-t-il à son contenu ? À sa forme ? Aux deux ? Est-ce la nature même des actes sexuels décrits qui compte ? Le fait d’évoquer telles ou telles pratiques sexuelles, considérées comme plus « hard » que d’autres (sodomie, double-pénétration, etc.) ?

Ou bien ferais-je « fausse route » (oserais-je, pour la 3e fois) et mesure-t-on plutôt le degré porno d’une scène, au degré de « visibilité », de suggestivité de sa mise en scène ? En cinéma comme en littérature, un angle de vue pour la caméra, des mots à peine voilés ou métaphorés, peuvent, en effet, tout changer.

Alors… Bonbon ou emballage, le porno ?

Un porno presque intello, le public est perdu

Arrivée à la soirée, j’écoute et me laisse bercer par la voix magique des livreurs (lecteurs à voix haute, tous très chics dans leurs costumes) qui entonnent de façon théâtrale et somptueuse une sélection de textes libertins très « gratinés », pour la plupart d’entre-eux. Mais la qualité littéraire est là, indéniablement. Gagnée peu à peu par l’atmosphère délicieusement subversive, flottant dans la salle bondée (qui n’est autre que le Réfectoire des Cordeliers, ancien couvent, cela ne s’invente pas !), je me dis qu’au fond, le porno n’est décidément pas qu’une façon spéciale de pratiquer le sexe, mais bien une manière de le mettre en scène, d’abord, de l’interpréter, ensuite, et de le percevoir, enfin.

Puis vient l’arrivée en scène du tandem tant attendu Bernard Pivot-Katsuni et, avec elle, la preuve incarnée qu’aujourd’hui, nous sommes définitivement bien loin de la vision pornographique cliché-esque des films dégoûtants matés en cachette, dans l’obscurité coupable de son salon ou d’une petite salle de quartier dédiée. Un Bernard Pivot à l’oeil coquin, se régalant de la beauté brutale des mots, d’un côté et une élégante Katsuni au langage distingué – à l’image de la petite robe noire, cintrée mais sobre, qu’elle a choisi de porter ce soir là –, de l’autre.

Chacun d’eux nous invitant joyeusement et à sa manière, à dépasser nos tabous, et à « prendre le plaisir partout où il se trouve », sous toutes ses formes. Le porno peut donc parfois être esthétique. Cérébral, même. Les rôles se mélangent. Les frontières entre « blanc et noir » s’estompent, les notions de « bien et mal » deviennent caduques. Les préjugés sont balayés. Le public est presque perdu.

Le porno n’est que ce qu’on en fait

Alors, oui, le porno peut être dur, violent et sombre. Il porte (trop) souvent atteinte à l’intégrité de la femme, véhiculant une image d’elle, dégradante. Mais on découvre que, pareil à un costume sur mesure, il s’adapte aussi à l’individu qu’il habille. Et c’est probablement pour cela qu’il tend à se démocratiser aussi nettement aujourd’hui. Véritable domaine d’expression « interactif », le porno obéit à une logique artistique : tel un tableau, il peut toucher des publics différents, sous différentes formes et pour différentes raisons ; chacun est libre d’y trouver une interprétation ou un écho spécial, fonction de ses envies, son vécu personnel ou ses références culturelles propres.

Finalement, du « Mom-porn » au « Comic-porn », en passant par le « Bobo-porn », le porno d’aujourd’hui semble pouvoir se décliner sous de multiples facettes, s’avèrant ainsi être un parfait catalyseur de tendances sociologiques, dans la mesure où il cristallise des projections, des représentations mentales individuelles diverses et variées.  Et, quoique l’on en pense ou dise, ce pouvoir tout particulier d' »universalisation » est bien propre à l’art.

« En fait, le porno, c’est ce qu’on en fait », concluai-je finalement, la fin de soirée venue, en cherchant ma station de métro.

Par défaut